20.01.2012

Amen !

Il était joli comme un cœur, ses 20 ans et quelques en bandoulière et l’insolence des certitudes dans le regard. Nous, les vieux briscards de la politique de gauche étions alignés comme des pots confiture devant les journalistes qui faisaient leur marché d’infos. Le froid et la tristesse de nos mises étaient à la hauteur du discours convenu d’un de nos camarades. Comme d’habitude je me sentais totalement exclue de cette scène et c’est avec un intérêt anthropologique que j’observais la tristesse, la fatigue, le désenchantement et l’habitude qui étaient de la partie. Chacun comptant ses années perdues dans le regard de l’autre.

Tout fier, le môme a levé fièrement la banderole de son parti. Comme je lui faisais remarquer que c’était d’un goût douteux car toutes les organisations de gauche, les syndicats et le MCG avaient pris part à la récolte de ces signatures déposées ce jour et que la récupération de ce travail par une seule organisation n’était pas de mise. Goguenard il m’a demandé « et toi qui représentes tu ? Comme tu changes sans arrêt de parti tu finis par être un parti à toi seule ! » J’avais bien trop froid pour me mettre en colère et c’est riant que je lui ai répondu «C’est juste, je ne défends pas UN parti, il a bien trop longtemps que les idéologies ont montré leurs limites. Je défends une certaine idée de la société et lorsque les partis, qui sont des outils, me paraissent obsolètes j’en change. Mais si tu veux que nous ayons une discussion plus théorique sur le « travail » politique, je suis à ta disposition. »

Coincés entre les motos et l’entrée sinistre du service des votations la « cérémonie » a continué imperturbable. Le Grand Timonier de la rue des gares a respecté à la lettre la liturgie de cette messe incontournable du dépôt des signatures. Chacun y est allé de son cantique et reçu l’absolution du Maître, lequel entouré de son petit groupe, a solennellement remis les signatures à une fonctionnaire totalement indifférente à de ce grand moment « révolutionnaire ». Curieuse, j’ai attendu le retour des croyants tout en papotant avec un autre athée comme moi. Le groupe s’est disloqué et d’un coup il n’y avait plus personne, plus d’unité historique, plus d’amitiés inter partis, rien que la bise et une vue imprenable sur le garage Mercedes d’en face.

Lulu la Nantaise

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19.01.2012

Le gang de la Vieille Ville contre le gang de la Jonquille !

La France a perdu son triple A. En Angleterre et en Espagne ça flippe dure sur l’emploi. Ici on commence à ressentir les effets de la crise et si dans les rues basses il a du monde le samedi ce sont des promeneurs. Les boutiques sont vides et les soldes ultra avantageuses restent sur les étagères. Les budgets de l’année prochaine nous promettent des difficultés en cascade et notre Ministre de l’Aménagement se fait une castagne de rue tel un keum de banlieue…. Inutile de préciser que « le Sabre et l’Amitiés réunis » est en effervescence. A Tel point que l’association du « Fromage blanc et du Caramel mou » a convoqué une AG extraordinaire. Ordre du jour « Quel gang allons-nous soutenir ? ».

Robert est particulièrement tranquille, Palu s’est timidement assis à notre table, les habituels de l’association sont là aussi plus un p’tit nouveau qui zozote, Denise apporte les dossiers, toutes les coupures de journaux traitant de cet « Evènement ». La lecture silencieuse n’est interrompue que par le seul bruit des verres que l’on remplit et boit. Robert se lève d’un seul coup et dit bon on vote !... « T’es taré on n’a pas encore discuté !»  lui répond sa femme. « Pas besoin, dit-il, ces connards de la Haute Ville on les connait on s’est déjà frittés avec eux et on sait qu’ils ne tiennent jamais leur parole. » Je dois dire que pour une fois j’ai le sifflet coupé. J’attends que Robert développe son coup de gueule.

« Ben quoi ? Vous êtes tous devenus Alzheimer ou bien ? La Jonquille c’est nous, le peuple, les petits, les sans grades. La Haute Ville c’est les politiciens, les Familles, les commerces de luxe et tout ça. Combien fois on a voté contre eux ? Combien de fois on a perdu ? Combien fois quand on a gagné ils se sont foutus de nous ? Hein ? » Décidément aujourd’hui c’est le silence qui prime. «Et maintenant leur Boss qui vient nous narguer sur notre territoire et qui se permet de tabasser un des nôtres, si on s’allie à la Haute Ville, on perd le respect. On a plus qu’à faire les larbins chez les richtos. » Le nouveau qui zozote dit timidement « Mais c’est un Conseiller d’Etat quand même, faut faire gaffe. » « Celui qui doit faire gaffe c’est lui, parce que c’est pas demain la veille qu’on votera pour lui ou sa bande. »

Vote unanime de l’association du « Fromage blanc et du Caramel mou » Nous soutenons le Gang de la Jonquille. Robert prend solennellement son téléphone et appelle Germaine la Bleue (je n’ai jamais su pourquoi on l’appelait la Bleue). « On est avec vous. » Eberluée je demande : « Ca veut dire quoi, on est avec vous ?». Il me répond avec un l’air supérieur d’un tribun de haut vol « ça veut dire que si vous nous proposez autre chose qu’un candidat à la ramasse comme d’habitude, on vote à gauche ! Voilà ce que ça veut dire. »

Lulu la Nantaise songeuse

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11.01.2012

Un engagement politique à la hauteur !

