23/09/2008

Qui va payer la crise à Wall Street ?

17 septembre 2008

Des transactions secrètes collent la facture sur le dos des travailleurs

Le président de la Banque centrale des USA à New York, Timothy Geithner, et le secrétaire au Trésor, Henry Paulson, se sont réunis en petit comité pour des discussions interminables au cours desquelles ils se sont mis d’accord sur certaines transactions. Le tout en secret, derrière le dos des travailleurs et de la classe moyenne, qui vont endosser la facture. Ces messieurs ont mis au point ces transactions en compagnie des mêmes usuriers de la haute finance dont les orgies spéculatrices, le gros jeu et les tromperies dans la poursuite du profit ont en tout premier lieu abouti à la crise. La razzia spéculatrice de Wall Street a abouti à une crise mondiale réellement effrayante.

Ces trois derniers jours, AIG, la plus grosse compagnie d’assurances au monde, avec 1000 milliards de dollars en avoirs, s’est retrouvée en faillite en quelques heures.

Lehman Brothers, une prestigieuse banque d’investissements vieille de 158 ans, avec 639 milliards de dollars en avoirs, a de son côté connu la plus grosse faillite de l’histoire des États-Unis.

Merrill Lynch, un autre pilier des investissements, avec lui aussi 1000 milliards de dollars en avoirs, n’a évité la faillite qu’après avoir été repris par la Bank of America.

Washington Mutual, la plus importante société d’épargne et de prêt des États-Unis, a vu ses obligations se réduire au prix du papier et elle est aujourd’hui sur la corde raide.

Comme la crise des faillites se développait, le jeudi 11 septembre, Paulson a raconté aux banquiers que le gouvernement en avait assez d’intervenir et qu’ils allaient devoir résoudre le problème entre eux. C’était la semaine dernière. Aujourd’hui, le gouvernement américain a injecté 85 autres milliards de dollars pour renflouer les banques. C’est un signe de crise et de faiblesse.

Alors que le renflouement de Fannie Mae et Freddie Mac a procuré quelque soulagement aux détenteurs de milliers de milliards de dollars en dettes que leurs doivent les deux banques d’hypothèques, il a également soumis le système financier à une pression colossale, ce qui est un autre signe de profonde faiblesse et de fragilité. D’autres renflouages étaient exclus, a déclaré le gouvernement. Il tirait « une ligne dans le sable ». Terminé !

Mais les déclarations de Paulson et de Geithner n’ont eu aucun impact sur les banquiers. Tous poursuivaient leurs propres intérêts immédiats et ont fait de l’obstruction vis-à-vis de leur propre gouvernement. À la fin, alors que Washington laissait Lehman Brothers aller à la faillite, c’était une tout autre histoire avec AIG. La direction de la Banque centrale des USA et le Trésor faisaient une volte-face humiliante et intervenait à la toute dernière minute, « craignant une crise financière mondiale ». (New York Times, 17 septembre)

Le renflouage d’AIG par la Banque centrale des USA est très instructif sur le plan de la profondeur de la crise. AIG n’est même pas une banque. La compagnie n’est pas contrôlée par le gouvernement fédéral. Celui-ci doit user de pouvoirs d’urgence pour intervenir, ce qui a été estimé nécessaire non seulement parce que AIG fournit des polices d’assurance à des millions d’individus et entreprises commerciales, mais aussi parce que la compagnie a assuré pour plus de 400 milliards de dollars des titres garantis par hypothèque et autres investissements à risques de gros joueurs boursiers et autres spéculateurs partout dans le monde.

AIG a emprunté de l’argent auprès d’un grand nombre de grosses banques et a pris des risques avec ses avoirs afin d’encore accroître ses bénéfices. Quand les hypothèques se sont mises à faire défaut et quand les détenteurs de titres garantis par hypothèque ont commencé à réclamer leurs purges d’hypothèques, la position financière d’AIG s’est détériorée de jour en jour, puis d’heure en heure.

