10/04/2017

Le CENS*, LA CENSSURE ET LE CONTRESENS !

LE CENS*, LA CENSURE ET LE CONTRESENS !

par Salika Wenger, députée EàG,

 


Décidément il ne faut pas pousser Madame Orsini très fort pour que ses réflexes de classe réapparaissent. La liste des amendements qu’elle a présentés hier vendredi 7 avril était de la plus belle eau libérale.

Plafonner les salaires des dirigeant·e·s et autres directeurs·trices des régies publiques lui semble une profonde atteinte aux droits du travail, même lorsque ces rémunérations atteignent déjà des sommes astronomiques telles les 400 et quelques milles pour le Directeur général de l’Aéroport soit environ deux fois le salaire d’un conseiller d’État ! Mais ce n’était pas le plus grave…

Le fait que la même Madame Orsini - qui se prétend haut et fort une femme de Gauche au prétexte qu’elle a eu représenté Mélenchon -, suivie d’une majorité de député·e·s inconscients et moralisateurs, a pu sans état d’âme exclure des représentations officielles dans les régies d’État les personnes qui auraient eu un jour le mauvais goût d’être en difficulté financière et de n’avoir pu payer quelques dettes, comme leurs impôts par exemple, laisse tout simplement sans voix ! Ne sont pas compris dans la liste de Madame Orsini et du MCG celles et ceux qui se livrent délibérément à « l’optimisation » fiscale, ni ceux qui, pour échapper à un impôt juste, paient des « forfaits »… bref les plus riches. Ce vote s’apparente de plus en plus au retour du cens. A quand le jour ou pour voter ou être élu il faudra détenir une fortune de… au hasard 1, 2, 3 millions ? Au secours !

*cens : impôt féodal dont l’acquittement donnait droit au vote et à l’éligibilité

 

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11/12/2016

Lettre ouverte au coiffeur de de Madame Emery-Torracinta !

« Il s’agit, ainsi que le dit Mme Emery-Torracinta, d’un « pari dont la réussite devra être vérifiée ». Un pari dont la mise de départ serait d’un demi-milliard de francs par an pour le Canton et les communes genevoises et de deux à trois milliards, toujours par an, pour la Confédération ! »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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16/09/2016

Que reste-t-il de nos amours ?

Difficile de dire ce que l’on veut taire ! Les problèmes familiaux sont  le miroir des autres conflits : l’amour, l’argent, la trahison, les espoirs déçus, la jalousie, la violence,  l’absence, la disparition. Comment garder le lien lorsque un ou plusieurs de ces éléments font défauts ou sont trop prégnants ? Pour avoir longtemps été l’enfant désavouée, celle dont la liberté faisait de l’ombre au consensus familial je sais la tristesse et la colère de se sentir orphelin.

Ils étaient deux, elle petite princesse déchue et lui qui refusait la réalité de sa solitude. Ils avaient besoin de chaleur, de complicité et de reconnaissance pour libérer leurs talents. Nous les avons adoptés. Ma famille hautement conflictuelle les a adoptés. Le temps de comprendre qu’ils avaient oublié la vie collective et ses accommodements, ses petites déceptions, ses contradictions, ses ruptures et ses réconciliations, la famille était à feu et à sang. Elle revendiquant n’être pas de la famille et lui voulant prendre la place d’un père imaginaire, nous sommes retrouvés avec deux hybrides qui avaient un pied dedans et pied dehors.

La période est difficile pour la famille de gauche, partout nous constatons que la droite opportuniste et populiste monte en puissance. Non pas que nous ayons abandonné nos convictions et nos luttes mais tout simplement parce que nous vivons un moment historique de changement de société et que l’adaptation est difficile et douloureuse pour tout le monde. N’ayant pas vocation aux promesses mensongères nous continuons les luttes qui ont toujours été les nôtres même si chacun dans cette famille n’use pas des mêmes outils. Nos revendications sont aussi anciennes que l’humanité et se résument à la négation de la légitimité de la violence des pouvoirs dominants. Il n’est pas une période de l’Histoire qui n’aie connu cette opposition et qui n’aie tenté de la surmonter.

Aujourd’hui nos deux orphelins ont repris leur liberté oubliant au passage que cette famille qu’ils critiquent sans vergogne est la même qui les accueillis quand ils étaient sur le bord de la route. Nous leur souhaitons bon vent et nous irons notre chemin quel que soient les regrets des uns et des autres.

Salika Wenger, « Cacique d’EaG »  

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27/08/2016

Un burkini rouge et jaune à petits pois !

S’habiller comme bon nous semble ou comme on peut ou comme tout le monde ou comme personne, me va très bien.  Ma seule crainte est d’être obligée à l’une ou l’autre de ces possibilités.

Dialogue 1 :

  • Salut, c’est mon anniversaire tu viens chez moi ce soir ?
  • Y’aura ta grand-mère ?
  • Oui, pourquoi ?
  • Ben elle est un peu space avec ses cheveux courts, ses robes courtes et ses talons. Mes parents y l’aiment pas beaucoup !
  • Laisse tomber c’est juste une vieille de l’ancienne génération.
  • Ouai t’as raison !

Dialogue 2 :

  • votre billet Madame s’il vous plait ?
  • Attendez un peu il est au fond de mon sac.
  • votre puce  nous dit que vous n’avez pas d’abonnement! Il faudra y penser c’est obligatoire aujourd’hui et vous risquez une amende si vous êtes genevoise.
  • Je sais, tenez !
  • Je vous rappelle aussi qu’une tenue correcte est exigée dans les transports publique aussi votre robe-t-elle est un peu courte pour l’humilité que nous enseignons aux jeunes filles
  • Oui, mais vous, vous êtes un robot !

Dialogue 3 :

  • Le médecin va vous recevoir dans un instant, vous pouvez garder la kippa.
  • Merci, j’espère que c’est un homme !
  • Bien entendu Monsieur, vous êtes dans un établissement sérieux et il y a longtemps que les femmes ne soignent plus les hommes.
  • Je suis venu ici car ma femme m’a dit que du côté femmes de cette clinique les soins qu’elle reçoit sont excellents.
  • Oui en effet, cela fonctionne beaucoup mieux depuis que nos parents ont séparés les deux services.

 

Dialogue 4 :

  • Chers frères et sœurs nous sommes réunis en ce matin de prière pour célébrer….
  • T’as vu la vieille là bas ! Elle porte encore une robe courte. C’est dégoutant pourtant elle a suivie le catéchisme comme nous.
  • Non, elle est trop vieille ! ça se voit elle a même pas de foulard. A la fin de la messe j’irai voir le curé pour en discuter. Sa tenue est une atteinte à la Sainteté de la Vierge !

Debout les femmes, réveillez vous ! Est-ce monde-là que vous voulez défendre ? Il suffit d’un seul pied dans la porte de la démocratie pour que toutes les superstitions envahissent notre vie et c’est une fois de plus le ventre des femmes qui est l’enjeux !

 

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21/08/2016

Le facteur temps ne sonne jamais deux fois*

Après le soleil de Provence, les déserts d’Ardèche, les diners sous les arbres, la rencontre avec « la chasse Structurale », une cuite sino-franco-suisso-japonaise inoubliable, la découverte de la musique trans, les apéros sur la terrasses et les disputes homériques sur les religions enfin après le plaisir et la vie une seule question m’a été posée : que pensez-vous de scission du DAL ?

