13.05.2012
Fleur contre fleur
Aujourd’hui réunion ordinaire de l’association « du fromage blanc et du caramel mou ». Nous nous retrouvons tous à l’heure et à l’endroit convenus soit : le café du « Sabre et de l’Amitié réunis » à l’heure de l’apéro. Par téléphone on m’a déjà prévenu qu’il y avait de nouvelles recrues et que notre association était en passe de devenir une fédé car d’autres groupes se réuniraient dans d’autres bistrots… Y’en aurait même sur la rive droite ! Le thème du jour est, comme il se doit, d’une importance vitale pour la collectivité soit « Pourquoi les genevoises préfèrent les baskets aux talons aiguille ? » Voilà une soirée qui promet d’être intéressante aussi vais-je faire prendre l’air à mes escarpins vernis 12 cm avec plateforme mais talon bottier.
Denise arrive avec sur un plateau des chaussures taille 39. Il y en a pour tous les goûts et de toutes les couleurs «Nous allons travailler sur les preuves » dit-elle avec l’air alléché d’une fille de joie qui a levé un jeune puceau. Robert me fait du pied sous la table en se marrant, la dame dans son fauteuil roulant regarde ce plateau comme un cadeau de noël, Momo ajuste ses lunettes et n’en croit pas ses yeux, Palu regarde par la fenêtre et tous les autres attendent impatiemment que l’apéro arrive, moi y compris. Denise prend une voix de soprano des faubourgs et appelle « Aldo, mon chéri, tu peux venir ! » Inquiets on se tourne vers Robert… Il se gondole comme un bossu ! Arrive un plus très jeune homme, veste rouge, foulard cachemire, pantalon collant et chaussures pointues beiges. Denise nous le présente comme le dieu vivant de la chaussure. Il toussote et commence son exposé :
Chaussure : Objet fait de cuir, de peausserie, de tissu ou tout autre matériau, assemblés par divers procédés et destiné à habiller et protéger le pied. Oh ! Il est très fort.
Cousu norvégien : Genre de fabrication, variante du cousu trépointe, dans lequel la trépointe est cousue côté chair contre côté fleur de la tige (au lieu de fleur contre fleur), et rabattue vers l'extérieur de façon à assurer l'étanchéité de la couture. De quoi y parle l’abruti ?
Loafer Type de chaussure basse, du genre " décolleté-homme ", qui n'a pas de système d'ouverture-fermeture, mais une pièce fixe bridant fermement sur le coup-de-pied. Bon, il me les brise menues, moi je vais boire un coup en bas.
Robert ouvre la marche. Dix minutes plus tard il ne reste plus que le plateau de chaussures sur la table, la vieille dame qui dort dans son fauteuil roulant et Denise qui écoute fascinée le discours du pédant de service. Au bar nous avons repris nos activités culturelles habituelles : « si c’est écrit 51, ça veut dire 5 doses d’eau pour une de pastis. C’est évident !» un des clients qui déjà dépassé Marrakech depuis longtemps nous trouble « ou c’est le contraire ? » Voilà une discussion qui intéresse au plus haut point notre association. C’est comme au Conseil municipal on commence un sujet, on perd le fil et on finit… à la buvette !
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10.05.2012
Pommes ou marrons ?
En ce moment nous sommes cernés par la mort. Le café du « Sabre et de l’amitié réunis » passe d’un deuil à l’autre sans avoir le temps de dessaouler. D’abord Chevrolet, ma mère, le père de Denise, un copain acteur qui vit dans le quartier. Comme c’est toujours le cas nous avons la démonstration du pire et du meilleur mais surtout du pire. Le bistrot est un peu au ralenti quand arrive une bande de mémères genre qui sortent de St Joseph toutes mouillées d’eau bénite et transpirant la frustration sexuelle. Gros mollet, petites lunettes et airs supérieurs, l’une d’entre elles commande des coca avec des airs de pucelle qui achèterait des préservatifs. C’est le moment très précis que Palu choisit pour siffloter le Curé de Camaret, je m’étouffe avec une gorgée de café et Robert sursaute. Je pense que les mémères ont dû l’inspirer, bref du Grand Palu ! Le pire au pire moment.
Robert revient vers le bar pour prendre les cocas et me fait un coup d’œil, je lui souris. Dans le miroir au-dessus du bar j’observe « ces Dames » assises sur la banquette du fond. Mince ! Y’en a une que je connais bien. Je me carapate dans la cuisine en douce et Denise derrière son fourneau me balance « Y’a ta présidente dans la salle. » « Chut ! Elle va t’entendre. » « Ma parole elle te fait peur ou quoi ? » Je respire longuement et lui réponds « Non, mais elle me met les nerfs. C’est une mégote. » « Waouh ! C’est l’amour fou, je vois ! » Assise à la table derrière les rideaux j’épluche des haricots en écoutant la radio et attendant que l’autre pouf se casse avec sa bande. De temps à autre je jette œil et je la vois minauder elle et ses petites mains. Une fois que je lui disais qu’elle avait de jolies mains… Il y a à peu près un siècle et demi, elle m’a répondu « Il faut bien que j’ai quelque chose de joli ! » C’est vrai que c’est un boudin super moche mais depuis j’ai pu constater qu’elle était aussi une vraie pelure, malhonnête, hypocrite, autoritaire, prétentieuse et sans talent. Une copine quoi ! Denise s’approche de moi et me dit « Arrête de la regarder comme ça tu vas te scoumouner ! »
Courageusement je sors de la cuisine, je me dirige vers la table des cathos le sourire jaune et la main tendue. « Comment vas-tu ? » Je vois qu’elle est au bord de l’apoplexie car qu’elle ne s’attendait pas à me voir. Elle grimace aussi un sourire et me dit « Alors c’est ici ton bistrot ? J’ai lu ton blog tu sais ». Robert se pose derrière moi « C’est son rade et nous on est ses potes. Moi c’est Robert et vous ? » Elle sourit, se lève sans répondre, lisse sa jupe immonde et sort accompagnée de ses copines en ricanant. Robert les regarde partir et sans se tourner me dit « T’es vachement patiente, parce que moi je l’aurais tamponnée depuis longtemps ! » « Laisse tomber ! J’en ai trop envie, ne me tente pas ! » Robert nous sert un blanc chacun histoire de cuver nos deuils respectifs et Denise arrive en nous demandant « Boudin aux pommes à midi, ça vous va ? » « Nous ce sera aux marrons ! » et nous éclatons de rire Robert et moi.
Lulu la Nantaise
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02.05.2012
Les mots
Je rassure ceux qui comme moi ont horreur des autobiographies, je ne me prends pas pour Sartre. Les mots dont je parle sont ceux du 1er mai d'hier à Genève. Assise aux côtés de jeunes gens – dont un particulièrement crunchy – au stand du PdT nous discutons tranquillement luttes des classes et difficultés de conscientisation. Un de jeune couple vient s’assoir à notre table et participe, un peu décalés, à nos délires. Parmi nous un savant du CERN de nos amis politiques, tente avec des mots simples de nous expliquer son travail. Evidemment il n’y parvient pas, notre ignorance de la physique quantique est trop abyssale. Bien des verres de bière tiède et des saucisses de veau froides plus tard nous en sommes à commenter le discours officiel crachouillé dans une sono qui date au moins de la jeunesse de Jean Vincent.