Hier, à Rives, 15h30 dans le 12 archi bondé, une mauvaise humeur à couper au couteau et tout le monde se marche sur les pieds. Une dame chic, propre sur elle, la quarantaine me regarde interrogative « C’est pourtant pas encore la sortie des écoles ? ». J’arrive à destination exactement en face de mon bistrot préféré « le Sabre et l’Amitiés réunis » nous sommes quelques-uns à nous engouffrer dans la salle et à commander un verre d’urgence ! C’est l’émeute et je n’aimerai pas être à la place d’une certaine Conseillère d’Etat… A qui on attribue tous les noms d’oiseaux, le moindre étant « Elle doit rouler en vélo celle-là ! ». A l’énoncé de ce mot le raffut augmente de quelques décibels.

Entre alors un jeune homme transpirant, en costard tout ce qu’il y a de mode, il regarde tout le monde et dit « j’arrive à pieds depuis Plainpalais je suis claustro et tous les trams étaient bourrés, je peux avoir une menthe à l’eau ? » Eclat de rire général. Denise lui sert sont verre et dit que c’est pour la maison. Il sourit gentiment, toutes vieilles chavirent, et voilà la discussion repartie. « t’as essayé le changement à Bel Air ? » Hurlements de rires encore une fois, un habitué se tourne vers Palu le garçon frontalier FN et lui dit « C’est possible une telle connerie ? Dis voir ce serait pas toi Palu qui nous inventé un machin pareil ? » Tout le monde dans le quartier sait qu’il n’est pas fini, re-tornade de rires. Les nouveaux, au bar, regardent tout le monde comme s’ils étaient tombés dans une maison de fous. Ce qui est le cas d’ailleurs.

Comme d’hab’ quand quelque chose ne tourne pas rond les regards finissent par se tourner vers moi. Je sens que ça va être ma fête. Vite je recommande un verre de blanc avant l’attaque. « Et toi, Lulu, on a tous voté pour tour toi et tu laisses faire un truc pareil ? » un autre « t’as pensé aux enfants, aux vieux et tout ça ? » Je laisse passer mon tour un moment. « Et cette pouf là-haut, c’est bien une de gauche aussi ? ». Denise sort de sa cuisine son torchon à la main et remet de l’ordre dans tout ça. « On la ferme les abrutis, elle vous vous a déjà expliqué cent fois qu’elle était que conseillère municipale, elle s’occupe que des crottes de chiens et de la hauteur des trottoirs. C’est comme une concierge mais pour la ville quoi ! Alors foutez lui la paix.»

Silence désolé des copains, les gens rentrent chez eux, je me retrouve avec les habitués et je me demande si j’ai intérêt à leur dire que j’ai découvert le nouveau réseau dans le journal comme eux ? Mais surtout comment leur dire que si la définition du réseau est de la responsabilité des TPG et Du Grand Conseil l’aménagement notamment celui de Bel Air ou de Plainpalais est du ressort du Conseil municipal ? Courage fuyions, je rentre chez moi un peu déprime quand même. Concierge ! Elle exagère quand même…

LuLu la nantaise

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06.01.2012

Lettre ouverte à Marc Bonnant,

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Pourquoi chacun de vos textes me fait-il rire, pédants, sarcastiques, moqueurs, cruels. Je devrais être navrée. Malgré tout cela il y a dans votre verbe un élément que je connais bien, le goût immodéré des mots. Nos différences sociales et intellectuelles sont une barrière mais de part et d’autre de celle-ci, si elle existe vraiment, je retrouve chez vous ce qui me manque dans cette ville calviniste jusqu’à la nausée, le plaisir de dire. Ce plaisir me vient des faubourgs, la gouaille, la réplique assassine, l’analyse impertinente en trois mots, l’insulte en forme de mot d’amour. Comme tous mes amis, enfants de l’école républicaine et laïque, je suis bilingue. « Le beau parlé » des profs et des rupins que nous ne savons qu’écrire et l’argot évolutif et imagé qui nous sert au quotidien pour dire nos vies. Loin de moi l’intention de raconter ici l’exile de ces lieux et la difficulté d’effacer ce marqueur social qu’est la langue. Mais chaque fois que je vous entends, dans tous les sens du terme, le rire me vient en cascade car je ne peux vous imaginer un seul instant discutant avec Mémed ou Sofiane du prix du « chichon » et j’avoue sans honte le plaisir sadique et revanchard que cela me procure.

Lulu la nantaise MdR !

11:31 | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | |  Facebook

31.12.2011

Je me suis trompée de chemin

De retour au café du « Sabre et à l’Amitiés réunis ». Nous sommes le 27 décembre le jour des échanges de cadeaux. Une vieille tradition du bistrot qui veut que ceux qui n’aiment pas les cadeaux qu’ils ont reçus viennent les échanger chez Denise et Robert. Le 25 et le 26 sont des jours où l’on est encore obligé de faire semblant que tout va bien. L’esprit de Noël et tout le tremblement. Alors on a choisi le 27, la gueule de bois est passée et nos illusions aussi. La procédure est simple : on met sur le comptoir ce que l’on ne veut plus, on boit une tournée, et par ordre de naissance on choisit dans le tas un objet de remplacement, les plus âgés commencent.