Que pensez-vous des guerres hypocrites et meurtrières d'aujourd'hui ? Que pensez-vous d’une crise imaginaire invoquée pour justifier la régression des droits sociaux ? Que pensez-vous d’une loi qui prive la gestion de l’Etat de 600 millions ? Que pensez –vous du manque de logements à des loyers abordables? Que pensez-vous des mouvements de migrations induits par la baisse de la natalité en Europe et que l'on diabolise ? Que pensez-vous de Bansky qui dessine sur les murs gratuitement et dont les œuvres sont volées et vendues à des prix d’or ? Que pensez-vous d’un gouvernement tellement en vacances qu’on en oublie qu’il existe en se demandant qui gère ? De ces préoccupations, qui occupent les gens « normaux » pas l'ombre d'une question comme si la vie genevoise ne se résumait qu’à la fête des bords du lac et aux déclarations mégalos de Maudet !

Pendant un mois de jeux Olympiques qui n’avaient d’olympiques que le nom et l’ennui que leur retransmission procure, j’ai pris un temps de réflexion afin de me souvenir pourquoi un jour j’ai décidé de dire non à tout ce bordel et pourquoi un jour je me suis engagée dans la lutte politique ? La seule réponse que je peux donner avec certitude…. Surement pas pour me prononcer sur la scission du Dal !

Demain, la rentrée des classes et j’ai la pêche d’une première de classe !

 

 *Le facteur temps ne sonne jamais deux fois. Etienne Klein. Éditions Champs-Sciences.

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16/04/2016

Guerre des gangs à Manille

Par Lulu la Nantaise

Manille et sa banlieue (ses bidonvilles) ses douze millions d’habitants sur 638 km2 font de cette ville la plus dense du monde. Tout ça c’est pour dire la vérité sur ce qu’il se passe réellement sur les trottoirs de Manille. D’abord y’a 7 grande Familles qui se partagent les trottoirs. Y’a des vraies familles et des familles constituées de petits clans. Dans ma Famille il y a quelques années des cadors se sont retrouvés et ont fait un accord entre petits clans afin de se partager les territoires d’Intramuros. Les seules que les autres nous laissent. C’est la vieille ville et même si les trottoirs sont pas très grands ça va on se debrouille et chaque fille peut bosser tranquille. Il y a trois mois une des frangines a décidé de pratiquer ses propres tarifs. La Famille l’a rappelée à l’ordre mais elle a répondu : je fais les prix que je veux. C’est comme ça que c’est parti en sucette.

Notre Famille c’est 5 petits clans plus ou moins importants. Comme toujours y’en a un qui se croit plus important et qui revendique plus de place pour faire travailler ses filles. Mais cette fois ci c’est plus sérieux. Pour simplifier le boulot, tous nos souteneurs se sont entendus pour centraliser des trucs comme le recrutement de nouvelles nanas, le pognon récupéré le soir, le remplacement des filles, le rapport aux clients récalcitrants ou violents. Bref ça roulait à peu près même si tout le monde était parano et convaincu  que le clan désigné pour ce boulot se faisait de l’oseille sur le dos des autres. Un soir après une bagarre ce clan a changé de chef. Le nouveau s’est choppé le melon et pour marquer son autorité a décidé que la nana qui pratiquait pas les prix définis par l’assemblée des macs devait quitter son bout trottoir et que ça revenait à ceux qui s'0ccupaient de l’administration de la Famille. Ça a tourné vinaigre chaque clan a rameuté ses p’tits soldats et au lieu de chercher le clille nous voilà en train de nous étriper sur le trottoir. La classe ! Les collants filés et les yeux au beurre noir ça fait pas sérieux dans ce quartier et donc ça fait du tort au commerce.

Toute cette salade à cause d’une gagneuse qui se croyait libre, la pauvre ! Elle s’est pris une dérouillée balèze et comme son clan est minus personne pour la soutenir. Quelques filles ont tenté de la défendre mais nos macs ont sifflé la fin de la récrée à coup de baffes et de menaces et on est toutes retournées au taff. Normalement ça s’arrête là… Pas cette fois ! Je sais pas si c’est la chaleur ou quoi ? Tous les maquereaux se sont pris la tête, un des clans qui composent la Famille a explosé en vol, la grosse tronche s’en est mêlé et voilà l’artillerie lourde qui déboule. Mon clan se couche prudemment, les autres dégainent et depuis ça défouraille à tout va. Y’en a plein les journaux, la télé, la radio. C’est la guerre des gangs, sauf que c’est seulement dans les films qu’y’a des bagarres à la loyale les yeux dans les yeux là c’est coups fourrés et trahisons à volonté. Evidemment  pendant ce temps-là les 6 autres grande familles comptent les points et tels des charognards attendent tranquillement la mort de la bête.

C’est quand même pas compliqué à comprendre ?

Lulu la Nantaise qu’a les guiboles en compote pour rien !

 

 

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25/03/2016

« Radicalisations » et « islamophobie » : le roi est nu

vendredi 25 mars 2016

Par
Professeur des universités, Sciences-Po - Ecole normale supérieure
 
Source externe
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L’une des premières victimes collatérales des attentats de 2015 est l’université française. Alors que les sciences humaines et sociales sont concernées au premier chef pour fournir les clés d’interprétation du phénomène terroriste d’une ampleur inouïe qui a frappé l’Hexagone, les institutions universitaires sont tétanisées par l’incapacité à penser le jihadisme dans notre pays. Cela provient pour une part d’une politique désinvolte de destruction des études sur le monde arabe et musulman – la fermeture, par Sciences-Po en décembre 2010, le mois où Mohamed Bouazizi s’immole par le feu à Sidi Bouzid, du programme spécialisé sur ces questions est l’exemple le plus consternant : ont été éradiqués des pans entiers de la connaissance et notamment la capacité des jeunes chercheurs à lire dans l’original arabe la littérature de propagande salafiste et jihadiste. Mais cela provient aussi d’un interdit idéologique : entre le marteau de la « radicalisation » et l’enclume de « l’islamophobie », il est devenu très difficile de penser le défi culturel que représente le terrorisme jihadiste, comme une bataille à l’intérieur même de l’islam au moment où celui-ci est confronté à son intégration dans la société française.

« Radicalisation » comme « islamophobie » constituent des mots écrans qui obnubilent notre recherche en sciences humaines. Le premier dilue dans la généralité un phénomène dont il interdit de penser la spécificité – fût-ce de manière comparative. Des Brigades rouges et d’Action directe à Daech, de la bande à Baader à la bande à Coulibaly ou Abaaoud, il ne s’agirait que de la même « radicalité », hier, rouge, aujourd’hui, peinturlurée du vert de l’islamisation. Pourquoi étudier le phénomène, apprendre des langues difficiles, mener l’enquête sur le terrain dans les quartiers déshérités où les marqueurs de la salafisation ont tant progressé depuis trente ans, puisqu’on connaît déjà la réponse ? Cette posture intellectuelle, dont Olivier Roy est le champion avec son slogan de « L’islamisation de la radicalité », connaît un succès ravageur car elle conforte la doxa médiatico-politicienne dans son ignorance de la réalité sociale et son arrogance intellectuelle – toutes deux suicidaires. Le corollaire de la dilution du jihadisme dans la radicalisation est la peur de «l’islamophobie» : l’analyse critique du domaine islamique est devenue, pour les nouveaux inquisiteurs, haram – « péché et interdit ». On l’a vu avec l’anathème fulminé lors du procès en sorcellerie intenté au romancier algérien Kamel Daoud pour ses propos sur les violences sexuelles en Allemagne, par une douzaine de chercheurs auxquels le même Olivier Roy vient d’apporter sa caution1.