Première réflexion, avec une voix pareille il devrait être interdit de prendre la parole en public ! Nasillarde, mal articulée et dans un français approximatif mais quand même pédant elle nous explique l’injustice du capitalisme et les justes revendications des travailleurs de Serono. Nous rions aux larmes plaignant sincèrement ceux qui sont censés être défendus par un discours aussi navrant. La femme qui s’exprime, un joli petit sac d’os de 40 et quelques années est aussi sexy qu’une poêle à frire. Ce n’est pas moi qui l’ai dit ! Les poignées de mains entre camarades succèdent aux embrassades convenues. Tous les partis et syndicats se sont transformés en stands saucisses –frites et comme c’est pour soutenir les organisations les prix sont astronomiques. Les militants déambulent dans un ballet des plus énigmatiques, chacun ayant l’air de chercher quelque chose sans le trouver. Il y a des must comme UNIA, le PdT, SolidaritéS mais cela tient plus à la taille des espaces et aux nombres de tables à disposition qu’à des convictions politiques affichées.
A ma table les discussions vont train, la jeune femme du couple qui s’est assis près de nous à l’air de s’ennuyer ferme. « Tu es mariée ? » me demande-t-elle. La question me prend au dépourvu mais je lui réponds que oui depuis 37 ans. Interrogative elle écarquille les yeux, « comment on fait pour que ça dure aussi longtemps ? » Je réfléchis un moment lui dit « il y a quatre mots qu’on ne doit jamais prononcer» Lesquels ? « Il faut qu’on parle » devant son étonnement j’éclate de rire et conclue en disant qu’il est indispensable de se souvenir que la vie privée existe même dans les couples et que tout dire ou demander à l’autre de le faire c’est aller vers bien des désillusions inutiles, douloureuses et tellement ennuyeuses… Je crois qu’elle m’a prise pour une folle comme je l’avais fait avec ma mère lorsqu’elle m’avait dit cette même chose. Je viens d’entendre les mots magiques « critique de l’économie politique » et voilà, on va commenter le « Capital » encore une fois. Je décide alors de rentrer dans le dur, je me commande une bouteille de blanc. C’est la fête de l’Huma sans la fête.
Lulu la Nantaise
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28.04.2012
« Pétroleuse : n.f. Nom donné aux femmes qui allumaient des incendies pendant la Commune de Paris en 1871. Femme qui manifeste avec énergie.
Monsieur le journaliste du Courrier, bien-pensant, ne prenant jamais de risque, toujours dans la ligne et rasant les murs,
Je suis fière que dans vos gags provinciaux vous m’ayez traitée de Pétroleuse. Au vu de la définition il ne vous aura pas échappé, je pense, que ce terme est des plus élogieux pour une femme comme moi qui se bat depuis longtemps sur de nombreux fronts. Dans cette perspective je revendique donc haut et fort le dénominatif de Pétroleuse. Je vous remercie enfin de m’avoir comparée à ces femmes modestes de la Commune qui ont fièrement et courageusement combattu un système injuste et meurtrier. Elles restent aujourd’hui encore les héroïnes de la Commune de Paris.
Mon propos n’est pas de vous donner un cours sur la Commune, mais sur le langage que visiblement vous maitrisez mal. L’émission à laquelle vous faites référence en parlant de moi, n’était qu’un simple divertissement ! Comme il semble que ce mot soit banni tant de votre pensée que de votre pratique je vous en livre ici la signification : Un divertissement est une activité qui permet aux hommes d'occuper leur temps libre en s'amusant et de se détourner ainsi de leurs préoccupations. C’est pourquoi il n’est pas encore venu le jour où vous ferez taire mon rire, mon goût pour le beau parler, les vêtements élégants et la bonne chair car contrairement à certains groupes politiques qui ont vos sympathies, je ne fais pas une punition de mon combat politique. Aussi prenez garde que je ne devienne une VRAIE Pétroleuse, de celles qui prendraient au sérieux la petite bourgeoisie frileuse et collabo que vous représentez et dans laquelle les enfants des faubourgs comme moi ne se reconnaissent toujours pas malgré tous vos efforts douloureusement prolétariens! »
La Pétroleuse du Conseil Municipal vous attend donc sur des barricades un peu plus solides et compromettantes que celles des idéologies figées et des clichés nécrosés !
Salika Wenger
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25.04.2012
Lâcheur !
Tu crois qu’en partant tu vas te tirer des flûtes ? Tu crois que c’est juste de me laisser sans un mot, sans un rire. Tu trouves normal qu’un soir je m’endorme dans cette ville et qu’au matin je n’entende pas ton rire entrecoupé de potins mondains ou non ? Tu te casses en laissant derrière toi tes amis, tes ennemis et tu penses qu’il te suffit de mourir pour nous faire la pige ? Je te déteste.
Que tu ne veuilles pas voir la fin de l’histoire je le comprends bien, mais c’était une histoire collective et en disparaissant tu te l’appropries sans rien nous demander. C’est du vol qualifié !
J’entends partout que tu étais sympa, cultivé, gna gna gna ! Tu laisses la place à ceux qui t’ont savonné la planche, qui te trouvaient too much, ceux qui ricanaient dans ton dos, tous les jaloux, les envieux, les tristes de la cravate vont pouvoir pavoiser en silence mais surtout dans le silence de ton absence et j’enrage !
Je suis très fâchée car toi tu savais mon combat quotidien contre la maladie et c’est avec seulement 39 petites années que tu dégages ? Ce n’est pas juste !
Que vais-je faire de tous tes rêves, tes désirs, tes plaisirs, tes espoirs, tes projets ? Ils commencent déjà à faner au creux de ma mémoire car c’étaient les tiens et sans toi pour les faire briller il ne reste que le pire… Des souvenirs qui bientôt s’éteindront de n’avoir plus été visités par ton espérance.
Salut Michel ! T’es un lâcheur.
Lulu la nantaise
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24.04.2012
T-REX
Je viens de me prendre la tête avec le T-Rex de la politique. C’était pas beau à voir mais il fallait bien qu’un jour quelqu’un s’y colle et se montre aussi sanglant que lui peut l’être lorsqu’il veut quelque chose. Le meurtre du père est toujours un exercice difficile mais indispensable. En descendant du tram je rentre dans mon bistrot comme un boulet de canon avec des envies de meurtres, ça doit se voir car mon martini gin est déjà sur le comptoir quand je prends un siège. Denise en remet une couche pour m’énerver « t’avais qu’à rien lui dire ! » Robert se gondole « tu te prends pour Tarzan ou quoi ? Tu savais qu’il allait t’éclater ! » « y m’a pas éclatée mais c’était moche quand même ! » Heureusement que les potes sont là, on me console, on me chouchoute. Les copines me disent que je suis la meilleures, j’ai même droit à toutes les chips. Tout à coup on décide qu’on va se faire plaisir. Je sais ce que ça veut dire et je me réjouis d’avance.