Cette année il avait un service à thé très proustien, une boite à musique muette, deux paires de gants ayant servis durant un duel en Espagne, un disque de Monique Morelli, des échantillons de parfums en pagaille, des souvenirs comme s’il en pleuvait, un billet aller-retour pour Vichy, une poupée de cire poupée de son sans la tête, un tableau plus qu’abstrait « joyeux frontaliers rentrant chez eux », des dessins d’enfants plus moches les uns que les autres, des bouteilles de pinard blanc et rouge ainsi qu’une bouteille mousseux du Mandement toutes vides et enfin une photographie une peu jaunie du Conseiller fédéral Leuenberger. Nous sommes tous autour du bar chacun fait un pas en arrière pour avoir une vue d’ensemble et nous passons aux choses sérieuses : la tournée du patron.

Quelques verres plus tard, commence le rituel du choix mais personne ne répond à l’appel de son nom. Silence. Denise « Vous z’allez pas me laisser tout ça sur les bras comme l’année dernière ? ». Le fou rire monte et j’en vois qui n’ose pas relever la tête tellement ils se marrent. Robert décide qu’on le fera à l’aveugle. Palu, le garçon, va dans la cuisine avec la liste des noms, Robert prend un objet sur le comptoir et Palu annonce un nom au hasard. Dix minutes plus tard c’est le bazar total, des cris, des rires, des insultes. Personne n’est content de son cadeau mais après avoir jeté le tout dans une poubelle la fête commence. J’ai récupéré le disque de Morelli et je rentre chez moi un peu éméchée mais ravie.

J’ai réécouté ce disque d’il y a 1000 ans. Monique Morelli, sa voix rocailleuse de fumée et d'alcool bon marché, la profondeur d'une souffrance vivante qui crie au monde l'injustice, la poésie et le rêve. Elle chante comme on meurt Brecht, Aragon, Mac Orlan, elle chante pour toujours. « Sainte épine » ce texte inoubliable pour les catalans, leurs luttes et leur martyre. J'étais partie en vacance de moi-même, je m'étais identifiée à la techno alors que je ne suis qu’un accordéon au coin d’une rue. Je m'étais perdue de vue, j'avais oublié les espoirs et les émotions de ma jeunesse.

Ce sont alors, 30 ans de larmes refoulées et de silences contraints qui me remontent au cœur. 30 ans d'angoisses, de frustrations, d'ennui bourgeois, de shopping et de rapports en 3 exemplaires sur mon bureau. Je suis devenue un fruit sec, la raison, l'ordre, la lutte, les défaites. Je hais celle que je suis devenue... Elle ne me ressemble pas. Je déteste les chignons, les talons plats, les discours alambiqués et pédants. Le blues m’envahit en pensant au Sébasto à 8 heures du matin quand la brume se lève sur Paris et que le bruit des machines à café dans les bistrots couvre celui des bagnoles. Je me suis trompée de chemin. Demain je démissionne de moi pour redevenir moi-même.

Lulu la Nantaise grave beurrée

!

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19.12.2011

Non, merci ! pas maintenant !

Les brésiliens disent du Mexique qu’il est « trop loin de Dieu et trop près des américains ». Voilà un pays gouverné par la mafia avec l’aide d’une police corrompue, une justice corrompue, de fonctionnaires corrompus et d’un gouvernement corrompu. Un marché du travail qui fluctue selon les besoins des Etats Unis, une capitale de 35 millions d’habitants qui suffoquent dans une pollution indescriptible, des régions entières sous le joug de multinationales américaines, un PIB inexistant en un mot comme en cent un pays abandonné. Ni colonie, ni indépendant, c’est un non-pays. La vie et la mort y dépendent exclusivement du bon vouloir de baronnets de la drogue sous le regard bienveillant d’une Eglise qui compte les points. Que fait la « communauté internationale » ? Elle regarde ailleurs. Je n’entends pas non plus les défenseurs des droits de l’Homme, ni les humanistes toujours prompts à dénoncer une dictature ici ou là, et les va-en-guerre prêts à en découdre avec la Syrie ou l’Iran où sont-ils ? Que devient l’indignation devant cette catastrophe humaine ? Rien !

La neutralité de la Suisse se résumerait donc à être toujours du côté du plus fort. Je parle des Etats Unis. Ce pays qui vote des lois afin que celles-ci ne s’appliquent pas à une catégorie de la population, et qui vient de se donner les outils de la discrimination, du délit de faciès. Ce pays qui pratique une démocratie d’opérette devrait nous servir de modèle ? Avec 30 % de la population en dessous du seuil de pauvreté et 30 millions d’analphabètes, une dette abyssale, l’Amérique est en tête des pays sous-développés. Sans infrastructures hospitalières, sans écoles, sans filet social, avec un salaire minimum à 5 dollars de l’heure et des gens qui survivent avec 3 boulots différents quand ils en ont, on veut nous faire croire encore au miracle américain. Regardez le Mexique et dites-moi les yeux dans les yeux que c’est un idéal ! C’est pourtant à cette sauce que l’UE ultra-libérale prétend nous manger.