Le rapport que vient de publier le président du CNRS sous le titre « Recherches sur les radicalisations » participe de la même démarche. On aurait pu s’attendre, de la part d’une instance scientifique, à une définition minimale des concepts utilisés. Il n’en est rien. Le postulat des « radicalisations » est à la fois le point de départ et d’arrivée d’un catalogue des publications et des chercheurs où la pondération des noms cités montre, sans subtilité, le parti pris idéologique des scripteurs. Emile Durkheim, bien oublié par une sociologie française dont il fut pourtant le père fondateur, avait établi l’identité de la démarche scientifique par sa capacité à distinguer les concepts opératoires des « prénotions ». Il qualifiait ces dernières de «sortes de concepts, grossièrement formés», qui prétendent élucider les faits sociaux, mais contribuent, en réalité, à les occulter car ils sont le seul produit de l’opinion, et non de la démarche épistémologique de la recherche. Or, l’usage ad nauseam des « radicalisations » (le pluriel en renforçant la dimension fourre-tout) illustre à merveille le fonctionnement des prénotions durkheimiennes par ceux-là mêmes qui en sont les indignes – fussent-ils lointains – héritiers.

Cette prénotion-ci est d’origine américaine. Diffusée après les attentats du 11 septembre 2001, elle prétendait rendre compte des ruptures successives du « radicalisé » par rapport aux normes de la sociabilité dominante. Les analyses qui s’en réclament partent du même postulat propre à la société libérale – celui d’un individu abstrait, sans qualités, atome détaché de tout passé et de tout lien social. L’interrogation initiale porte la marque de l’école américaine des choix rationnels : pourquoi pareil individu décide-t-il de tuer et de mourir ? Son intérêt bien compris n’est-il pas plutôt de vivre le bonheur de l’American Way of Life ? Un commencement d’explication relève des aléas de la biographie individuelle. On présume que l’intéressé a vécu une rupture initiale (humiliation, racisme, rejet…) à l’origine de sa «radicalité», voire de son basculement ultérieur. La révolte attend alors sa mise en forme idéologique.

Pour résoudre l’énigme, l’analyse se tourne alors vers le rôle de l’offre. C’est ici que les postulats de la sociologie individualiste coïncident avec les fiches signalétiques de l’analyse policière. En effet, l’offre en question est incarnée par des « cellules de recrutement » sophistiquées, animées par des « leaders charismatiques » dont le savoir-faire repose sur un jeu subtil d’incitations religieuses, d’explications politiques et de promesses paradisiaques. Resocialisé par l’organisation réseau, l’individu adopte progressivement les modes de perception et d’action qui lui sont proposés. A la fin, il est mûr pour le passage à l’acte. Il est «radicalisé». Le recours fréquent au lexique de la « dérive sectaire » ou de la « conversion religieuse  » (même lorsque l’individu en question est déjà musulman) inscrit le phénomène dans un continuum absurde reliant le terroriste Abaaoud au « Messie cosmo-planétaire » Gilbert Bourdin. La messe est dite, si l’on ose dire. Et les crédits de recherches dégagés par l’administration américaine sont allés aux think tanks de Washington où personne ne connaît un mot d’arabe ni n’a jamais rencontré un salafiste.

Venus d’outre-Atlantique et hâtivement mariés par une partie de la recherche universitaire française généraliste et ignorante de la langue arabe elle aussi, le couple « radicalisation – islamophobie » empêche de penser la manière dont le jihadisme tire profit d’une dynamique salafiste conçue au Moyen-Orient et porteuse d’une rupture en valeurs avec les sociétés européennes. L’objet «islamophobie» complète le dispositif de fermeture de la réflexion, car son objectif vise à mettre en cause la culture « blanche néocoloniale » dans son rapport à l’autre – source d’une prétendue radicalité – sans interroger en retour les usages idéologiques de l’islam. Il complète paradoxalement l’effort de déconstruction de la République opéré par les religieux salafistes, main dans la main avec les Indigènes de la République et avec la bénédiction des charlatans des postcolonial studies – une autre imposture qui a ravagé les campus américains et y a promu l’ignorance en vertu, avant de contaminer l’Europe.

Quelle alternative, face au défi jihadiste qui a déclenché la terreur dans l’Hexagone ? Le premier impératif est, pour la France, de prendre les études du monde arabe et de sa langue au sérieux. Les mesurettes du ministère de l’Enseignement supérieur, qui vient de créer quelques postes dédiés à « l’analyse des radicalisations » (la doxa triomphe rue Descartes) et aux « langues rares » (sic – l’arabe compte plusieurs centaines de millions de locuteurs) – relèvent d’une thérapie de l’aspirine et du sparadrap (et une opacité de mauvais aloi a orienté le choix des heureux bénéficiaires). Pourtant, c’est en lisant les textes, et en effectuant des enquêtes de terrain dans les langues locales que l’on peut mettre en perspective les événements des décennies écoulées, comprendre comment s’articulent les mutations du jihadisme, depuis le lancement américano-saoudien du jihad en Afghanistan contre l’URSS en 1979 jusqu’à la proclamation du « califat » de Daech à Mossoul en 2014, avec celles de l’islam en France, puis de France. Repérer les articulations, les charnières, comme cette année 2005 où Abou Moussab al-Souri publie son « Appel à la résistance islamique mondiale » qui érige l’Europe, ventre mou de l’Occident, en cible par excellence du jihad universel, et où les grandes émeutes de l’automne dans les banlieues populaires permettent, à côté de la participation politique massive des enfants de l’immigration musulmane, l’émergence d’une minorité salafiste visible et agissante qui prône le «désaveu» (al bara’a) d’avec les valeurs de l’Occident «mécréant» et l’allégeance exclusive (al wala’) aux oulémas saoudiens les plus rigoristes. Analyser les modes de passage de ce salafisme-là au jihadisme sanglant, qui traduit en acte les injonctions qui veulent que le sang des apostats, mécréants et autres juifs soit « licite » (halal).

A cette fin, toutes les disciplines doivent pouvoir contribuer – à condition d’aller aux sources primaires de la connaissance, et non de rabâcher des pages Wikipédia et des articles de presse. Les orientalistes, médiévistes comme contemporanéistes, les sociologues, les psychologues et cliniciens, les historiens, les anthropologues, mais aussi les spécialistes de datascience ont devant eux un champ immense à défricher – qui ne concerne pas seulement l’étude des ennemis de la société qui ont ensanglanté la France, mais aussi l’étude de la société même dont les failles ont permis à ces derniers de s’y immiscer et d’y planter leurs racines. Il est temps d’en finir avec la royale ignorance qui tétanise les esprits et fait le jeu de Daech.

  1. Libération du 10 mars. []

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24/03/2016

Y’en a marre des clichés !

Nous. Primos arrivants ou secundos sommes tous logés dans le même HLM. Les dimanches qui n’en finissent pas, les transports qui fonctionnent au ralenti quand il y en a, les « centres culturels » où on nous traite comme des gogols et l’école si proche et dont l’enseignement est si lointain. Notre culture c’est le centre commercial, notre langue c’est la rue et notre village c’est l’immeuble, nous rions dans toutes les langues mais nos douleurs sont universelles. Nos parents nous regardent comme des extra-terrestres et nos copains blancs de « souche » comme les représentants de sous-cultures moribondes dont parfois ils envient la liberté supposée.