Portes et rideaux fermés, on a tous tiré nos chaises devant l’écran télé, Robert arrive avec LE DVD comme s’il portait un ciboire. Délicatement il le met dans la fente du lecteur et la magie éclate ! The Boss, le chanteur de l’Amérique profonde, sa voix chaude et sa puissance, sa simplicité et son plaisir de chanter sont de la pure énergie. Une musique engagée, belle et pleine, de celles qui font aimer les américains courageux, pugnaces, fiers et qui donne envie de repartir à lutte. Envolés les médiocrités quotidiennes, les discours bidons, les bassesses, les hypocrisies, juste un son à nul autre pareil. Je sais que nous avons plus de 6 heures de concert mais chaque fois c’est une nouvelle partie que nous visionnons. Tout le monde est assis le regard fixé vers cette force de la nature qui dit dans sa langue ce que tous comprennent ici : les boulots nuls, les salaires de misère, le chômage, les amours déçues et les horizons disparus.
Une belle heure de jubilation, de vrai rock, sonore, riche, couillu… Tout ce j’aime. Robert après avoir éteint me demande gentiment « ça va mieux, poulette ? » encore un moment je fixe l’écran sombre et j’aperçois dans le reflet, le temps passé, les désillusions, les luttes inabouties, les discours de circonstances, mes rides extérieures et intérieures. Il n’y a pas si longtemps cette vieille en chignon et lunettes était une jeune femme pleine de vie qui chantait « Born in USA » en cœur avec un chauffeur de camion qui l’emmenait vers Baltimore. Abattre ce dinosaure aura été mon chant du cygne… Maintenant je suis en première ligne et j’attends mon tour…
Lulu la nantaise
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20.04.2012
Potins de comptoire !
Entendu à la terrasse du « Sabre et de l’Amitiés réunis » par un après-midi d’avril. Trois vieux assis boivent leur verveine respective. Un radi, un Liberal et un autre. Ils doivent totaliser 250 ans. Je suis assise dans le cagibi fumeur aussi se sentent-ils libres de délirer car ils ne me voient pas. Le plus jeune des trois « Maudet a des chances si toute la droite vote pour lui…» le plus vieux rigole et le troisième répond « pas si il dépend du vote des libéraux ! » Mon oreille s’allonge au point que je suis stupéfaite de constater qu’ils ne l’ont pas vue trainer sur leur table. « Tout le monde va voter Stauffer et lui savonner la planche comme ça il sera grillé pour la prochaine ! » C’est le libéral qui s’exprime mort de rire ! Je pouffe en silence. « Le môme, il est trop casque à boulons c’est une caricature ! » et les trois vieux se bidonnent en toussant un peu. Le libéral " et puis pour les radis ont a donné !" "tu préférerais un PDC ?" "Un quoi ?" et les voilà qui rient à nouveau en s'étranglant avec leurs tisannes.
Au bar, me voyant arriver Robert fait semblant d’essuyer les verres. Je lui chuchote au creux de l’oreille «Tu espionnais aussi les clients de d'la cour ? » Il me tourne le dos et je lui dis tout bas « moi aussi, t’as entendu ? Les libéraux … » Il sourit et dit tout bas « j’adore ! t'as vu le panier de crabes ? Je suis certain que les libéraux ont des accords avec le MCG et l’UDC pour le prochain tour.» Il me sert un café et un verre d’eau en mettant son doigt sur la bouche pour faire silence. Sur la pointe des pieds il retourne écouter ce qui se dit dans la cour. Il secoue la main pour me faire savoir que c’est gratiné. J’attends avec impatience qu’il revienne. Les trois montres en or et pantoufles arrivent au bar, paient leurs consommations et repartent en devisant tranquillement.
La porte n’est pas encore fermée que nous éclatons de rire. Je demande « Et alors ? » Robert « C’est encore plus compliqué que tu crois. Stauffer ne passera pas car les genevois y ‘z’aiment pas les grandes gueules. Maudet non plus car il lui manquera les voix de droite qui auront ou voté Stauffer ou les abstentions. Résultat des courses c’est la PS qui gagne une gonfle sans nom car elle se retrouve dans un gouvernement dont plus personne ne veut et dans lequel elle n’aura aucune marge de manœuvre. CQFD, elle est cramée aussi! » « C’est les vieux qui disaient ça ? » Robert fait signe de la tête que oui. Je lui demande pour qui il va voter « Je dis toujours Stauffer pour vous faire mousser mais en vrai, je vote pas !». Je le savais mais j’essaie toujours. "Quand je pense que certains prétendent que la politique c'est que des histoires de pognon mais c'est pas vrai, y'a aussi les coups bas et les trahisons, faudrait pas oublier !" Décidément Robert est très en forme aujourd'hui.
Lulu La Nantaise
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18.04.2012
KO debout !
« Est-ce que quelqu’un connait Monsieur Ho Kim ? Le délicat président de Fédération Internationale de Boxe. Une douceur, le visage lisse, les yeux bridés qui pétillent. Il a tout pour plaire et comme il ne parle pas français, il a le bénéfice du doute…
Fâchée que le Comité compte dans ses rangs un kazakh à la plus mauvaise réputation, blanchiment, escroqueries en tout genre mais surtout gendre multimillionnaire de celui qui un jour de décembre a fait tirer sur des grévistes désarmés, j’ai sorti le tailleur et mon manteau de dame bien décidée à faire la lumière sur ce fatras. J’ai pris mon beau sac à main matelassé et mon dossier sur le bonhomme en question et me voilà sur les routes pour l’étranger…Je vais à Lausanne à la Fédération Internationale de boxe demander des comptes! Ceux qui n’aiment pas la boxe resteront indifférents, moi pas j’adore ça !
Joli petit immeuble, entrée de très bon goût avec tableaux et tapis. Toutes les fédés sont là : l’aviron, le triathlon, concours hippiques, etc. et la boxe. Je suis reçue par un jeune cadre costard cravate propre sur lui… » Je bois une gorgée de café devant un parterre ébahi. Le bistrot du « Sabre et de l’amitié réunis » est mes pieds et j’en profite. Je prends mon temps et je sens l’impatience monter… « Le costard cravate me mène jusqu’à la salle de conférence, où une vieille sorcière m’attend et me propose un verre d’eau. Ce rendez-vous, je l’ai obtenu après avoir écrit à la fédé pour les menacer de faire une manif devant chez eux avec pancartes et tout le tralala » Robert en est baba, Denise s’est assise et Palu reste bouche ouverte « T’es gonflée » me dit un client qui lui aussi ne perd pas une miette de mon récit. Je continue «le Boss arrive… tout en sourires et rondeurs, la sorcière m’explique que son chef ne parle pas français et qu’elle fera la traduction. Parfait, comme je parle assez bien l’anglais je pourrais juger de la qualité de ses traductions.