Au fait ! Pour la multitude qui ignore tout du président mexicain c’est  Monsieur Calderon, un homme de la droite conservatrice, propre sur lui, qui croit aussi aux valeurs de l'éthique et au principe de l'honnêteté et qui a pour objectif de promouvoir un gouvernement honnête qui donnera une chance égale à tous les Mexicains. Il compte fortifier le développement et créer une économie compétitive et génératrice d'emplois en fortifiant notamment les infrastructures. Il a aussi signifié son intérêt à poursuivre une politique étrangère plus responsable… Ce discours me rappelle quelque chose…

LuLu la nantaise

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17.12.2011

Soyons clairs !

Si j’ai bien compris, pour SolidaritéS, être responsable, ne pas vouloir initier le processus du déficit pour une somme dérisoire, défendre l’équilibre afin de sauvegarder les prestations à la population serait une position de droite… Pourtant dans notre groupe nous étions 6 sur 12 conseillers, dont 2 membres de SolidaritéS, à refuser le déficit. Entrer dans le processus du déficit, c’est ouvrir la porte à une remise en cause de la légitimité des institutions républicaines que sont les Conseils municipaux et les parlements dont les premières fonctions sont d’une part de contrôler l’utilisation des recettes et d’autre part la définition des priorités de dépenses. C’est refuser de dire au Marché servez-vous, vous ferez mieux que les représentations populaires !

Depuis toujours nous sommes confrontés à ces pompiers pyromanes qui croient que du pire naitra le meilleur. Illusion bien des fois remise en cause car du pire nait le pire : le populisme ! Il suffit de voir le MCG surfer sur la misère pour comprendre à qui profite ce discours. La responsabilité politique est justement de rappeler que 1% c’est la petite caisse et que si un gouvernement ne sait pas la gérer qu’en est-il du reste ? Pleurnicher sur le sort de la « population la plus défavorisée » est une moins bonne solution que celle qui consiste à marteler comme nous l’avons fait  que moins d’impôts pour les riches c’est moins de recettes et moins de recettes c’est un déficit pour tous. Alors finissons-en avec les cadeaux fiscaux faits aux plus riches et revenons à une pratique elle aussi républicaine : l’impôt progressif. Que chacun paie selon ses moyens sans passe-droit possible !

Comme d’habitude nos gauchistes cantonaux font une analyse hors de toute réalité, mais nous ne jouons pas au Monopoly. Derrière nos décisions, il y a des personnes qui parfois ont un besoin urgent de voir l’Etat remplir sa fonction redistributrice et pour ce faire nous devons aussi montrer notre sérieux dans cette fonction afin de ne pas la décrédibiliser en dépensant pour tout et son contraire.

La crise est nos portes, le budget de l’année prochaine risque d’être réellement déficitaire si le Grand Conseil ne revient pas sur ses décisions de baisses d’impôts, il sera temps alors de mener une bataille réelle et pas une comédie pitoyable d’enfants gâtés.

Salika Wenger

 

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16.12.2011

Un matin comme les autres

Un matin comme les autres

Une fin de matinée comme les autres au café de « l’Amitié et du Sabre réunis ». J’épluche les patates avec Denise en sirotant mon martini rouge. Il pleut, tout est feutré, la fatigue se lit sur tous les visages. En bruit de fond la radio et ses inepties. Un matin comme les autres à Genève. Rentre une bande de gamins anglophones, ils sont un peu bruyants et je sens que Denise monte les tours. « Je veux pas que des amerlocs viennent me faire braire chez moi ! ». « Tu vas pas faire ta vieille, regarde c’est des mômes ! ». Elle se lève va vers le bar, les regarde un par un et se tourne vers moi « ils ont les mêmes têtes que les nôtres, Hein ? C’est marrant ça ! ». Je soupire en mettant les épluchures dans la poubelle. « Tu croyais quoi ? Qu’ils avaient un œil au milieu du front ? ».

Elle revient avec un drôle sourire, « Y’en a un qui me rappelle mon neveux. Une vraie gueule d’ange ! » « Lequel ? » « Celui qui s’est engagé dans la Légion en France » « La Légion, pourquoi pas les Batd’Af, pendant que t’y es. J’ai un an de plus que toi. Il s’est engagé pour quelle guerre ? » Elle essuie une larme : Il venait d’avoir dix-huit ans, j’entends Dalida. Il est parti un jour et on l’a jamais revu vivant. Un soir le Consulat a appelé les parents pour leur annoncer sa mort.

« J’y crois pas, c’est une chanson de Piaf que tu me racontes ou quoi ? Il est mort de quoi ? » Denise avec un air un peu gêné, me raconte qu’il s’est noyé. Au cours d’une permission, il est parti en vogue avec des potes, ils avaient trop bu et il a glissé dans une rivière, comme il ne savait pas nager… « Dans quel pays ? » « Ben en Suisse pardi ! » J’éclate de rire. « Qu’est-ce que ça à voir avec la Coloniale ? » « Rien, sauf que tous les soldats ont toujours, sur les photos, cet air de jeunesse fanée ! ». Silence. On regarde les mômes, ils se disent anglais les mêmes sottises que les nôtres en français. Je reprends un martini et elle un coup rouge. On soupire en cœur. Elle regarde par-dessus ma tête et moi le fond de mon verre. « Vous avez voté le budget ? » Je hausse les épaules. Toutes les deux on se tourne vers la rue mouillée, « tu savais qu’on devient automatiquement français quand on rentre dans la Légion ?……  Tu t’habilles comment pour Noël ? » « En noir ! » Et on éclate de rire.