On peut se rendre compte de la témérité financière du système quand une compagnie d’assurances, qui est censée être contrôlée de façon à demeurer conservatrice – précisément parce qu’elle est la gardienne de fonds qui doivent être disponibles afin de couvrir les besoins d’urgence des personnes assurées – est libre, en fait, de participer au grand casino mondial.

AIG opère dans plus de 100 pays, elle emploie 116.000 personnes – dont 62.000 en Asie – et elle dispose de facilités bancaires privées pour personnes fortunées. Elle négocie des transactions boursières, gère des fonds mutuels, possède 900 avions qu’elle loue et, en général, a fait de son département d’assurances un champ d’opérations spéculatrices à l’échelle mondiale.

Pendant ce temps, on ignore la crise des travailleurs et des opprimés

La crise des banquiers a rempli la une des journaux de gros titres sensationnels, avec des comptes rendus à l’heure près de l’agonie d’une poignée de millionnaires et de milliardaires à Wall Street. Mais les médias capitalistes ont laissé de côté le véritable drame des saisies et licenciements affectant la vie de millions de travailleurs.

Des centaines de milliards de dollars ont été refilés à des banquiers qui se sont retrouvés dans une crise en raison de la rapacité des prêts hypothécaires et de la revente de ces hypothèques sur le marché mondial des capitaux. Aucun secours n’est venu pour les victimes de l’industrie bancaire des hypothèques.

On n’a guère accordé d’attention à l’information disant qu’en août, il y avait eu 303.879 dossiers de saisies – une augmentation de 12 pour cent par rapport au mois précédent et de 27 pour cent par rapport au mois d’août de l’an dernier. Un ménage américain sur 416 a reçu un avis de saisie en août. Pour la seule Californie, il y a eu 101.714 dossiers, soit 40 pour cent de plus que le mois précédent et 75 pour cent de plus qu’en août de l’an dernier.

Alors qu’elle se lamente sur les affres des banquiers, la presse capitaliste n’a pas de gros titres pour une étude récente intitulée « State of the Dream : Foreclosed » (L’État du rêve : sous saisie) qui montrait que la crise des saisies avait abouti à la pire destruction de la richesse personnelle de l’histoire dans les communautés afro- et latino-américaines.

Selon cette étude, les emprunteurs afro-américains ont perdu entre 71 et 92 milliards de dollars en raison de prêts contractés ces huit dernières années. Les chiffres pour la population latino-américaine, qui sont un peu plus élevés que ceux de la population afro-américaine, indiquent des pertes gravitant entre 75 et 98 milliards de dollars.

Par rapport à la crise financière, la crise croissante de l’économie capitaliste sévit partout, du fait que la surproduction se traduit par une hausse du chômage. Plus de 84.000 travailleurs ont perdu leur emploi en août, ce qui porte le total de l’année à 605.000. Plus de 2 millions de personnes se sont ajoutées aux sans-emploi ces douze derniers mois, portant le total officiel à 9,4 millions de sans-emploi. Le chômage à long terme est lui aussi à la hausse.

Le chômage des travailleurs noirs à atteint 10,6 pour cent et est dû surtout aux pertes d’emplois parmi les femmes noires. Le chômage parmi les mères célibataires et les jeunes est lui aussi à la hausse. Et ces chiffres du gouvernement n’incluent pas les millions de travailleurs découragés qui ont renoncé à chercher un emploi.

En pleine crise du crédit, on a annoncé que la production industrielle, la base de l’emploi et du revenu, avait connu en août la pire chute depuis trois ans. Il y a eu une baisse de 1,1 pour cent dans la production des usines, des mines et des services. La production automobile a chuté de 12 pour cent, un record pour la décennie écoulée.

Une chose est certaine, au vu de la crise actuelle : Ni la classe capitaliste, qui détient tout la richesse productive, ni le gouvernement capitaliste, qui supervise le système, n’ont le contrôle de la situation économique ou financière.