Je tends une carte de visite à chacun des trois gluglus, je sors de mon dossier toutes les parutions récentes sur le mec en question, malversations, enquêtes de son pays sur ses avoirs en Suisse. Je vous passe les détails. Je leur explique mon étonnement de voir cette raclure siéger au Comité de la Fédé Internationale de Boxe… Alors là accrochez-vous, va y’avoir du tangage ! J’ai entendu le discours le plus cynique et tordu qu’il m’ait été donné d’entendre. Si j’avais eu un porte-jarretelles il me serait remonté autour du cou d’un seul coup, clac ! Sa majesté le rondouillard de Corée du Sud (qu’il dit) m’a expliqué gentiment que j’étais une gentille innocente, que dans cette histoire on était dans la cour des grands, que ce mec rapportait un max d’argent à la Fédé, que pour eux un mec qui n’est pas en prison est innocent et que même si l’argent sentait la merde c’était de l’argent. Pour le reste ils ne font pas de politique. Et Toc ! Circulez y’a rien à boire ! Il a même pas fait semblant de parler de la formation des jeunes ou du sport amateur rien. Je me suis levée disant que pour moi l’entretien était terminé et la sorcière m’a donné en cadeau une clé USB à la sortie ».
Silence au « Sabre et à l’Amitié réunis » tout le monde se passe la clé USB en question de main en main. Pour une fois c’est Palu qui a le dernier mot. Il me regarde en souriant et me lance « Et toi qui trouves que la politique est un monde meurtrier ? » ça fait rire tout le monde sauf moi.
Lulu la nantaise
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10.04.2012
Au secours !
Dimanche matin, le café est meilleur, la cigarette inoffensive, mes voisins des gens cool et une des journalistes Du journal dominical romand un Pulitzer en devenir. Après avoir feuilleté les pages acteurs et autres jardineries, un gros titre me saute à la figure « Vous allez adorer voter sur les traités internationaux ». Aux dires de cette professionnelle de haut vol si l’initiative venait à passer nous serions incapables de comprendre ce sur quoi nous voterions. En somme, juste assez malins pour élire nos représentants aux Chambres mais pas assez pour comprendre ce qu’ils y font.
Au cas où notre journaliste de basse-cour l’aurait oublié nous élisons des miliciens. Ce qui veut dire que n’importe qui dans notre pays peut se faire élire et que si ces braves gens sont capables de comprendre leurs dossiers et de les voter, nous devrions aussi être à même de le faire! Dans cet article, le mépris affiché pour le peuple et ses capacités à prendre des décisions importantes le concernant me semble d’un autre âge. Pourtant ce qui me surprend le plus c’est le non-dit. Le miracle de la transformation de citoyens lambda en Super politiciens, par la grâce d’une élection. D’un seul coup d’un seul, ils acquerraient les qualités indispensables et rares qui leurs permettraient de décider pour nous sur tout… Je veux bien lire cet unique journal du dimanche matin mais à la condition de ne pas être traitée comme une débile profonde!
Petit florilège. Les traités seraient trop nombreux et d’ailleurs les spécialistes de la spécialité nous annoncent un Tsunami de…8 objets supplémentaires soumis au peuple, par an ! D’autres objets seraient ennuyeux, j’avoue un faible pour cet argument politique des plus pertinents. « Heu … Excusez nous, on vous aurait bien fait voter sur l’Euro mais comme le texte est un peu ennuyeux on vous l’expliquera bien embrouillé dans « Infrarouge » quand on aura signé le traité ». Il y aurait aussi la technicité des traités inaccessible à nos petites têtes, un texte d’anthologie, impossible pour nous de comprendre les réformes nécessaires pour alléger les procédures multiples qui concerneraient le fonctionnement de la Cour européenne des droits de l’homme. Mais le pompon, la noisette sur le gâteau revient à l’argument quatre : les enjeux nous dépassent… Imaginez donc la difficulté et la somme de compétences nécessaires pour s’exprimer sur « une convention sur le droit de l’enfant dont un récent protocole concerne la prostitution et la pornographie… ». Encore une difficulté insurmontable ! Pour finir, la journaliste en question nous sert tout et son contraire : « On ne voterait même pas sur tous les traités mais on en vote déjà certains donc pourquoi voter ?… » Au secours, c’est une stagiaire ou bien ?
Le 17 juin nous voterons sur une question et pas pour un parti. L’exercice qui consiste à analyser les intentions des auteurs de ce texte est assez facile, mais ce n’est pas sur les intentions que nous voterons mais une question simple « voulons-nous obtenir le droit de donner notre avis sur des traités qui engagent le peuple suisse ? » J’espère ne pas avoir à rappeler la manière dont le gouvernement européen a balayé la tentative du gouvernement grec de soumettre au référendum populaire les mesures de restrictions exigées par les banques et comment ce même gouvernement européen a placé à la tête de la Grèce et de l’Italie des Proconsuls à leur solde. Les explications justifiant le refus d’un droit aussi légitime et élémentaire obligeront certains à des contorsions politiques qui risquent d’être intéressantes…
Lulu la Nantaise
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01.04.2012
N’est pas cowboy qui veut !
Terrasse dans la cour, tout le monde avec sa clope et son verre de blanc, le soleil se couche sur les Pâquis et la radio nous annonce la sortie d’une « nouveauté » au cinéma… le Titanic ! Rire général de la bande du « Sabre et de l’Amitié réunis ». « Y’zont rien trouvé de mieux que nous enfiler encore une fois ce navet ? » ça c’est Robert. « Il en finit plus de couler ce rafiot ! » ça c’est Palu, « Deux icebergs dans mon pastis, ça suffira » ça c’est un pote. Denise fait la gueule « Vous êtes tous des insensibles, 1 500 morts quand même.. » « Ouai il y a un siècle ! » ça c’est encore Robert. Décidément je ne crois pas que les copains vont se précipiter pour voir ça. Arrive un mec un peu chauve, maigre comme un coucou. Il s’assied à la table à côté, tout le monde le regarde comme si c’était un extraterrestre… personne ne le connait et personne le l’a invité dans ce saint des saints qu’est la terrasse dans la cour.
On discute de tout et de rien mais surtout de rien d’ailleurs, il rapproche sa table et se mêle de la conversation… De plus en plus méfiants les copains le regardent comme un furoncle. Moi je me la coince car je sais qui il est et j’ai bien l’intention de lui faire payer comptant une certaine scène à la commission des Finance. Il s’adresse à moi « tu ne me présentes pas tes potes ? » Je hausse les épaules genre je ne sais qui est cet hurluberlu. Il nous la joue je sais tout sur tout, chaque fois que l’un d’entre nous dit quelque chose il en rajoute. Bref ! Il est en train de se faire une bande d’ennemis coriaces. Je ne pipe pas un mot, je me délecte et j’attends. Une débâcle totale, voilà comment résumer sa présence parmi nous. Il a compris que je ne lèverais pas le petit doigt pour le sortir de ce guêpier, je me marre intérieurement. Je vais même dans la cuisine avec Denise pour voir où en est la cuisson du gigot. On en profite pour se parler intimement et on retourne sur la terrasse.