Ali le boss tellement battu par son père qu’il ne sait que donner des coups, Hamed un de nos génies a la tête fracassée par la dope,  Zouina la terreur de muscles, de rage et beauté, le Nas qui apprend ses manuels scolaires par cœur le premier mois de sa scolarité et passe tout le reste de l’année à faire des maths de hauts niveau juste pour le fun, Leila petite souris toxico qui un soir s’est définitivement couchée sur la descente de lit de sa mère qui l’a trouvée morte au réveil, Germinal dont le père républicain espagnol travaillait comme éboueur en chantant l’International, Mireille d’une famille « française » tous au PCF et tous tarés, Viviane la star divine et gracieuse devenue mère de famille alcoolique, Aïcha la seule mère du quartier qui savait lire, etc. Décrit comme ça il semble que seules les larmes peuvent accueillir le récit de ces vies et pourtant tous ont les mêmes rêves, les mêmes espoirs, les mêmes plaisirs, les mêmes joies que n’importe lequel des humains qui lira ce texte. A tous nos potes qui vivent entre Les Palettes, le Perrier, les Blagis ou les 4000 sans passer par le périf on doit la vérité. Ne nous réduisez pas seulement à la somme de nos souffrances !

Cette religion dont parlent les blancs n’est pas la nôtre. L’Islam c’est la circoncision et le respect des ainés c’est tout. Nous avons inventé une langue "l’argot des cités" que vos enfants imitent et nos grapheurs sont des artistes à part entière, nous avons aussi les rires dans les allées, les souvenirs de nos profs nuls et formels, les courses de la voisine que l’on porte jusqu’au 6ème parce que les ascenseurs sont déglingués, les entretiens avec des mecs qui nous regardent certains que nous ne sommes que des abrutis, les filles aux yeux tendres, des enfants qui chantent, des potins qui circulent.

Après nous avoir abandonnés, discriminés aujourd’hui on nous regarde tous comme des djihadistes en devenir. Nous ne serions capables ni de choisir ni de penser. La misère imposée aurait oblitéré notre intelligence et fait de nous des imbéciles que l’on peut embarquer dans une gonfle sans qu'ils s'en aperçoivent. Pourtant, nous sommes des milliers à l’école,  à l’Université, au travail, dans vos vies aussi plutôt que de parler de nous laissez-nous enfin le droit à la parole ! Vous comprendrez ainsi que nous vivons dans même monde et que les injustices que vous vivez sont aussi douloureuses que les injures que nous subissons en ce moment ! (Collectif de la «  Cité des Terreaux »)

 

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20/10/2015

Diversité, mixité, multiculturalisme, exclusion/intégration,

Tous ces mots disent la différence. Ils sont bien compris de ceux qu’ils désignent par cette nouvelle version de la discrimination. Ces mots pointent l’autre et au prétexte d’humanisme parlent de respect « des » cultures, comme si l’enjeu n’était pas exclusivement social. Ce langage officiel, bien-pensant, juste et reconnu par l’académie prétend comprendre et effacer la nécessité d’avoir ou de se créer une identité dans une société autoritaire, indifférente au mieux, répressive souvent. Exit les rêves communs à toute l’humanité. Ce prétendu respect des habitudes périphériques, fruits d'environnements sociaux donnés, se substitue au droit et enferme chacun dans une communauté exclusive.

La diversité a toujours existé, la mixité sociale aussi mais sans mélange de classe, le multiculturalisme est un concept qui justifie « l’identification de l’Autre »,  quant à l’exclusion /intégration ce n’est que le véhicule de la pensée dominante qui se prétend démocratique.

Il n’y a pas « d’Autre ».  L’espèce humaine est UNE.  Même si les outils qui permettent la survie de cette humanité sont différents ici ou là,  tous n’ont pour unique objet que de remédier à cette incroyable faiblesse des hommes dans un monde où une nature dangereusement puissante leur est malgré tout  nécessaire.

Comment donc définir la « différence » ? La langue serait un des éléments d’identification porteur de valeurs « exotiques », dans ce cas que dire des périphéries urbaines qui tendent à créer un langage qui leur est propre et que les sociologues patentés identifient comme une révolte contre l’ordre établi et dominant ? Qu’en est-il du respect culturel et socio-économique de cette population qui vit juste à la station terminus de nos transports « publics »,  ceux qui à nos yeux n’ont que la relégation spatiale comme identité et leur pouvoir d’achat comme différence réelle ?

Salika Wenger

 

 

 

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24/06/2015

« …Il est temps que le malheur succombe. »

Durant mes 18 ans de politique cantonale et municipale je ne suis pas devenue une technocrate mais j’ai compris que les grandes décisions qui influencent notre vie ne se prennent pas à Genève mais à Berne. Bien qu’extrêmement attachée à notre Canton j’ai accepté d’être tête de liste avec  Jean Batou qui s’il n’a pas une grande expérience de la politique institutionnelle est une personne qui ne manque pas de conviction et saura, si nous sommes élus, défendre les intérêts des genevois. Ça c’était l’intro, celle que chaque candidat pourrait écrire sans se compromettre, mais les réalités sont plus dures et la candidature d’Ensemble à Gauche au parlement national a d’autres fonctions que celles de jouer les marionnettes médiatiques formatées au politiquement correcte.

Absente depuis trop longtemps du Conseil National,  la gauche, celle de la population qui travaille trop et  gagne peu, celle des enfants trop pauvres ou trop timides qui n’iront jamais à l’université, celle des stagistes non payés, celle des chômeurs qui désespèrent,  des femmes qui jonglent seules  avec un boulot éreintant à plein temps  et deux enfants qui demanderaient toute leur attention. En bref une gauche décomplexée qui n’a pas oublié d’où elle vient, pourquoi elle existe et ce qu’elle défend.  L’exercice est périlleux car la tendance est plus à la dépolitisation des classes populaires qu’à la mobilisation pour la défense des droits acquis et la revendication d’une amélioration de ceux-ci. Chacun de ceux qui sont sur la liste d’Ensemble à Gauche a conscience de tout cela et nous savons  la difficulté de faire entendre la voix de ceux que les classes dominantes considèrent au mieux sous l’angle d’un coût au pire comme variable d’ajustement afin d’accroitre des bénéfices qui augmentent proportionnellement à la désespérance des travailleurs.

Dans ce parlement qui s’apparente à une association de lobbyistes il n’existe aucune voix qui dise que si la Suisse est un pays riche ce n’est pas le cas de tous ses habitants. La répartition de la richesse est une question politique et une conséquence logique de la représentation des intérêts au Parlement.  Ce ne sont certainement pas les 200 députés qui siègent aujourd’hui qui porteront un discours social et émancipateur alors qu’ils cumulent, tous partis confondus, environ 2000 mandats dans des conseils d’administration !

Seul  « Ensemble à Gauche »  s’intéresse aux conditions de vie et aux intérêts des gens et pourrait faire entendre les revendications de la population au sein du Conseil National. Nos propositions paraîtront modestes au regard des fausses promesses électorales qui vont pleuvoir durant ces prochains mois. Nous n’en ferons qu’une seule : celle de lutter pour plus de justice sociale, économique et culturelle,  pour tous.