Chacune des mesures qu’ils prennent pour enrayer la crise du crédit est suivie d’une autre explosion de panique. Chaque fois que la bourse grimpe, elle perd rapidement tous ses gains et plus encore. Et qu’importe les déclarations fracassantes des experts prétendant qu’il n’y a pas de récession, la croissante constante du chômage et le déclin de la production se poursuivent, indépendamment de tout prétendu « stimulus économique ».


Un changement de cap dans la psychologie de la classe dirigeante

L’intervention du gouvernement capitaliste dans la crise bancaire a amené un changement de cap dans la psychologie de la classe dirigeante, qui voit son système échapper de plus en plus à son contrôle. Après que le système capitaliste eut surmonté la crise des années 1930, les patrons américains finirent par oublier pourquoi le président Roosevelt avait pris des mesures sans précédent pour venir au secours de l’économie. Ils se mirent à exprimer leur dédain à l’égard des interventions gouvernementales dans leurs affaires.

Bien sûr, ils ont toujours été disposés à ramasser des aumônes sous quelque forme que ce soit – subsides, dépenses militaires, législations spéciales, réductions de taxes, etc. Mais cela ne les empêche pas de se prendre pour les plus grands et puissants dirigeants de sociétés du monde.

L’intervention du gouvernement, disaient-ils, c’était bon pour l’Europe et les social-démocrates. Les classes dirigeantes européennes avaient été ébranlées par les travailleurs et par la lutte des classes, par la division et par la guerre. Du fait que les chefs d’entreprises européens étaient faibles et qu’il leur fallait des coups de pouce des gouvernements capitalistes, ils devaient se soumettre au contrôle de leurs affaires par l’État. Un tel cours des choses, toutefois, était fermement rejeté par Wall Street et les géants de l’industrie.

Cette dernière crise constitue une énorme dégringolade pour le capital financier américain, habitué à faire la leçon aux autres gouvernements capitalistes à propos des inconvénients des interventions gouvernementales. Brusquement, toutefois, les banquiers et les patrons sont tous unis, de la droite aux modérés et aux libéraux, dans leurs applaudissements à l’adresse du Trésor et de la direction de la Banque centrale des USA pour leur intervention au moment opportun. Ils se soumettent, à contrecœur mais de façon évidente, au regard et au contrôle du gouvernement, soucieux de sauver leur système de la dégringolade.

Avec cette crise, la structure du capitalisme américain entre dans une nouvelle phase. Le gouvernement capitaliste a commencé, fragmentairement d’abord mais peut-être systématiquement à l’avenir, à absorber les obligations et mauvaises dettes de l’oligarchie financière boursière et spéculatrice. À long terme, cela ne peut qu’approfondir la crise en la faisant pénétrer plus au cœur encore de l’organisme du capitalisme américain.

Il s’ensuivra nécessairement des répercussions, non seulement économiques mais politiques aussi, dans le monde entier, du fait que les rivaux impérialistes voient la vulnérabilité des dirigeants des USA. Cela entraînera un affaiblissement de l’impérialisme américain et, dans un même temps, cela va le rendre plus dangereux encore quand il cherchera à sortir de sa crise.

C’est n’est pas un hasard si, le 16 septembre, au beau milieu de ses comptes rendus détaillés de la crise financière, le Wall Street Journal a publié un article intitulé « Keeping Their Powder Dry: Draft Boards Hang On, Just in Case » (Ils gardent leur poudre au sec : les conseils de révision s’accrochent, juste en prévision). Le journal ne parle pas nécessairement de toute la classe dirigeante, ni du Pentagone, pour l’instant. Mais un réflexe, émergeant du beau milieu de la crise chez l’une ou l’autre section de la classe dirigeante, la pousse à envisager une extension accrue de la guerre comme solution.

Avec le « Nouvel Ordre mondial » qui attise le conflit avec la Russie en Géorgie, qui voudrait envahir le Pakistan et durcir encore la guerre en Afghanistan, la possibilité d’une nouvelle aventure militaire ne devrait jamais être écartée.