Changement d’ambiance, tout le monde rigole, Robert m’interpelle « T’aurais pu nous dire que vous êtes potes tous les deux ! Il parait même qu’il est conseiller municipal avec toi ! » « Nan Monsieur ! Pas avec moi, en face de moi ! » Silence, on entend les pigeons, les moineaux et les engueulades des voisins mais pas un mot. Tout le monde le regarde encore une fois comme un furoncle. Profitant de mon avantage j’ajoute sadiquement « C’est celui dont je vous ai parlé qui insulte les femmes et qui se prend pour un caïd ! » Ambiance, Momo est debout, Robert furieux a planté son couteau suisse dans la table, la vieille en fauteuil roulant brandit sa canne, Palu entortille sont torchon pour en faire une corde et un client a la main sur le cendrier… Comme je sens que ça va tourner vinaigre je dis « laissez tomber, vous me connaissez j’ai horreur qu’on me coupe la parole et lui aussi. Forcément ça fait des vagues ! » Robert « C’est vrai que t’es une emmerdeuse ! » Denise sort de la cuisine et lui verse son verre de blanc sur la tête. « Ça c’est pour la politesse avec les Dames ! Qu’on se le dise ! » Et elle regarde en coin le mec chauve. Morale de l’histoire … C’est pas demain la veille que tu feras taire le poulailler !
Lulu la nataise
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17.03.2012
La peur
La peur
Après un long moment de soleil, de rires, de mots inutiles et verres blancs bienvenus, la journée prend fin dans cette confortable joie quotidienne de ceux qui se côtoient depuis longtemps et n’ont plus rien à se prouver. Je regarde mollement la salle dans le miroir face à moi. Le réveille est brusque. Un commando politique formé d’abrutis que je connais trop bien entrent dans mon bistrot d’un pas martial et s’approche de moi. Cela me rappelle l’époque bénie durant laquelle le hammam de la rue des Rosiers existait encore. Un jour que j’étais là tranquille avec mes copines à me raser les jambes et à lire des romans photos, est un arrivé un commando du même genre mais c’étaient des nanas à poils. Elles se plantent devant moi et l’une d’entre elles ne pose la question suivante « Qu’est ce que tu penses de la dissolution de l’Ecole freudienne ? » Je lève les yeux de mon roman photo, je jette un coup d’œil autour de moi, mes copines juives et arabes comme moi sont là pour faire leur toilette méditerranéenne et pour le plaisir de manger la blanquette de veau du resto du premier étage, elles me regardent stupéfaites. Je remets la tête dans mon passionnant roman photo et réponds méchamment au commando « parlez-en à Lacan, moi je suis très occupée ! » L’anecdote s’est répandue dans Paris comme une trainée de poudre et pendant des années j’ai été la bête noire de tous les lacaniens de France et de Navarre.
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09.03.2012
Recto-verso !
Quand il y a un peu de soleil, hop ! Denise fait le grand ménage. Elle m’appelle depuis la cour et me demande de venir l’aider. Je lui réponds de mon balcon que le ménage c’est pas mon genre. C’est dimanche, chez moi tout monde fait la sieste, la télé est nulle. Bon, je descends. Elle fait les carreaux et moi les tables, on a mis de la musique, on se raconte les potins du quartier. La vie est belle. Tout à coup sur le trottoir d’en face un mec me fait signe de la main. Je lui dis de venir boire un coup avec nous. Denise lui tire un café et hop nous recommençons le ménage. Il nous propose de nous aider, Denise un peu étonnée lui demande de descendre les rideaux, il s’exécute en riant.
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03.03.2012
Les Colonels
Depuis quelques jours c’est l’effervescence au « Sabre et à l’Amitiés réunis ». D’abord la démission de Muller et maintenant les paris sur les candidatures. Tout le monde y va de son analyse politique et certaines valent bien une tournée. Robert court sous les couleurs Stauffer qui en a… Denise trouve que le p’tit Maudet n’est pas mal même si on a rien vu de ce qu’il a fait en ville. Palu regarde ahuris tout ce beau monde qui s’engueule, lui ne vote pas, il est français. La vieille dame en fauteuil roulant prédit que Chevrolet sera de la partie, ce que personne ne peut croire vu le râteau qu’il s’est pris aux élections ordinaires. Pour les socialos les avis sont partagés mais la majorité parie sur Salerno ou sur l’ancien Conseiller administratif, celui qu’a les cheveux gris… Personne ne se souvient de son nom mais tout le monde sait de qui on parle. Pour les verts ? Tous trouvent que le ficus Alder est largement suffisant. Quant à la gauche gauche… Ils ont tout envisagé mais pas moyen de trouver un candidat sur lequel on parierait. Je suis de leur avis. Les Verts libéraux ? Le challenger que personne connait mais qui intrigue, auront-ils le culot ? Les avis sont partagés mais pas franchement hostiles.
Le lendemain de l’annonce de la candidature à la candidature de Maudet, la tension est à son comble. Denise pavoise, les autres grognent « C’est un caniche de cirque, il fera inéluctablement des conneries, car faut bien les faire un jour, hein ? » « Avec sa tronche de premier de classe on lui fait pas confiance ! » « En plus, il est capitaine, on se méfie des gradés ! » « Le PLR grille ses cartouches » « On peut pas avoir un Conseil Administratif monocolore » « C’est pas la première fois qu’on aura deux radis au Conseil d’Etat, mais chaque fois c’était une catastrophe ! » la discussion bat son plein lorsqu’entre un homme. La petite cinquantaine, cheveux poivre et sel, costard cravate, un bon bourgeois. Silence méfiant des habitués du bistrot qui le regardent par en dessous. Il s’est perdu dans le quartier ou bien ? Denise lui demande ce qu’il boit, il commande un thé. Méfiage tout le monde retient son souffle… Il prend le journal, lit un moment et regardant Denise il s’exclame « Il nous manquait plus qu’un militaire au gouvernement et pourquoi pas un curé ? » C’est l’ovation. !
Chacun s’approche, lui sert la main en se présentant et lui offre à boire. La discussion reprend de plus belle. Au bout du bar je les observe en me marrant, je sais qui est le monsieur chic. Il participe d’ailleurs avec beaucoup de conviction aux invectives contre les fonctionnaires, les politiciens, les banquiers et les spéculateurs. Denise décide que comme on a un candidat capitaine on va se faire une tournée de colonels (sorbet citron +vodka). C’est la fête et il n’est que onze heures du matin. Le Monsieur repart en titubant après avoir poliment remercié tout le monde. Denise vient vers moi en rogne « t’es un vrai bonnet de nuit, pourquoi t’as pas participé ? C’était marrant, non ? » « C’est sa cravate qui te défrise ? » « Non, mais c’est le chef des croque morts de St Georges, et j’ai pas envie de trinquer avec eux de mon vivant ! » La tête de mes copains valait bien cette révélation tardive, il y en a même un qui s’essuie la main sur son pantalon…
Lulu la nantaise
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26.02.2012
Revoir Tunis
Le ciel est aussi gris que d’habitude. Il règne dans cette ville une forme tristesse que je n’ai jamais pu identifier réellement mais qui me colle à l’âme. Il me suffit de quitter la ville pour que ça passe. Mais à mon retour en quelques jours elle se réinstalle en moi. C’est peut-être l’exile ? Il est vrai que j’ai toujours été une parisienne pur sucre. J’aimais le soleil d’hiver sur la Conciergerie, la vue des ponts en enfilade sur la Seine, le marché des Enfants Rouges, la bousculade de la sortie du métro Barbès. Même les quartiers chics qui alignent silencieusement leurs façades haussmanniennes me faisaient rêver. Quand j’étais môme j’essayais d’imaginer la vie dans ces appartements aux rideaux lourds qui laissaient entrevoir les indicibles secrets d’une bourgeoisie feutrée... enfin c’est que j’imaginais !