 

Salika Wenger

Candidate « d’Ensemble à Gauche » au Conseil National et au Conseil des Etats

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14/06/2015

Les Freaks Sisters 8

Le mois de juin est pour tout le monde une période d’intense travail. Boucler les dossiers, les examens, les ordonnances pour les vacances, la mise à jour d’une la garde-robe décente, les réservations qui foirent à la dernière minute,  les soirées sur les terrasses qu’on regrette le lendemain, etc. Nous préparons les vacances ! Babette pose son vélo contre le mur du couloir d’entrée de chez Marie. Nous sommes déjà dans la cuisine fenêtres ouvertes sur les chants d’oiseaux. Chacune à sa manière porte l’été sur elle, Marie en baby-dress à fleurs, Viviane jean’s et T-shirts qui permet de voir ses multiples tatouages, Babette jupe longue et tunique genre indienne et moi en noir sans manche. Viviane nous lit la une de notre journal local bien aimé ce qui provoque l’ire de Marie « On s’en fout de tes obèses. Les BRICS abandonnent le pétrodollar au profit du Yuan, ça veut dire que les  40 % de la population du monde qui crée 30% du PIB mondial change de monnaie… C’est quand même un peu plus important que tes histoires de gros ! » Babette qui feint de n’être jamais intéressée par les problèmes d’argent soupire en se recoiffant dans le miroir. Viviane me regarde puis lève les yeux au plafond,  moi la tête dans mon café : « Tu es abonnée aux mêmes journaux en ligne que moi. » Marie agacée «Et alors ? Ça ne veut pas dire que c’est faux ! »

La nuit dernière a laissé des traces !  Nous décidons d’une plongée dans la culture suburbaine.  En route pour le centre commercial. Non par populisme ringard mais simplement parce qu’il y a l’air conditionné et des escalators. Au détour d’un magasin de sport Marie me chuchote « C’est pas ton pote le banquier et sa femme là-bas ? » Je regarde rapidement par-dessus mon épaule. « C’est pas mon pote le banquier non ! C’est un de nos amis d’enfance qui pour plaire à ses parents a enfermé dans un costard cravate plus de talents que tu n’en auras jamais ! » Babette se retourne aussi « C’est quand même un banquier, calme toi, on ne touchera pas à ton chouchou ! » Marie toujours en chasse « Il est pas mal quand même ! » Elles ont décidé de me mettre les nerfs. Il s’approche en souriant « Les Freaks Sisters ! Que faites-vous dans un lieu aussi populaire ? » Viviane mauvaise « Et toi ? » Notre ami narquois lui lance « Tu étais de nuit à l’Hôpital ? » Salutations rapides. J’entraine mes copines vers un magasin de maquillage. Tout en en marchant même la richissime Babette y va de son couplet sur les responsabilités sociales des banquiers. Ouf, je viens d’éviter le pire. Faux !

De retour chez Marie, la table de la cuisine est couverte de tasses à café sales, de miettes de croissant et de journaux que nous avons abandonnés en vrac.. Nous décidons de faire l’apéro sur la terrasse. Marie un peu songeuse fait le service mécaniquement. Tout à coup elle s’arrête et me regardant elle tire à bout portant « En fait  ce n’est pas seulement à ses talents qu’il a renoncé. A toi aussi ! » Moi estomaquée « Que veux-tu dire ? » Viviane répond à sa place en mettant un peu de glace dans son verre « Elle dit que tu étais trop pauvre pour qu’il court le risque d’une histoire avec toi. Même si pour tout le monde et vous deux particulièrement c’était le trend » Et Babette en rajoute une couche « En fait elle dit que ton pote le banquier est un lâche et en plus il n’a même pas de barbe ! » J’abandonne et me sers un gin tonic pour adulte. Je lève mon verre aux BRICS ! Pendant que Marie me tend discrètement un mouchoir en papier afin d’effacer une petite larme qui s’est invitée sur ma joue.  

A suivre…

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08/06/2015

Les Freaks Sisters 7

Marie qui a posé le téléphone sur son bureau en mode haut-parleur, continue à préparer ses cours pendant qu’à l’autre bout Babette s’étouffe de rage contre une gauche nulle, inconsciente des bienfaits du mécénat dont la pratique s’essouffle attaquée par ces crétins de défenseurs des pauvres qui n’ont jamais mis un rond dans quelque œuvre que ce soit etc… Marie me regarde l’air navrée et raccroche sans mot dire. Viviane maigre comme un cent de clous encore en tenue de sport sous blouse blanche nous stresse avec son stress permanent. Nous descendons  à la cafét’. Très mauvaise idée. Une jeune nana sur- agitée surgit brusquement brandissant un papier et elle nous  intime de signer sa pétition contre « la douleur infligée aux tomates cultivées sous serres. » Je m’étouffe de rire avec ma gorgée de café, Viviane au bord du pétage de plombs décide d’aller courir en compagnie de son éternelle bouteille d’eau.  Marie fait un signe de la main pour éloigner la militante comme elle le ferait d’un quelconque insecte.

Nous quittons l’Université pour faire un tour en ville. Grave erreur ! Il fait une chaleur à crever même en Vieille Ville. Une terrasse à l’ombre nous tend les bras. Nous tentons de trouver une table en slalomant entre les divers groupes politiques qui font leur pose. Nous sommes loin des bistrots du faubourg St Germain à Paris où l’on peut entendre les enfants de l’ENA discuter de leurs visions de l’Etat. Ici, au milieu des « élus du peuple » c’est au mieux le café du Commerce au pire des potinages de concierges. Marie sans me regarder me demande « Vous en êtes où dans ta galaxie ? » Elle fait référence à mon groupe politique. Je respire un grand coup, bois une gorgée de chasselas « chacun pour soi et Marx pour tous, enfin presque ! » Elle sourit et continue « dis m’en plus ! » « J’en ai tellement plein les bottes que j’ai envie de rentrer dans un couvent pour avoir la paix. Entre les satellites qui se prennent pour des planètes, les planètes qui changent d’orbite au gré des vents stellaires et les étoiles épuisées qui se transforment en naines blanches après avoir expulsé leur couronne , c’est pas demain la veille du Grand Soir. » Marie  en riant « Télescope et boule de cristal,  t’as l’air en grande forme ! » Je tends mon verre « c’est une impression, la lumière que tu perçois commence à dater ! Ce soir je regrette un peu les embrasements de ma jeunesse. »

Les « élus » sont repartis et il ne reste que nous et quelques touristes pour savourer la lumière de la fin d’un jour d’été sur les façades de pierres. Le proprio nous offre un cognac. Babette arrive ébouriffée accompagnée d’un mec quelconque qu’elle a pris sous son aile. Le jour décline doucement, la fraicheur envahit  la rue et le silence d’une longue amitié s’installe à notre table.

A suivre…   

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20/05/2015

Les Freaks sisters 6

Alors que Babette dort encore et que nous ne saurons jamais ce que Marie fait dans sa chambre délabrée, Viviane et moi avons décidé de boire un café dans les Eaux vives. C’est le jour de « la rue est vous ». Promenade bouleversante les pieds dans la misère. Il y a quelques années  on pouvait encore trouver un machin à acheter et à jeter quelques temps plus tard.  Nous n’avons vu sur les trottoirs que la pauvreté en bataillons. Nous avons slalomé entre de vieux soutiens gorge, des sacs à mains misérables et des jouets usés d’enfances envolée, chaque vendeur nous regardant avec cette tristesse dans le regard qui est la marque d’une dignité blessée. Sans aucune joie nous avons rencontré quelques amis, bu un café sur une terrasse et passer notre chemin. Les loyers grimpent, les commerces de proximité ferment et le quartier se transforme peu à peu en une succession de bars et pizzérias plus prévisibles, uniformes et ennuyeux les uns que les autres. La mode est aux bars à vins, certains bios, d’autres régionaux, des prétendument millésimés, etc. Pas de picrate, de pinard, de rouge qui tache ou de jaja, que du cher ! Dans ces espaces qui se prétendent bistrots mais n’en n’ont que la déco sans l’âme, un couple de jeunes essaie de donner le change sans comprendre que la musique électro le matin c’est pas terrible.