Denise : « C’est quoi la différence avec l’année dernière ? » Je sais qu’elle parle du budget,  j’ai la tête pleine brouillard et pas envie de répondre « Aucune, fais gaffe tu mets de l’huile partout ! » Nouvel éclat de rire. Passionnante vie politique genevoise…

Lulu la nantaise

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11.12.2011

Ce matin j’ai vu la solitude. Assise sur un banc dans un jardin.

Il est entré en furie dans la buvette m’a invectivée et est reparti comme s’il détenait le droit de l’insulte. Dégoulinant de « moraline » cette petite tête de gauche m’a fait entrevoir un monde qui serait dirigé par lui et sa bande. Contre l’armée pas contre les rapports de pouvoir, il peut disserter pendant des heures sur la nécessité de la charité en Afrique en l’habillant des oripeaux de la coopération, sans analyse juste comme… un petit soldat guidé par l’idée d’une révolution qui comme le retour du Christ est toujours promise au lendemain. Il a éructé comme n’importe quel flic politique sans questions, sans réponses non plus, visiblement il ne pouvait imaginer que l’on ne soit pas d’accord avec « sa » position.

Non Monsieur, je ne veux pas faire la charité aux petits enfants africains. Nous les colonisés avons cet avantage de voir venir de loin l’hypocrite volonté d’imposer un modèle qui n’est pas le nôtre. J’en connais plein des comme vous. Je les ai vus à l’œuvre dans ces pays dont vous parlez sans jamais y avoir suffisamment séjourné pour comprendre que personnes ne veut de vous, les coopérants. Les bouffis de certitudes, ceux que toute l’Afrique populaire appelle les colabos. Faites une analyse qui transcende votre pathos pour entendre enfin que chaque peuple et chaque personne mérite qu’on lui reconnaisse une dignité et la capacité de se penser sans les tuteurs de l’Occident catho que vous représentez vous et votre charité blême. Ce que les africains réclament ce ne sont pas de bonnes intentions mais le Droit et la Justice.

Mes convictions restent intactes mais à vous voir foldingue comme hier soir je me prends à douter du modèle de société que vous nous proposez. Il n’est pas celui pour lequel je me bats et mes revendications ne s’arrêtent pas aux portes des usines. Je veux rire, parler, me foutre du boulot. Je veux des amis, des enfants qui gueulent dans les cours, je veux un espace public où il ne serait pas interdit de dire ou penser en dehors de la ligne, je veux faire de ma vie ma propre œuvre d’art. Je veux un Monde et pas une idéologie. Intellectuellement nous ne pensons pas du même côté de la Méditerranée et ça se voit.

Hier soir, Monsieur Schnebli, vous avez perdu à jamais le peu de respect qu’il me restait à votre égard.

Salika Wenger

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28.11.2011

Ça sent le roussi !

Comme tous les matins au café de « l’Amitié et du sabre réunis ». Je commande mon café, Palu me sert sans un mot. Je le bois tranquille en lisant le journal, 34% de votants. Bonjour la ratatinée! Je paie 3,30 Frs et au moment où j’atteins la porte j’entends Palu qui me dit «Hè ! Lulu y’a pas le compte ! » Je reviens au comptoir étonnée, surprise etc… « Ouai ! Me dit Robert, le patron, maintenant c’est 12,50 le café, 15 le verre de pinard et 48 balles le plat duj’ ». Je lui demande s’il tombé sur la tête ou s’il a forcé sur la poire hier soir ? Pas de réponse, même Denise n’est pas sortie de sa cuisine pour me saluer. Je sens arriver l’heure de la thérapie de groupe… « Accouchez, j’en ai marre de vos conneries ! » ça c’est moi.

Denise sort de sa cuisine en robe à rayures tout ce qui y’a de chic, violet, orange et vert tisane avec manches bouffantes. Elle est maquillée façon Claudia Cardinale années 60 et elle a les ongles vernis en orange. L’heure est grave. Sans un mot, sans un regard elle tire un express qu’elle boit en levant le petit doigt et me dit tournée vers la rue « on a changé de standing. » Rien à faire ils sont tous dingues dans ce bistrot. « Depuis quand ? » « Depuis que les genevois n’ont pas voter le salaire minimum, alors ça veut dire qu’ils en ont un maximum et que nous ont est des pigeons ! » Logique imparable de Robert. « La preuve, t’as qu’à voir les bistrots autour c’est tout des bars à vin, comme si nous on vendait de l’eau ! Et j’te dis pas les prix ! ». Aïe ! Comment vais-je leur expliquer que dans notre ville il n’y a pas que des gens aussi intelligents qu’eux…

Je décide de le faire par l’exemple et comme j’ai mon ordi sous le bras je leur montre le Blog Tribune et les déclarations de Pierre Weiss…Robert lit à voix haute et dit « ça compte pas dit-il, lui c’est un abrutis avec un nœud de cravate vachement plus gros que le pois chiche qui lui sert de cervelle ! » « Alors qu’est ce qui compte ? » « Ben, nous les p’tits, sans blague ! » Je respire un grand coup et je me lance. La question qui fâche ! « Vous avez voté j’espère ? ». Robert baisse la tête, Denise soupire et retourne à sa cuisine. Palu se concentre sur la couleur du carrelage. «Je vois, la critique est facile mais l’art difficile, bande de nazes. Vous n’avez même pas voté ! » J’empoche le prix de mon café. « Tiens, je reprends mes thunes vous me le devez bien depuis le temps que je vous dis de voter. »

Lulu la nantaise KO debout.