Bref, il fait un temps à dormir jusqu’au premier soleil mais je suis obligée d’aller faire les courses. J’en profite pour prendre la température au « Sabre et à l’Amitié réunis ». Assises au bar trois femmes discutent à voix basse avec Denise. Je m’approche. « T’arrive au bon moment » me dit Denise « on parle d’Aïcha, elle va pas bien et Ils ont refusé le permis de séjour à son frère. » Je connais bien cette femme d’une cinquantaine d’années qui subit trois dialyses par semaine. C’est une femme courageuse qui continue à faire ses gâteaux et à les livrer dans les restaurants. Parfois je la trouve assise seule sur le banc devant l’arrêt du tram toute la fatigue du monde sur les épaules. « Ils ont refusé pourquoi ? « « Il n’a pas de travail. » « Mais il s’occupe de sa sœur, de l’appart et il aide tout le monde dans le quartier ! » « Ouai, mais c’est pas un travail. » Je m’adresse à Denise « tu pourrais le déclarer ? » « Pas possible j’ai déjà Palu qui me coûte un œil » « Et les services sociaux ils peuvent rien faire ? » demande une des femmes, Denise m’interroge du regard. « J’ai déjà essayé mais elle refuse car son frère est toujours là, au noir, et elle ne veut qu’on l’expulse » Denise remet une tournée de cafés. « C’est pas juste, ça fait trois ans qu’elle attend une greffe et elle va pas durer longtemps comme ça ! »
Denise le regard dans le vague nous dit tout à coup « Et si on se cotisait pour qu’elle puisse retourner à Tunis pour quelques jours et voir sa famille. Peut-être que ça lui remonterait le moral ? » « Et sa dialyse ? » Pendant une semaine on a fait le tour du quartier pour trouver l’argent du billet et pour quelques jours dans un hôtel pas cher. Un copain toubib a remué terre et ciel pour prendre rendez-vous pour des dialyses à Tunis et ça a marché…
Un matin les flics sont venus et ont embarqué le frère. Elle refusé le voyage qu’on lui offrait. Aujourd’hui elle survit péniblement entre l’hôpital, son appartement et ses livraisons de petits gâteaux. Les jours de dialyse elle met un temps fou pour monter péniblement les trois marches de son allée. Nous le cœur serré, on la regarde passer devant le bistrot trimbalant son sac de petits gâteaux.
Lulu la nantaise
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25.02.2012
Le syndrome du Congo
Denise, la patronne du « Sabre et de l’Amitiés réunis » m’a téléphoné en me demandant de passer dans la matinée avec un atlas… ??? En prenant ma douche je me réjouis par avance de la nouvelle tocade du bistrot le plus fréquenté de Genève. Je cours dans tout l’appartement pour retrouver le machin en question et le trouve coincé entre un bouquin d’Elisabeth Badinter et la maquette de publication budgétaire. Tiens, Je me demande si c’est un hasard ? Je ne mets jamais longtemps à m’habiller car j’ai définitivement opté pour le noir. C’est le cas pour toutes les méditerranéennes qui ont passé les 50 ans car comme moi elles portent le deuil de leurs illusions. Bref, me voilà dans la rue.
Au bar ça discute dur, Palu fait de moulinets de ses grands bras décharnés, Denise range les verres en parlant toute seule. Un grand samedi matin s’annonce ! Je suis accueillie comme le Messie. Pas moi mais mon atlas que Robert me prend des mains prestement. Les clients refoulent vers le fond du bistrot. On pose l’atlas sur la table ronde et là commence le surréalisme total. Je reste au bar pour profiter de ce moment privilégié, en sirotant mon café. J’attends l’énoncé de la nouvelle lubie de ma bande. « Nan ! Je te dis que c’est plus à l’Est » « plus à l’Est de quoi ? L’atlas passe de main en main et chacun montre à l’autre un point du monde en disant « C’est là ! » Un quart d’heure passe. J’ai lu la Tribune, le Courrier quand j’attaque le Matin, quand Robert m’appelle « qu’est ce tu fous toute seule, on a besoin de toi ici ! » Moi de l’autre côté du bistrot « pourquoi faire ? » Trouver le Kazakhstan sur la carte me répond un des habitués. « Trouvez la Mer Caspienne et la mer d’Aral c’est par là, vers la Russie. » « A ouai ! C’est grand ! » Ils reviennent au bar.
Robert me tend l’atlas « Qu’est ce t’en a foutre du Kazakhstan ? C’est au bout du monde. » « Et toi qu’est ‘en a foutre du championnat national de foot au Portugal, t’y est jamais allé ? » Rire général, « Bien envoyé, ma vieille ! » C’est Denise qui jubile. « Mais c’est pas de la politique ! C’est du sport. » Le match a commencé et tout le monde compte les points. « Ben, moi je suis pas d’accord qu’un gouvernement tire sur des grévistes désarmés, ça te va comme sport ? » « Ça existe encore ? » Me demande Robert dans les cordes. La noisette sur le gâteau c’est la réflexion d’un habitué « C’est pourtant tous des blancs là-bas, non ? » La petite vieille dans son fauteuil roulant lui répond « les salauds y ont tous la même couleur, celle du fric ! » Je leur raconte le syndrome du Congo. Brièvement, trop de richesses naturelles tuent les peuples et ne profitent qu'aux exploiteurs. « Y’a ka prendre leur fric dans les banques et le redistribuer au peuple » Robert a toujours une bonne solution. Ce sont de braves honnêtes gens et tous hochent la tête à la proposition de Robert. Mais Denise lance « Et c’est toi peut-être qui feras la distribution ? ». Ça commence à déraper et c’est le moment que je préfère.
Lulu la nantaise
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19.02.2012
Une Histoire très compliquée
Surtout n’allez pas croire que je passe ma vie au bistrot. Mais lorsque mon ordi me sort par les trous de nez, que mon frère m’a appelée douze fois pour me donner des nouvelles de ma mère, que les militants de mon parti profitent du fait que je suis toujours joignable pour faire leur psychanalyse au téléphone et que mon mari m’a fait a liste des tâches quotidiennes à accomplir. Je prends mes clopes et je vais au café du « Sabre et l’Amitiés réunis ». Le matin est le moment que je préfère. Tout monde est plongé dans son journal et l’odeur du café est une thérapie à nulle autre pareille.