La contradiction de base du capitalisme

Les Démocrates veulent rejeter le blâme sur Bush et ils réclament plus de contrôle de l’État. Naturellement, les financiers, en soumettant leurs jeux de spéculations à certaines restrictions, ont obtenu que le gouvernement abandonne la plupart des régulations, et la chose remonte à la Dépression. Cette dérégulation a débuté sous l’administration Reagan et elle a atteint son point culminant avec l’administration Clinton. À l’instigation de Citicorp et de Robert Rubin, qui quitta Goldman Sachs pour devenir secrétaire au Trésor, la Loi Glass-Steagall fut abrogée en 1998 sous la protection de l’actuel conseiller économique de McCain, Phil Gramm. La loi interdit aux banques commerciales de s’impliquer dans des opérations d’investissement, de garantir des stocks d’actions et de se livrer à des opérations boursières, de garantie et à toutes autres activités ayant facilité une prolifération de spéculations gigantesques du genre de celles pratiquées avant la Dépression.

Et, naturellement, l’administration Bush sabota toutes les tentatives de décourager ces prédateurs que sont les prêteurs sur hypothèques et elle laissa le champ complètement libre à toutes les formes de spéculations boursières échappant à tout contrôle et portant sur des milliers de milliards de dollars, ce qui augmenta les risques en les généralisant à la totalité du système financier mondial. Mais, en dépit de toute la démagogie affichée par le Parti démocratique, l’administration Bush n’est nullement la cause de la crise.

L’intervention du gouvernement, le régulation plus sévère des monopoles et des pratiques plus « prudentes » ne peuvent surmonter la contradiction fondamentale du capitalisme : le propriété privée des moyens sociaux d’une production globalisée.

C’est une contradiction irréconciliable qu’une infime minorité contrôle la production de la richesse mondiale à son propre profit. C’est une contradiction irréconciliable que cette appareil mondial s’arrête de fonctionner quand il y a une crise de profitabilité pour les patrons. Et une telle crise surgit toujours, tôt ou tard, en raison de l’anarchie de la production capitaliste.

Aucun capitaliste ne sait où ce qui est produit peut être vendu. Mais, dans la précipitation vers la « part du marché » en vue du profit le plus élevé, chaque groupe capitaliste est forcé d’accroître sa production.

Simultanément, les lois du capitalisme forcent chaque capitaliste à réduire les salaires des travailleurs autant que faire se peut. Au cours des trois dernières décennies, la classe capitaliste a créé un système capitaliste à bas salaires qui dresse les travailleurs les uns contre les autres à l’échelle mondiale. Cela ne fait qu’aggraver et accélérer la contradiction du système du profit.

Sous le capitalisme, la production est anarchique et, en fin de compte, elle prolifère à un point où les travailleurs ne peuvent plus acheter ce qui est produit à un prix qui rapportera un profit au patron. L’anarchie de la production se reflète dans l’anarchie du système financier dans sa crise actuelle.

Dans la crise actuelle, les milliardaires du sommet de la société capitaliste peuvent perdre une partie de leur richesse, qui n’existait réellement que sur papier, mais ils gardent leurs luxueuses résidences, leurs serviteurs, les limousines et leurs jets privés. Ce sont les travailleurs qui encaissent le choc de la crise économique.

La seule façon d’en sortir, c’est la voie de la résistance – comme le mouvement pour mettre un terme aux saisies, qui acquiert de la force un peu partout dans le pays.

Fred Goldstein

Traduit par Jean-Marie Flémal pour Investig'Action

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20/09/2008

Brigitte Bardot au pouvoir...