De retour chez moi, nous trouvons des messages de nos deux amies qui arrivent avec les croissants et les dernières rumeurs de la nuit. Sur mon lit, Babette s’essaie au yoga, Marie assise en équilibre au bord est scotchée à son téléphone, Viviane fredonne en feuilletant le Monde et je me demande comment cette invasion s’est produite ? « Qui commence ? » demande Viviane. Marie « moi ! En réunion hier soir j’en ai entendu une bonne… » Nous sommes suspendue à ses lèvres. Grande militante devant l’Eternel notre chasseresse sait où trouver le bon gibier : dans les groupes politiques bien évidemment ! En dehors du fait qu’elle ramène toujours une proie ou deux c’est par définition le lieu des cancans car sous couvert de critique constructive, d’analyse des situations et des rapports de forces, ce genre de réunions tient plus de thérapie collective que d’un véritable groupe de réflexions. Les jeux de pouvoirs y sont les mêmes que partout ailleurs. De chez le coiffeur on ressort aussi joyeuse que lorsqu’on s’échappe d’une de ces réunions où beaufitude revêt des haillons d’intello.

« Et alors ? » le chœur des plus si vierges que ça. Marie se tourne vers moi et m’annonce qu’une de mes copines  estime qu’il est inutile designer pour les prochaines élections au National quelqu’un qui va mourir bientôt. Je connais la vieille peau dont parle Marie et je la sais venimeuse mais je pensais qu’elle me réservait ses crises d’hystérie coloniale. Comptable à la ramasse, elle a passé sa vie dans les « colonies » et imagine encore que le prestige lui est dû. Je comprends que la tristesse et le vide de son existence ne l’aient pas rendue aimable mais parfois elle dépasse les bornes. Sur mon lit tout le monde éclate de rire et Viviane, toujours un peu plus dure que nous, questionne  « C’est d’elle qu’elle parle ? » Re-rigolade. Il y a plein de miettes de croissant sur mon lit. Nous décidons que nous passerons l’après-midi sur le lac afin de prouver la sagesse de l’adage qui veut que le mojito soit meilleur pour le moral que le yoga.

Je dédie ce texte à Magali à qui je souhaite longue vie … Mdr !

A suivre…  

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11/05/2015

Les Freaks sisters 5

 

 

Dimanche 10 mai, élection du Conseil Administratif. Journée de pomponettes. Lire tous les magazines pipoles, manger des bonbons, des chips, du chocolat et tout ce qui est très mauvais pour la ligne, papoter, regarder des séries débiles à la télé. Tranquilles. Marie refait ses racines (de cheveux), Viviane s’est trouvé un masque aux anchois qui empeste, Babette se roule un pétard en disant qu’il n’y a rien de mieux pour le moral et moi j’analyse le dernier numéro de « Nous deux » avec une attention soutenue. Chaque semaine l’une d’entre nous ramène la musique cette fois c’était mon tour … Les quatre nous chantons à tue-tête « Mon pote le gitan, c’est pas un marrant…ect »

L’appartement de Viviane ressemble à un laboratoire, heureusement que sa salle de bain est spacieuse. Pas un collant ne traine, pas un livre hors des étagères, pas l’ombre d’une poussière sur ses meubles design quant à ses tapis on les croirait achetés la veille. Couleurs neutres, pas de bibelots, pas de photos perso… Je me demande si elle vit vraiment ici ou si c’est un appart témoin ? Allongée sur la terrasse j’attaque ma troisième bluette, ils s’aiment, ils se quittent et peut-être vont ils se retrouver ? Hurlements dans l’appart, je me relève comme je peux et en entrant dans le salon j’assiste à une scène apocalyptique : mes trois copines dansent la Zumba autour de la table en hurlant comme des zoulous « On a gagné ! On a gagné ! » Navrée je n’assieds dans le canapé allume tranquillement un clope et regarde l’élite féminine de notre canton en slips et soustingues se déhancher comme des stripteaseuses. J’arrête la musique et demande « On a gagné quoi ? » Silence, du doigt elles me montrent l’écran télé sur lequel on peut voir le résultat des élections...  Stauffer s’est pris râteau et Pagani a réussi au repêchage.

Je retourne sur la terrasse, le ciel est bleu, ça sent bon le printemps, un moineau me fait du gringue, j’ai encore un peu de vin dans mon verre que je lève à la santé de tous ceux qui ont décidé de se refaire un tour de manège soit disant enchanté et je reprends mon magazine.

A suivre…

   

 

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26/04/2015

Les freaks sisters 4

 

Le téléphone sonne, « Allo, Babette! » J’attends qu’elle ait  fini de rire.  « Oui c’est moi, j’espère que je ne te dérange pas ? » Moi menaçante « Moi aussi ! » Babette joyeuse comme un pinson. « Allo,  j’ai fait un super coup hier. Rendez-vous aux Platanes avec les copines à midi. Je vous explique tout. » Je suis inquiète car mon amie est capable de Toutes les expériences… Je choisis donc des ballerines pour sortir c'est la garantie que je ne lui crèverais pas les yeux avec mes talons aiguilles quand elle nous annoncera son énième bourde.

Je suis assise devant un grand café quand Marie arrive accompagnée d’un de ses éternels étudiants qui portent son sac et lui rendent d’autres services à l’occasion. Il s’assied à l’écart et disparait dans  son téléphone. Viviane est encore en blouse blanche quand elle s’écroule à côté de moi, elle commande une eau minérale gazeuse. Nous sommes stupéfaites en apercevant Babette qui traverse la rue à notre rencontre. La quarantaine flamboyante, brushing, jupe courte, veste cintrée, talons hauts, sac couture et lunettes noires… La totale. Elle s’écroule sur son siège et éclate de rire en retirant ses talons. De plus en plus en inquiètes nous attendons l’annonce de sa dernière folie…

En nous voyant toutes inquiètes, Babette s’écrie  « Calmez-vous, vous avez l’air tendues. Voilà,  hier je suis allée à Balexert et… » Marie la coupe « Tu vas sur la rive droite maintenant ? » Babette hausse les épaules « Ecoute avant de critiquer. Je suis tombée sur un pote qui m’a dit qu’on pouvait acheter un appart en PPE sur le net… » Viviane vacharde, les mains dans les poches de sa blouse blanche « Et alors ?... » Toute excitée Babette continue « En rentrant chez moi, je suis donc allée sur le net et j’ai trouvé des apparts  pas chers sur un site de l’Etat» Marie ébahie « Tu veux dire que sur un site « Officiel de l’Etat » on peut acheter un appartement en propriété par étage ? » Babette acquiesce et nous donne l’adresse.  Moi « Mais c’est en zone de développement 3 et tu possèdes déjà la moitié de la République. T’es trop riche pour ça et t’en as pas besoin !» Babette « T’inquiètes j’ai du personnel qui s’occupe de ça ! » Viviane soupir en nous tendant une page de journal …Bravo les Verts encore une bonne idée pour ne pas construire de logements sociaux. Chez eux c’est toujours les plus réacs qui sont élus. De rage nous commandons toutes une coupe champagne, pour fois que ce n’est Babettte qui a fait la connerie !