Denise farfouille dans sa cuisine quand elle me voit entrer. Elle ne fait signe de la tête et je la rejoins dans la cuisine. Elle a posé deux cafés et le cendrier sur la table du fond, un moment de silence et elle se lance. « Qu’est ce t’en penses du valaisan UDC qui veut devenir président de je sais pas quoi ? » « Freysinger ? Il a une belle queue de cheval et il est relou comme un udéciste. Pourquoi ? » « C’est un cousin éloigné d’un client qui voudrait que je mette son portrait dans la salle. Pour lui faire de pub, tu vois ? » J’éclate de rire « qu’est ce t’as avec les mecs, t’es en manque ? La dernière scène de ménage t’a pas suffi ? » « Nan, sans rigoler. » Je lui parle du mouvement UDC agrarien, de son changement après la prise de pouvoir de Blocher, leur côté national-facho et opportuniste, leur racisme sous-jacent, bref tout le bien que j’en pense… « Il parait qu’il est islamophobe ? Ça veut dire quoi ? » Je lui réponds « Qu’il aime pas les arabes ! »
Rentre justement Memed un des membres de notre association « Fromage blanc et caramel mou »Denise de but en blanc « t’es arabe toi ? Non ? » « Oui et alors ? » Memed est sur ses gardes. « T’es musulman ? » Il me regarde un peu surpris et lui répond « t’as bien vu que non, je bois de l’alcool ! » Denise ne comprend plus rien. « Mais les arabes vous êtes musulmans ? » Je vois poindre un léger sourire et je sais que maintenant on va commencer à rire. « Y’a des arabes qui sont musulmans mais y’a aussi des musulmans qui sont pas arabes et des arabes qui sont pas musulmans. » Une vraie réponse d’arabes qui n’ont rien à envier aux normands. Je pouffe de rire, « Ça vous fait marrer ! Moi je demande, rien de plus. » Elle est furieuse. « T’emballe pas je t’explique : le judaïsme, le catholicisme, l’Islam, c’est trois religions qui disent la même chose : fais ce que ce dit, pas ce que je fais. Y’a des différences mais moins que les ressemblances car elles viennent toutes de la même légende, celle d’Abraham. » « Tu veux dire que juifs et musulmans c’est pas des races ? C’est comme catholique juste des religions ? » « T’as tout compris ! »
Nous nous sommes sensiblement rapprochés du bar et de l’heure du premier verre. Elle nous sert automatiquement sans rien nous demander. Memed me sourit avec l’air d’un chat qui attrapé une souris. « Moi par exemple, j’en ai rien à braire des religions, je crois à rien ! » lui dit-il « Comme nous ! » Denise parle d’elle et moi. « Ben, on est pareils alors ? » Denise vient de découvrir ce qu’égalité veut dire. « Mais l’autre il est islamophobe ! » En cœur nous lui répondons « Nous aussi ! »
Denise reste figée son verre à la main « J’y comprends plus rien » « C’est pourtant simple, nous on pense que toutes les religions sont une arnaque alors on est contre toutes les religions. » Quand je suis repartie Memed et Denise étaient au fond de la salle et Memed lui donnait un cours sur les religions monothéistes. J’ai oublié de dire que Memed, Hamed de son vrai prénom est agrégé d’ Histoire des civilisations et que dans sa branche c’est un Seigneur.
Lulu la nantaise
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17.02.2012
Le féminisme et l’apéro
« L’apéro de midi au « Sabre et à l’Amitiés réunis » Engueulades dans la cuisine. Denise t Robert se traitent de tous les noms. On fait tous semblant de ne rien entendre tout en tendant l’oreille pour ne pas perdre une miette de ce qui se dit. C’est dans ces moments-là qu’on en apprend le plus… Raisons de la dispute ? Denise a affiché le mec à poil de la pub pour Montreux au-dessus de l’évier et Robert trouve que c’est nul et insultant, pas pour les hommes mais pur lui ! C’est vrai qu’avec son durillon de comptoir et son double menton il ne fait pas le poids. Aujourd’hui l’apéro est vrai bonheur, d’abord y’a du soleil et en plus on a un spectacle gratuit. « C’est quand même moins grave que quand t’as fait ta crise des 40 et que tu t’es barré pendant deux semaines en Espagne avec une pouf qu'avais 15 ans de moins que toi !» Waou ! C’est plat du jour ET dessert ! Nous attendons tous en salivant la réponse de Robert. « Et toi le p’tit croate qui soit disant faisait le ménage y’a pas que le parquet qu’il faisait reluire Hein ? Il avait ton âge peut-être ? » c'est du lourd. Impossible de résister. Le rire commence à fuser à un bout du bar se propage jusqu’à l’autre bout et s’étend à la salle. C’est du grand Art. Les tournées se succèdent à un rythme… intéressant pour la suite.
Tout monde s’apostrophe sur le résultat du match, moi j’ai parié Denise, les copains Robert, on joue à 10 contre un. Comme tout le monde je pose ma thune sur le comptoir et silence, on attend … Y’a des bruits de casseroles mais plus un mot, déception ! On attend encore, toujours du bruit mais pas de mot… Palu jette œil en douce par la porte entrouverte. Il baisse la tête puis nous regarde tous et dit « match nul ! » « Comment ça, match nul ? «Elle pleure, il la console ! ». Chacun reprend sa thune un peu déçu qu’il n’y ait pas eu plus de grabuge. On les aurait séparés et consolés mais là nada !
Au bout du bar y’a un mec qu’on jamais vu, ça arrive dans les bistrots… Il n’a pas bronché pendant toute la scène. « Ils n’ont pas une conception hégélienne de l’histoire ! »dit-il tout à coup sentencieux, mystère et boules de gomme, on sait pas de quoi il parle. Comme d’hab tout le monde se tourne vers moi en espérant que je leur donne une explication comme si j’étais leur traductrice de la vie intellectuelle genevoise. Surement que je vais leur faire un cours sur le théoricien de la bourgesoisie avec la cuite qu'on tient. « Laissez tomber, il délire, ça doit être un socialo » Je m’en tire les doigts dans le nez car tout le monde croit savoir de quoi je parle.
Deux vieilles tremblotantes s’adresse au « socialo » en rigolant « N’empêche que pour une fois que c’est pas une nana à poil, ben nous ça nous fait bien plaisir ! » Voilà, encore des féministes qui s’ignorent. Elle est pas belle la vie ?
Lulu la Nantaise MdR
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13.02.2012
Elle est morte !
Lundi matin, au café du « Sabre et de l’Amitiés réunis » C’est pas la tristesse c’est un enterrement. Robert est en noir, Denise et Palu aussi mais lui il a une cravate blanche. Il est dix heures et tout le monde est encore au café…. Méfiage que se passe-t-il encore ? Dans le silence bruyant de la rumeur urbaine, j’entends le froissement des pages de journaux. Quelques habitués sont assis autour de la table ronde près d’une fenêtre. On croirait une bande d’étudiants en train de réviser leurs cours. Stupéfaction ! il y en a un qui lit le Monde d’hier et un autre avec le Courrier. L’heure est grave. Je m’assois à la table, personne ne bronche. Denise m’apporte mon café et me dit d’un air morne « ca y est, elle morte ! » « qui ça, Whitney Houston ? ». Tout le monde relève la tête et une de mes copines me demande « qui ça ? » « Ben, la chanteuse américaine ». On me regarde comme si j’arrivais directe de Belle Idée.