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19.11.2011

La raie du bus

Les TPG ont probablement engagé un prix Nobel de la circulation pour nous concocter le plan de déplacement le plus nul à l’est du Mississipi. Exemple : un pôle de transfert centre-ville infernal ou il faut descendre du tram ou de son bus pour changer de véhicule afin d’aller à la gare avec armes et bagages au milieu de la circulation, des bagnoles, des piétons et des vélos. Noisette sur le gâteau il faut traverser un bras du Rhône et se retrouvé en pleine bise pour attendre un bus qui arrive toujours en retard.

Après des années d’embouteillages pour faire les voies du 16 et 17 … on supprime les trams. Rive et la rue d’ Italie deviennent impraticables car là aussi on transborde d’une rue à l’autre des passagers qui ne voulaient rien d’autre qu’aller tranquillement à la gare chercher la grand-mère. Le grand esprit qui a pensé ce nouveau plan de circulation des transports publics doit surement rouler en bagnole.

Je ne parle pas des personnes qui vivent avec un handicap ou de celles dont une la vision est limitée, pour elles les transports en commun deviennent un cauchemar et surtout sont devenus dangereux. Au royaume de la mobilité douce personne pour s’élever contre une absurdité telle qu’elle nous ferait prendre en grippe tous les cyclistes du monde. Madame la ministre des transports réveillez-vous car il y a péril en la demeure et un plan de transport pour le Canton est un peu plus compliqué que de couper des rubans pour inaugurer des champs de topinambours.

Quant aux TPG, en plus de nous imposer ce plan absurde qui ne tient compte que des économies financières possibles et ne s’occupe pas des besoins de la population, ils ont l’audace d’augmenter le prix des billets ! Alors leur nouveau plan de transport ils peuvent se le mettre à la raie du bus et leur augmentation aussi.

Lulu la nantaise, encore plus énervée que d’habitude.

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18.11.2011

Toutes les rumeurs sont vraies !

Sauf celle qui dit que j’ai arrêté de fumer. La rumeur est un outil délicieux, subtil et subversif. Lancez un bruit « les chiffres des rentrées fiscales avancés par le ministre des finances sont tous sous évalués. » Dites le sous le sceau du secret à la personne la plus indiscrète de votre entourage et il ne reste plus qu’à attendre le retour. Dans notre bonne vieille ville calviniste il suffit d’un jour ou deux et voilà qu'elle  vous revient au creux de l’oreille toujours sous le sceau du secret « Il paraitrait que le ministre de l’économie ne sait pas de quoi il parle… »Trop marrant !

Il aura suffi de laisser courir un bruit pour que chacun l’interprète à chaque transmission et que finalement la transformation s’opère naturellement… la rumeur devient vraie ! Mais peut-être l’était elle aussi au tout début et que vous êtes la victime d’une autre rumeur ?

Mystère…. Nous vérifierons tout cela lors des budgets, n'est ce pas ?

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11.11.2011

Le talent ne peut pas être une posture

A Monsieur Bernard Henri Levy et son goût du sang... des autres.

Malraux choisit d’écrire et de publier L’Espoir dans le moment même de la guerre d’Espagne.Il s’ensuit quatre implications, liées. Une philosophie de l’action: la vérité de l’événement appartient à ceux qui le font, dans l’incertitude précisément où ils sont de son issue.Une morale de la guerre : faire la guerre à l’Ennemi, c’est se reconnaître soi-même comme un ennemi et entrer dans les ambiguïtés de l’inimitié et de l’amitié. Une morale d’écrivain : écrire l’événement, c’est sortir de la neutralité axiologique du roman. La quatrième implication reprend les trois autres dans le travail de la poétique : raconter cet événement, c’est instituer littérairement la vérité des combattants, en tant que combattant.

Pierre Campion

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10.11.2011

Ouf ! J’ai eu peur …

 

Un lendemain de commission des finances c’est comme le lendemain d’un dîner avec sa belle-mère. On fait gaffe à tout ce que l’on dit ça pourrait tourner mal et au matin on se repense toute la séance en faisant le tour de ses propres silences. Un exercice périlleux et fatigant. Bref encore une raison d’avoir la gueule de bois.

 

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07.11.2011

Le lendemain du Grand Soir qui descendra la poubelle ?

Comme d’hab au café de « l’amitié et du sabre réunis » nous avons la réunion de l’association du «  fromage blanc et caramel mou ». Chacun son demi de blanc et son dossier sous le bras nous nous retrouvons au fond du bar. Ordre du jour : «  le lendemain du Grand Soir qui descendra la poubelle ?  » Première Intervention de Loulou retraité des TPG « nous devons définir Grand Soir » Soupir général il va nous les briser menues toute la soirée. Annabelle notre junior de 50 ans, regarde Palu le serveur avec un air de dire qu’elle lui ferait bien un grand soir s’il était d’accord. Robert le patron du bistrot préside la séance et à cette occasion il a même mis une chemise à peu près propre. Hamed super sérieux fixe son dossier comme s’il essayait de le faire léviter, quant à moi je me marre d’avance… C’est moi qui ai proposé le thème de la réunion.