A suivre…

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Les freaks sisters 4

 

Le téléphone sonne, « Allo ? Babette ! » J’attends qu’elle ait  fini rire.  « Oui c’est moi, j’espère que je ne te dérange pas ? » Moi menaçante « Moi aussi ! » Babette joyeuse comme un pinson. « Allo, j’ai fait un super coup hier. Rendez-vous aux Platanes avec les copines à midi. » Je suis inquiète car mon amie est capable de Toutes les expériences… Je choisis donc des ballerines pour sortir afin de me garantir que je ne lui crèverais pas les yeux avec mes talons aiguilles quand elle nous annoncera son énième bourde.

Je suis assise devant un grand café quand Marie arrive accompagnée d’un de ses éternels étudiants qui portent son sac et lui rendent d’autres services à l’occasion. Il s’assied à l’écart et disparait dans  son téléphone. Viviane est encore en blouse blanche quand elle s’écroule à côté de moi, elle commande une eau minérale gazeuse. Nous sommes stupéfaites en apercevant Babette qui traverse la rue à notre rencontre. La quarantaine flamboyante, brushing, jupe courte, veste cintrée, talons hauts, sac couture et lunettes noires… La totale. Elle s’écroule sur son siège et éclate de rire en retirant ses talons. De plus en plus en inquiètes nous attendons l’annonce de sa dernière folie…

En nous voyant toutes inquiètes, Babette s’écrie  « Calmez-vous, vous avez l’air tendues. Voilà, hier je suis allée à Balexert et… » Marie la coupe « Tu vas sur la rive droite maintenant ? » Babette hausse les épaules « Ecoute avant de critiquer. Je suis tombée sur un pote qui m’a dit qu’on pouvait acheter un appart en PPE sur le net… » Viviane vacharde, les mains dans les poches de sa blouse blanche « Et alors ?... » Toute excitée Babette continue « En rentrant chez moi, je suis donc allée sur le net et j’ai trouvé des apparts  pas chers sur un site de l’Etat» Marie ébahie « Tu veux dire que sur un site « Officiel de l’Etat » on peut acheter un appartement en propriété par étage ? » Babette acquiesce et nous donne l’adresse.  Moi « Mais c’est en zone de développement 3 et tu possèdes déjà la moitié de la République. T’es trop riche pour ça et t’en as pas besoin !» Babette « T’inquiètes j’ai du personnel qui s’occupe de ça ! » Viviane soupir en nous tendant une page de journal …Bravo les Verts encore une bonne idée pour ne pas construire de logements sociaux. Chez eux c’est toujours les plus réacs qui sont élus. De rage nous commandons toutes une coupe champagne, pour fois que ce n’est Babettte qui a fait la connerie !

A suivre…

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22/04/2015

Les freaks sisters 3

 

Dimanche soir résultats des élections, fête chez Babette dans sa campagne genevoise. Jolie maison patricienne, domestiques discrets mais Babette pas du tout  ! Trop de tentures indiennes, de meubles du XIXè et de sofas trop bas ! La télé est sur la terrasse et chacun un verre à la main attend les résultats des élections municipales. dans l'assemblée tous les partis sont représentés ou presque et ça discute dur dans le jardin. Babette passe de l’un à l’autre comme la femme bien élevée et défoncée qu’elle est. C’est une fin d’après-midi comme on les décrit dans les romans bourgeois. Je trouve notre groupe très « nouvelle vague ». Tous se connaissent et se détestent même si parfois ils sont mariés ensemble. Il est très aisé de percevoir l’aigreur  des multiples frustrations sous des sourires légèrement avinés.  Assise un peu à l’écart avec un ancien conseiller d’Etat qui me raconte dans les détails les « petits bonheurs » du pouvoir en province je surveille Babette. J’ai peur qu’elle tombe encore sur un escroc quelconque qui profitera de son désarroi permanent pour lui soutirer de l’argent.   

Premier fou rire : Une mairesse de la rive gauche « Nous sommes une commune protestante et comme telle nous ne gaspillons pas l’argent des administrés… » En 2015 elle nous refait une guerre de religion. Une maladresse pareille ça se fête et nous levons notre verre à l’obscurantisme religieux.

Deuxième fou rire : le cheveu gris et rare, représentant un groupuscule malchanceux  il prend des airs d’homme d’état pour nous asséner des généralités qui n’intéressent personne mais qu’il a pris la peine de noter sur un bout de papier. Nous trinquons au charisme et à l’éloquence d’une paire de chaussettes. Babette  entonne « l’International » et s’écroule en riant dans un bac à fleurs.  

Troisième fou rire : Marie appelle au secours dans une chambre au-dessus, toutes les conversations cessent et les invités inquiets lèvent la tête sauf Babette, Viviane et moi… Nous savons. Heureusement très rapidement les invités comprennent qu’il n’y a pas péril en la demeure, surtout quand Marie réapparait, toujours impeccable, accompagnée d’un boys band. Viviane la plus puritaine d’entre nous prend un air excédé et regardant notre amie qui ajuste sa coiffure dans le hall d’entrée elle lève les yeux au ciel. Marie en passant lui murmure à l’oreille « Au moins, Les miens ne ne me coutent rien ! ».

Quatrième et dernier fou rire : pendant des mois il a gonflé toute la République en se tapant sur la poitrine tel un Tarzan de pacotille. Il était le plus beau, le plus grand, le plus intelligent et j’en passe. La tension est à son comble et tous les regards sont scotchés à l’écran…5…4…3…2…1… Zéro c’est le cas de le dire, non élu ! Ouf il s’est pris une veste ! Vive la vie, vive Genève !

À suivre…

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13/04/2015

Les freaks sisters 2

 

Le marché du dimanche à Plainpalais au soleil est un vrai bonheur. Toute la République s’y presse car cette source de potins est un must ! avec la buvette du Grand Conseil évidemment !  Assise à l’arrière d’un kebab, à une table branlante j’attends mes copines. J’ai déjà discuté avec la moitié du Conseil municipal, une bonne partie du Conseil administratif et un conseiller national chacun se demandant comment les voix des citoyens vont se répartir. J’ai tout entendu, mais surtout on m’a interrogée sur le buzz de la semaine… Un mec qui aurait arnaqué une vieille dans une histoire de colocation. Je ne peux pas croire que ce soit possible à Genève …Hi ! Hi ! Hi ! Bref je bois tranquillement mon verre de blanc quand je vois arriver Marie accompagnée d’un de ses boys et de Babette. Marie habillée week-end chic, Babette en hippie à la ramasse et le boy mignon comme un cadeau de Noël. Mon copain Momo passe et nous apercevant il vient s’assoir à notre table, c’est un collègue de Marie. Nous en sommes à commenter le divorce œdipien des Le Pen, Babette nous expliquant qu’on ne se rend pas compte des difficultés de vivre sous la coupe d’un père omniprésent quand Viviane se pointe. Quarante kilos trempée dans l’huile, son éternelle bouteille d’eau et une tête de déterrée.