 

 

Sarah Palin, je ne peux pas m'empêcher de dire que les américains ne méritent pas ça. L'incarnation de la vulgarité d'esprit, de l'ignorance porter en oriflamme, de la violence revancharde d'une classe petite bourgeoise laminée par trop d'années de discours débilitants et de souffrance économique, ne peut pas représenter à elle seule le peuple américains même si celui ci est capable du pire comme du meilleur. D'imaginer un instant que cette folle furieuse, manipulatrice, puisse un jour être celle qui décide d'appuyer ou non sur le déclancheur atomique me fait froid dans le dos. Après huit ans de Busheries ce peuple mérite un peu de paix et de sérieux et non pas de voir arriver l'échevelée et sa médiocrité en bandoulière. Ordinairement j'aime ce qui sort du rang, ce qui étonne, ce qui surprend mais là la dose est un peu forte pour mon esprit cartésien. La puissance de l'Amérique est encore trop prégnante pour me désintéresser totalement de ce qui s'y passe et Sarah est un cauchemar pour toutes les femmes du monde. Elle est ce qui se fait de plus rétrograde elle, sa religion nauséeuse, ses fusils et sa morale aux petits pieds.

Anti interruption de grossesse même après un viol, anti homosexuels qu'elle présente comme des pervers il ne lui manque que d'affirmer haut et fort son penchant pour la suprématie de la race blanche pour faire le plein de ce qui ce l'Amérique peut accessoirement produire. Pour ceux qui pensent que les femmes au pouvoir sont différentes des hommes Sarah Palin donne la preuve qu'elles peuvent être dangereuses lorsqu'elles sont aussi connes que leurs congénères masculins. Elle ne fait pas de politique, elle n'oppose pas une pensée à une autre, elle ne discute pas, elle se contente de ressasser la liste des clichés acquise durant son expérience de pompom girl ou Miss Tshirt mouillé. Certains vont jusqu'à la décrire comme une femme sexy... Y'en a qui bandent pour des trucs vraiment « space » mais ce que je peux parfaitement comprendre dans l'intimité me donne des frissons d'angoisse appliqué au pouvoir.

Imaginez Brigitte Bardot au pouvoir et vous aurez une image assez parlante de ce que Palin représente intellectuellement pour les américains...

 

Rita Cadillac

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19/09/2008

Rien de plus minimal que la laïcité.



La laïcité n’est pas une doctrine, puisqu’elle dit que la puissance publique n’a rien à dire s’agissant du domaine de la croyance et de l’incroyance, et que c’est précisément cette abstention qui assure la liberté de croire et de ne pas croire et changer d'avis. Ce n’est pas non plus un courant de pensée au sens habituel du terme : on n’est pas laïque comme on est catholique, musulman, stoïcien, bouddhiste, etc. C’est le contraire : on peut être à la fois laïque et catholique, laïque et musulman, etc. La laïcité n’est pas une doctrine, mais un principe politique visant à organiser le plus largement possible la cœxistence des libertés.

La laïcité c'est la liberté.

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18/09/2008

Ces verts sévères

Ce que je j'aime dans les villes c'est l'inexistence de contrôle social, l'anonymat quand je change de quartier, la foule et la possibilité de rencontrer des gens si je veux à l'heure que JE choisie. C'est pour des toutes ces raisons que j'aime Manhatan et que je déteste les petites villes. Ce que je ne cherche pas en ville: le silence, l'air pur, les petites fleurs, la tranquillité. Pour cela il y a les quartiers résidentiels, la province, ou la campagne. Aussi la ville que les verts prétendent nous imposer est-elle très exactement à l'opposée de ce que j'ai envie de vivre. Des transports publics qui ne fonctionnent qu'aux heures de pointes c'est à dire pour aller et revenir du travail, des bistrots ou personne ne crie ni ne chante, des passants habillés uniformément de produits naturels...bref le calme d'une ville de province. L'horreur ! l'ennui, le calibrage, l'uniformité, l'obligation de rencontrer mes voisins, l'interdiction du choix et de la liberté voilà ce que nous proposent les Verts. Un monde de télé-tobies, pour enfants attardés dans lequel tout le monde il est beau tout le monde il est gentil.