Loulou nous refait l’Histoire depuis le serment du Grütli jusqu’à l’arrivée de Calmy Rey. On a tous fini notre demi de blanc et Annabelle a déboutonné son corsage fleuri jusqu’à la taille. La moitié des clients s’est jointe aux débats. Malgré nos voix un peu pâteuses la discussion va bon train : les femmes, la taxe des sacs poubelle, le soldat inconnu et sa femme, à quelle heure on descend les poubelles ? Faut-il le faire en pantoufles si il pleut ? et le tri ? Là on fait trois quart d’heure sur le tri, etc... Conclusion : il n’y aura pas plus de Grand soir que beurre en branche, donc cette question n’est pas pertinente et toc ! Discours final du Président :

« La Terre est malade, nous serons bientôt 10 milliards, il n’y a pas assez d’eau, pas assez de terres arables pour nourrir tout le monde, le trou d’ozone s’agrandit tous les jours, malgré notre GPS intégré nous allons directement dans le mur avec nos téléphones portables, alors tes problèmes politiques ma poule, on s’en tape. Je propose donc une nouvelle tournée aux frais de notre copine qui croit encore que les politiques ont du pouvoir sur les banques !  Et je parle pas du référendum grec qui parait obscène à tous les démocrates d’opérette que nous élisons régulièrement, on garde celle-là pour l’apéro. La séance est levée »

J’ai tellement rit pendant cette séance, qu’en rentrant chez moi, je me mets à croire en l’humanité. C’est surement le vin blanc !

LuLu la nantaise


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04.11.2011

Mais où sont passés les « patrons » ?

Un matin d’octobre, j'ai école et je suis d'une humeur massacrante. L'alternative rencontre les syndicats. Super ! On va pourvoir discuter, analyser les problèmes de travail, se mobiliser d’une manière un peu plus radicale et offrir mieux et plus que le choix entre les promesses bidons du MCG et l'espérance de gagner à l'Euro million.

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30.10.2011

Hommes de foi

Ce matin Denise est morose dans la cuisine de son rade « le café de l’amitié et du sabre réunis ». Je sais que ça ne tourne pas rond car elle a mis « radio nostalgie » alors que d’habitude c’est elle qui chante, enfin si on veut. Je suis au comptoir et je vois Palu le garçon affalé aux côtés de Robert le patron, sur un siège au fond du bar. « On enterre qui aujourd’hui ? On peut avoir un café quand même ? «  Palu se lève lentement, va vers le perco et me tire un café plus nul tu meurs. « C’est quoi ça ? C’est pas du café ! ». Robert regarde dans le vide il n’a même pas le courage de m’engueuler. Denise sort de sa cuisine et s’assied à côté de moi. « Le fils de Josette, tu sais le flic, ben il est passé tout à l’heure avec des potes… Ils étaient quatre et ils nous ont raconté la descente qu’ils ont fait pour virer des roms… » J’attends la suite, il ne sert à rien de la presser quand elle n’a pas envie de parler. Je la connais depuis 30 ans. Robert relève la tête et me dit du fond du bar « Ils avaient tous les boules, car ils sont pas rentrés dans la police pour pourrir la vie des pauvres mais pour s’occuper des méchants ! C’est ce qu’ils disaient.»

 

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29.10.2011

Aux jasmins… Les chardons ont mêlé leurs haines.


Tout le monde y croyait, la démocratie allait fleurir dans les pays arabes. Les libertés individuelles seraient enfin respectées, c’était la fin des dictatures etc… Tant d’espoir pour quelques révoltes retransmises en boucle par CNN ne pouvaient déboucher que sur un monde plus juste. Las, la réalité est toute autre. Les tunisiens ont plébiscité leurs bourreaux par les urnes, la Lybie est un champ de ruines que se disputent les vautours de l’OTAN pendant que le prochain dictateur se met place, l’Egypte continuera à servir de porte avion aux surveillants américains mais les femmes d’Arabie Saoudite auront le droit de conduire une voiture... Si elles sont accompagnées d’un homme évidemment !

 

 

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21.05.2011

Tout fout le camp !

 

Ce matin là, comme tous les matins je suis allée boire un jus au « café de l'amitié et du sabre réunis ». J'avoue ressentir un certain plaisir, lorsque j'arrive, à voir la tête chiffonnée de mes potes. On voit qu'ils ne boivent pas que de l'eau ! Depuis une semaine on ne parle que DSK. La patronne du fond de sa cuisine nous crie « si j'avais porté plainte chaque fois qu'un client m'a tripotée les fesses, j'aurai passé ma vie chez les bourres ! ». Ni elle ni moi n'avons plus l'espoir que ça nous arrive. On est même trop vieilles pour faire les cougars (femmes qui ont des relations avec de jeunes hommes) aujourd'hui on a plus le profil pot au feu que galipettes. Après le troisième verre de rouge tout le monde a repris ses esprits et la discussion commence vraiment.