Momo éclate de rire et lui demande « comment il s’appelle ? » Viviane le regarde tristement et lui répond « je ne peux pas le dire il est marié ! » Momo « C’est un homme public. » Marie et moi éclatons de rire car nous avons pensé ensemble que c’était peut-être l’équivalent d’une femme publique. Viviane ne semble pas avoir entendu nos rires et regarde la foule comme si elle cherchait quelqu’un. Pendant que le toy va chercher les cafés, je demande à Marie « Comment tu fais ? T’as une fabrique ou quoi ? » En ajustant élégamment son écharpe autour du cou elle répond « Je suis prof universitaire, je travaille dans la fabrique ! » Nouvel éclat de rire. Quand le jeune s’assied il regarde Viviane « T’avais une sale tête ce matin dans la cuisine ! » En cœur « Tu es avec Viviane ? » « Non ! Elle est avec mon père mais Je l’ai croisée chez moi quand j’arrivais pour prendre une douche avant de venir ici. » Toutes les têtes se tournent vers Viviane…

A cette heure entre promeneurs, clients, candidats au Conseil municipal, enfants et chiens c’est le souk. J’aperçois quelques visages plus bronzés qu’ils ne devraient et dans cette foule un sourire qui se dirige vers Viviane et notre groupe. Le visage de notre amie s’illumine et lorsqu’il s’assied à ses côtés à notre table j’avale de travers la gorgée de blanc que je buvais. Je viens de le reconnaitre. Momo se laisse aller contre le dossier de la chaise et observe la scène avec un sourire narquois lui aussi l’a reconnu. Marie est fermée comme une huitre, rien ne transparait de ce qu’elle pense. Babette me demande à l’oreille « Comment on l’appelle ? Monsieur le Président ou quoi ? » Moi « J’en sais rien demande à son fils » Momo qui n’en rate jamais une  « Ou tu lui fais le salut militaire.» Avant même que les présentations ne commencent Viviane et son amant ont quitté la table et disparu dans la foule. J’ai oublié de dire que le boy de Marie et son père sont noirs comme l’ébène. Viviane va encore se prendre un râteau. Quant à Babette l’ingénue sur le retour elle dit « Quand je suis allée en… » Moi « Tais-toi Babette ! On pourrait t’entendre. » Momo me fait un coup d’œil et tous nous continuons paisiblement à suivre du regard le flot des passants. Il fait beau et ça sent les épices…

A suivre…    

 

 

 

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11/04/2015

Les Freaks sisters 1

 

Dix heures du matin devant le tabac par un matin ensoleillé de printemps à Genève. Marie allume sa première clope avec délectation, Viviane sert une bouteille d’eau minérale contre son sein comme si sa vie en dépendait et moi la tête dans le c… et en lunettes noires je regarde passer les voitures. Babette dort encore car elle n’a pas besoin de travailler… Elle ! Nous avons les journaux, les clopes, il ne manque plus que le premier litre de café.

L’appartement de Marie est très exactement le même que celui de sa mère et de sa grand-mère. Deuxième étage d’un immeuble faziste, son appartement occupe tout l’étage. La dernière fois que je lui demandé la surface de celui-ci elle m’a dit qu’elle n’en savait rien … Elle en a hérité et le laisse se décrépir au fil du temps. Elle vit entre sa chambre et la cuisine que nous squattons en permanence. Nous nous retrouvons ici pour le petit déjeuner, l’apéro, des séances de potins impromptues et l’éternelle thérapie de groupe que nous menons depuis toujours..  

Viviane s’installe près du radiateur, comme elle est maigre elle a toujours froid… « Vous avez déjà voté ? »

Moi «  Non ! Et toi Marie la bonne élève chic ? »

Marie «  Moi oui le jour où j’ai reçu mon enveloppe. J’ai fait ma propre liste avec les pires »

Passe alors un jeune homme presque nu qui se dirige silencieusement vers le frigo sans un regard pour qui que ce soit. Beau gosse, vingt ans au plus, il boit à grandes gorgées un soda au goulot et sans dire un mot ressort de la cuisine en fredonnant.

Moi « Pas mal, c’est qui ?

Marie imperturbable continue à préparer le café « ça ? » dit-elle en montrant la porte du menton, «  J’en sais rien je l’ai ramassé hier soir à une manif mais je te le prête et si tu veux j’en ai d’autres. » Viviane hausse les épaules, je regarde la porte qui vient d’engloutir l’éphèbe anonyme, Marie suit mon regard et nous éclatons de rire toutes ensembles.

Viviane cachée par le journal grand ouvert : « J’y crois pas ! Vous avez vu la bande gluglus qui se présentent au Conseil Administratif ? » Elle se tourne vers Marie : « T’as voté quoi ? » Marie ne répond pas mais sourit en nous servant le café.

Chacune s’installe devant sa tasse, un quotidien entre les mains nous commentons les nouvelles du jour. En première page des insectes bien répugnants. « On voit que c’est les vacances ! » Dans le fond de l’appartement on entend des rires feutrés et je regarde mes deux amies concentrées sur leur journal respectif. Marie, impeccable dans son tailleur, tellement bourgeoise que je la soupçonne d’exagérer ce style pour avoir l’air inoffensive, elle ne cille même pas. Difficile de l’imaginer en prédatrice sexuelle.

Viviane a sorti ses lunettes et lit un de ces éternels articles qui parlent de la faim dans le monde et de l’humanitaire. Son portable sonne. Furieuse elle répond: « Foutez-moi la paix ! J’ai passé dix heures en salle d’op hier pas question de me refaire la même aujourd’hui ! » Elle raccroche et se lève pour partir en attrapant sa bouteille d’eau. « Ils veulent ma peau j’en suis certaine »

Moi : Où vas-tu ?

Exaspérée elle soupir : « A l’hosto ! Où veux-tu ? On est en panne de médecins, alors dans mon service c’est moi qui trinque parce que je n’ai pas de gosse. »

Marie  en prenant son sac « Moi j’ai un cours dans quinze minutes ! Alors je vous quitte et toi Lulu sois gentille avec les jeunes et ne me les abime pas. »

Un peu éberluée je lui réponds «  T’as pas peur de te faire cambrioler ? »

Sur le seuil de la porte engloutissante de la cuisine Marie me répond  « Si seulement ! Je pourrais faire jouer l’assurance et rénover ce mouroir. Au fait les filles je n’ai voté que pour des femmes. Ciao ! »

Au moment où je mets les tasses dans la machine mon téléphone sonne et je n’ai pas besoin de le prendre pour savoir que c’est Babette qui va encore pleurnicher. Pauvre petite fille riche !

A suivre…

     

 

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30/03/2015

Les Freaks sisters,

 

Ma première est une historienne de haut vol, très tailleur, serre tête et discrétion. Elle a étudié dans des collèges religieux et pour elle deux dans un lit c’est trop peu ! Nous l’appellerons Marie

Ma deuxième est médecin, brillante et joyeuse elle à l’art de se mettre dans des gonfles amoureuses improbables. Mince comme un fil elle passe sa vie à vouloir perdre trois kilos. Nous l’appellerons Viviane.

Ma troisième artiste à la ramasse son talent  est de rater tout ce qu’elle entreprend. Maladroite, grande gueule, toujours en retard mais un peu trop généreuse avec les Messieurs. Nous l’appellerons Babette.

Ma quatrième est votre servante, spécialiste des trottoirs de Manille à la retraite et grande philosophe de bistrot devant l’Eternel.  Elle s’appelle Lulu la Nantaise

De soirées en cocktails, de déjeuner en sms et téléphones ordinaires en téléphone arabe désormais c’est au travers du prisme de ces 4 personnalités d’exception que nous suivrons la vie publique de notre charmante Cité.

A bientôt

Lulu la Nantaise

  

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