L'utopie d'un paradis perdu et pollué par les voitures, les cigarettes, l'excès d'alcool, la maladie, la mort... ça me rappelle quelque chose. Un esprit vide dans un corps sain qui, s'il ne pêche pas par excès de vie, pourra trainer sa vacuité jusqu'à la fin des temps. On pourrait sourire à cela si les écolos n'avaient décidé de faire notre « bonheur » contre notre gré et bien qu'ils se prétendent démocrates, un groupe politique qui m'impose l'interdiction formelle d'être faillible, d'être humaine ne me dit rien vaille. Je refuse que quiconque m'impose la bonne santé joufflue d'un monde qui évacue l'humanité pour la remplacer par des paranos tellement préoccupés par leur santé qu'ils en oublient de faire la fête et de prendre une bonne cuite.

J'aime la viande en sauce, les bagarres, les hurlements de plaisir dans la nuit,les sirènes de voitures de flics, le sourire dans hommes dans la rue, la ville qui pulse même la nuit, j'ai besoin d'entendre vivre autour de moi et c'est en cela je suis un rat urbain parfaitement adapté qui refuse le monde aseptisé que veulent imposer les peines à jouir verts.


Rita Cadillac

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12/09/2008

Le Bronx à Vernier

Vernier charmante commune de la banlieue de Genève, sa pollution, ses barres d'immeubles et ses petites maisons aux jardins fleuris qui embaument le conformisme paisible. Une cité dortoir comme tant d'autres, victime d'un urbanisme débile de classe et dont le gouvernement se prétend de gauche. Encore un socialo à la petite semaine qui n'hésite pas à savonner la planche de son petit camarade de parti en lice pour le poste vacant de Conseiller administratif. On pourrait en rire car il ne s'agit somme toute que d'une bagarre entre frères ennemis mais il est à craindre que cela finisse par faire le jeux des populistes. Le conseiller socialo en place à l'air de prendre comme une offense le fait qu'un autre socialiste soit candidat. Aurait-il quelque chose à cacher ? C'est la questions que les verniolans se posent ces jours en voyant ce qui se joue dans les couloirs feutrés de la mairie.

C'est les « rois maudits » à la petite semaine. Toutes les intrigues de palais sont là, les alliances contre nature verts-libéraux, socialo-MCG, du pur délire politique ou l'on voit la gauche mener une campagne sourde mais efficace contre son propre candidat au profit de la droite. Tous les coups sont permis, les bruits les plus indigestes sur la sexualité des uns et des autres, les coups bas, les menaces. Ce n'est plus le très paisible canton de Genève c'est le Bronx. Pendant ce temps là, malgré ce maelström saumâtre autour de lui Alain Charbonnier fait son travail de candidat. On peut le voir aller à la rencontre les citoyens, à l'écoute des problèmes des verniolans, souriant, paisible et modeste avec la fraicheur politique de quelqu'un que ses convictions portent.

Que sont devenues les promesses, les déclarations tonitruantes sur la justice sociale ou le bien être des citoyens de ceux qui aujourd'hui faisant fi des raisons pour lesquelles ils ont été élus ne se distinguent plus de ceux qu'ils critiquaient hier encore ? Quel crédit peut-on accorder à des candidats qui se comportent comme des voyous et à des élus qui pour ne pas risquer de remise en cause leurs actes sont capables de toutes les trahisons ? Alain Charbonnier est un bon candidat car il a la tranquillité sereine des gens honnêtes. Ce qui n'est pas si courant en ces temps troublés de campagne électorale.

Bonne chance Alain !

Rita Cadillac


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09/09/2008

Remballe ton pape

Communiqué

Du 12 au 16 septembre le pape Joseph Ratzinger (alias Benoît XVI) effectuera une tournée en France et sera reçu par Sarkozy et le gouvernement.