Robert, le patron, sourit bêtement en regardant dans le vague, il s'imagine à New York dans un hôtel de luxe « mais pas pour la bagatelle dit-il seulement pour la télé grand format et la vue ». Tout le monde se marre, personne ne croit une seconde à son baratin. Une habituée, une petite mémé dans son fauteuil roulant secoue la tête en souriant, je m'approche et elle dit «C'est tout le répertoire du théâtre de boulevard français qui devrait donc être interdit comme incitation au viol ! » Hurlements de rire de tout le comptoir, même les deux flics planqués au fond du bistrot rigolent. Robert est un brin vexé alors comme d'hab dans ces cas là il change de conversation. « Rigolez , profitez en car bientôt le bistrot va fermer pour les travaux de l'immeuble et on verra si vous rigolez encore quand à sa place ils auront ouvert un bistrot branchouille pour les écolos ! Avec le déci de pinard bio à une thune.» Silence consterné, tous se regardent et se demandent de quoi il parle. Le ciel leur tombe sur la tête. Denise, la patronne, inquiète du silence regarde la salle depuis sa cuisine et rapplique « Alors il vous l'a dit, hein ? Il vous l'a dit ? »

Chacun le nez dans son déci opine du chef. « Là tu nous fait marcher Robert ? » interroge l'un des clients inquiets. L'angoisse est palpable, Robert et Denise se regardent en silence puis éclatent de rire. « Elle a bien marché celle là ! C'était une blague ! » Tout le monde soupire de soulagement, recommande un nouveau déci et la vie continue normalement. J'ai bu mon café et je suis partie sans rien dire.... Sans dire qu'il y avait bien une demande d'autorisation de travaux importants déposée et acceptée pour cet immeuble et que le gag de Robert et Denise n'en était pas un. Avant de fermer la porte j'ai jeter un dernier coup d'oeil à ma copine Denise et dans son regard triste j'ai lu qu'elle savait.

Le « Plan d'utilisation du sol, celui qui préserve les bistrots, les épiceries, etc.. » ne semble pas très important pour certains, mais plutôt que d'inventer des « espaces de convivialité » tristes, déserts, calibrés et ennuyeux si on se souvenait simplement que le premier de ces espaces en ville, c'est le bistrot ! Et que c'est cette qualité de vie là qu'il faut préserver.

A +

Lulu la Nantaise

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02.05.2010

Dernières nouvelles de l'association « du fromage blanc et du caramel mou des Eaux Vives »

Vendredi matin comme tous les jours je vais faire l'apéro chez Denise, son rade s'appelle le « Café de l'amitié et du sabre réunis ». Denise mène la barque depuis sa cuisine, Palu le garçon FN essuie les verres et Robert le patron fume une clope dans la cour avec les clients. Je prends une chaise, j'allume ma clope en commandant un Martini rouge avec une goutte de gin. C'est le printemps plein de chants d'oiseaux et de senteurs fleuries qui couvrent l'habituelle odeur de moisi. Tout le monde à le regard dans le vague au point que je demande si on me fait la gueule ? Pas du tout répond le patron on parlait de l'Art ??? Je m'étrangle avec ma gorgée de Martini et j'attends d'en savoir plus.

Comme d'habitude c'est Denise qui me donne la clé « hé ! Les artistes c'est l'heure de mettre la table alors savoir ce qui est de l'art ou pas on s'en tape. Robert t'arrives ? » Waouh ! Que ce passe-t-il ?

Un copain sort un paquet de dessous la table et me le tend. Je l'ouvre : la représentation maladroite d'une femme nue peint sur du velours rouge... Et Alors ? « Robert dit que c'est pas de l'art. ».

Je suis embarrassée car tout le monde me regarde et attend le verdict. Je bois très lentement une nouvelle gorgée de mon Martini car je sens que je vais en avoir besoin. « me regardez pas comme ça, je suis pas critique d'art. Je suis seulement conseillère municipale. » Tout le monde voit que je tergiverse. « Bon d'accord, c'est pour ta femme ? » l'heureux acquéreur acquiesce. Il y a tant d'espoir et de fierté dans son regard que je n'ai pas le courage de lui dire que c'est de la daube à quatre balles. « Je l'ai quand même payé 300 balles dans une boutique. C'est pas de la daube » ajoute-t-il. Je sursaute. Ma parole il lit dans mes pensées ce mec. Je me lance doucement : « remarque ça va bien avec ton salon ». Je vois mon pote sourire comme un enfant. Il appelle Palu : « tiens, sers lui une tournée, elle, elle comprend au moins ! ». Ouf, je l'ai échappé belle.

De retour chez moi je regarde mes murs couverts de machins, des toiles des années 50, des affiches, au dessus de mon bureau une foison de photos, d'articles de journaux découpés et collés là sans que je me souvienne vraiment pourquoi, sur les meubles des sculptures africaines, des photos, des pots, des boites, bref c'est pas Diogène mais presque. Perplexe je demande à mon mari « c'est quoi l'Art pour toi ? » Il lève la tête de son livre du moment et éclate de rire. « t'as forcé sur le Martini ou quoi ? Depuis quand tu pratiques ce genre de baratin ? ». Je lui montre de la main les murs du salon, il hausse les épaules et répond « ben quoi c'est sympa non ? » en disant cela il a le même regard que j'ai surpris tout à l'heure dans les yeux de mon copain.

Et si l'Art ce n'était que ce regard là ?

Lulu la Nantaise

 

 

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