«C’est pas vrai, t’as passé le week end sous un buffet ou bien ? » Questionne Robert depuis la cuisine. Il arrive et me regardant droit dans les yeux il me dit, « la démocratie ma vieille, la démocratie ! » C’est définitif, je ne comprendrais jamais ces gens. « Depuis quand tu t’occupes de l’état de la démocratie, tu votes même pas, et toi Palu tu sais même pas ce que c’est ? » « T’as raison mais une baisse de 22% sur le salaire minimum moi je sais ce que c’est ! » Autant pour moi, il vient de me moucher. Denise ajoute avec une pointe d’irritation dans la voix « et ces abrutis de députés grecs y’z ont voté ! » On m’a changé mon bistrot pendant le dimanche ou j’ai des hallus ? Pourtant en prenant mes médics ce matin j’ai fait gaffe à ne pas prendre ceux de ma chienne. « Tu comprends, si ça c’est possible en Grèce le pays de la démocratie, comment ça va être chez nous ? » Je comprends enfin que tout le monde est inquiet, chacun imagine ce qu’il pourrait arriver si l’on se retrouvait dans la situation de sauver les banques ou nos salaires.
Je me souviens que mon père me disait, « méfie-toi d’un peuple qui a l’air de dormir car ce n’est que d’un seul œil, à la moindre alerte tu le verras se lever tel une vague scélérate. » Comme je ne savais pas ce qu’était une vague scélérate je pensais qu’il s’agissait d’une personne plus ou moins malhonnête. Pour le moment le peuple n’a fait qu’ouvrir l’autre œil mais dans toute l’Europe on peut entendre le bruit du réveil. Si le café du « sabre et de l’amitié réunis » s’habile de noir c’est que l’heure est grave et qu’aucun potins ne détournera personne de l’intérêt que tous portent à la qualité de leur vie. Whitney est morte paix à son âme, mais ce matin il y a plus important !
Lulu la Nantaise
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12.02.2012
PARTI DE LA GAUCHE EUROPEENNE COMMUNIQUE DE PRESSE
“Memorandum 2” pour la Grèce: Un accord de destruction scandaleuse et sociale
Le nouvel accord de prêt entre la troïka (UE-BCE-FMI) et le gouvernement grec de coalition (constitué du Parti socialiste, l'aile droite et l'aile d'extrême-droite) apporte des développements dramatiques pour le peuple grec, mais aussi pour l'Europe toute entière.
Ce nouvel accord autoritaire est illégitime, parce qu'il est négocié par un gouvernement qui n'a jamais été élu, mais qui a été désigné directement par la troïka et les forces du capital grec et international.
Cet accord est inhumain, parce que, parmi d'autres changements radicaux, il impose 150.000 suppressions d'emplois dans le secteur public, enlève tous sens aux conventions collectives, réduit le salaire minimum dans le secteur privé de 22% (de 751.39 Euros brut, à maintenant 586,08 Euros brut) et même de 33% pour les employé de moins de 25 ans (de 751,39 Euros brut, à maintenant 510,94 Euros brut), tandis qu'il réduit aussi les pensions de 15% et fait exploser les fonds de la sécurité sociale. Cela conduit mathématiquement le peuple grec à une destruction sociale et humanitaire sans précédent et aussi la banqueroute du pays, la première banqueroute d'un état membre de l’Euro-zone.
Cet accord est un test. Si le test est réussi dans sa ratification contre la volonté du peuple grec, il déterminera le sort désastreux des autres états membres de l'UE surendettés et, éventuellement, toute l'UE.
Contre cet appauvrissement massif et sans précédent, contre la destruction sociale, la violation de la démocratie et l'abolition de la souveraineté populaire, les forces de la Gauche européenne répondent par la solidarité, la résistance et notre lutte continue pour la formation et la réalisation d'une sortie alternative de la crise.
Nous appelons toutes les forces sociales et politiques qui résistent contre l'escalade en cours de la destruction sociale et de l'autoritarisme aux niveaux national et européen et les invitent à la lutte unitaire la plus large possible pour un changement radical dans l'équilibre des forces et le renversement des gouvernements réactionnaires, la troïka et leur plan de superaustérité, dans chaque pays et dans toute l'Europe.
Seule une telle réponse peut correspondre aux développements historiques actuels et défendre les acquis et les droits sociaux de notre peuple, contre les forces du capital, qui ont créé la crise. Peuples d'Europe unissez-vous et révoltez-vous!
Bruxelles, le 10/2/2012
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09.02.2012
Grande forme matinale
Six trams 12 arrêtés dans la rue, des hordes de gens qui se pressent vers le centre-ville dans le froid et la bise. Denise regarde tout ça par la fenêtre de son bistrot. Je rentre en chantonnant au « Sabre et à l’Amitiés réunis » et tout à coup c’est l’émeute ! Tout le monde parle en même temps, me pointe du doigt, Robert détourne la tête en me voyant. Qu’ai-je fais au Bon Dieu aujourd’hui ? « Bonjour tout le monde, moi aussi je suis bien contente de vous voir. ». « Tous les politiques sont des imbéciles, des corrompus et de nuls » ça c’est Palu le garçon. Pour une fois je ne m’énerve pas et me tourne vers Denise pour qu’elle me fasse les sous titres. « T’as vu que TON magistrat, celui qu’à un nom rital, y veut fermer la Vieille Ville. » Moi ahurie « et alors ? » Un vieux avec lequel j’aime discuter est assis à la table près de la fenêtre et regarde le défilés des mécontents et sans se tourner vers moi dit « Regarde le journal, il pense à des interphones qui s’ajouteraient à des caméras pointant les plaques des véhicules en plus de bornes rétractables, il manque plus que les miradors. C’est plus Genève c’est le ghetto de Varsovie ». De nouveau c’est le tôlé. « Il carbure à quoi Ton magistrat ? » « Quand je pense qu’on a voté pour lui parce que tu nous disais qu’il était sympa, c’est comment un facho alors ? ». Palu détend l’atmosphère en disant « en tout cas les bornes qu’il a dans la tête elles sont pas rétractables ! »
Denise me prend en pitié et me sert mon café. « fais pas la gueule on sait que t’y es pour rien. Mais aujourd’hui tout le monde est nerveux. Tu comprends, entre le quartier sécurisé de la Vieille Ville et Muller qui paye 50 000 pour sa turlutte. C’est un peu beaucoup pour la démocratie ! » Une cliente totalement beurrée sort de son brouillard et s’exclame « moi à ce prix-là je lui en fais une par jour ! » Hurlements de rires dans le bistrot. Denise d’un geste large me montre la rue bondée de travailleurs qui vont à pieds la tête dans les épaules « et y’a ça aussi ! » Je prends la Julie et je reste sans voix comme idiote. « ça t’en bouche un coin, hein ? ».
Les exécutifs de Genève ont perdu la boule. Tout le monde fait et dit n’importe quoi. Je n’ai aucun argument pour défendre qui que ce soit dans ce binz général. C’est le moment que Robert choisit pour débouler comme une furie et les mains sur les hanches il m’invective « et la mort du mec dans les Bastions ? Ton magistrat dit que c’était pas un indigné que c’est juste un tox. C’est comment un indigné ? En costard cravate ? » « Sincèrement, Lulu, tu crois toi que la peau d’un pauvre môme drogué ne vaut rien, qu’il peut crever et que c’est pas grave, on continue comme avant et on fait semblant de rien ? » C’est l’estocade finale, à mon arrivée j’étais souriante et maintenant j’ai envie de pleurer.
Lulu la nantaise qui a froid à l’âme
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