Adepte de la religion comme outil de pacification sociale, Sarkozy n'hésite pas à dérouler le tapis rouge à l'église catholique qui, en tant qu'institution a toujours prôné le retour à l'ordre moral : condamnation de l'homosexualité, attaques contre le droit des femmes à disposer de leur corps (IVG, contraception), dénonciation de l'usage du préservatif. A cela s'ajoute un soutien sans faille et jamais démenti à de nombreux régimes réactionnaires et un combat permanent contre l'émancipation des travailleurs et des travailleuses et plus généralement les avancées progressistes conquises par les peuples.
Nous refusons toute emprise des religions sur la société. Cette vigilance contre les religions est d'abord un combat concret, pour le droit des femmes à disposer de leur corps, pour le respect de la dignité et des droits des homosexuel-les, pour la liberté d'expression, pour la défense d'un service public laïc de l'éducation et de la santé, pour le droit de chaque individu à vivre, aimer et mourir comme il le souhaite. Nous défendons le respect intransigeant de l'épanouissement et de l'autonomie des individus. Un projet qui passe par un combat collectif pour l'émancipation sociale.
Alors que le pape s'exprimera à Notre-Dame de Paris :
"Alternative libertaire"appelle à participer à la manifestation organisée par le Collectif Remballe ton pape (qui regroupe de nombreuses associations et organisations) :
A Paris
Le vendredi 12 septembre, 18h30, Métro Filles-du-Calvaire.

source : "Alternative libertaire"
le 8 septembre 2008

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08/09/2008

Oui papa, oui chéri, oui patron...

Y'en a marre. Ce slogan féministe est toujours d'actualité mais avec d'infinies nuances. Pourtant c'était un peu la teneur des discussions de femmes lors de la course d'école des conseillers municipaux de Genève. Cet événement est censé permettre aux élus de se rencontrer de manière informelle. Il faisait un temps de chien, et après un déjeuner très rustique et quelques verres de vins du pays l'inévitable discussion sur le sexe s'invite à notre table. De rires en confidences les femmes ont commencé à se lacher un peu et c'est là qu'est née La liste. Pas celles des hommes politiques les plus sexy, non celle là on l'avait faite l'année dernière, cette fois ci c'était plus précis, plus grivois et beaucoup plus amusant.


Au moment de se mettre à table dans tous les sens du terme, un petit PDC se penche vers mon oreille et me dit "réserve une table qu'on ne se retrouve pas avec les "loosers", premiers éclats de rire. Quelques nanas s'aglutinent autour de la chaire fraiche masculine et dévoilent leurs fantasmes sado-maso en citant nomément à qui elles feraient quoi. Fou rire général, café, cognac, promenade sous la pluie battante pour les sportifs et re-café cognac pour les gens normaux. Radio moquette à fond chacun y va de son potin et les hommes ne sont pas les derniers à trahir les secrets d'alcove de leurs potes avec des mines gourmandes.


Comme pour se faire pardonner ce moment d'égarement le retour en train aura été studieux et très politique, mais au fond du regard de chacun brillait cette étincelle rieuse qui est la marque de l'amitié naissante. Cette rencontre aura été vraiment très informelle, j'en ris encore. N'esperez pas que je raconte ici ce qui c'est dit même s'il est vrai que mon regard sur certains politique à changé depuis...


Rita Cadillac


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07/09/2008

Il y a trente et un ans que gilles Deleuze a entarté BHL

Publié 3 septembre 2008 Culture

Après les nouvelles et récentes déclarations de BHL dans Le Monde du type “choses vues en Georgie” (faisant suite à l’article dans Libé l’appel signé avec Glucksman demandant l’entrée de la Georgie dans l’OTAN), le rappel de ce texte de Gilles Deleuze, écrit en 1977, est une bouffée d’air.
Sur le blog de jacques Marie  Bourget rediffusé par l’autre réseau.

5 juin 1977.

Que penses-tu des « nouveaux philosophes » ?

Rien. Je crois que leur pensée est nulle. Je vois deux raisons possibles à cette nullité. D’abord ils procèdent par gros concepts, aussi gros que des dents creuses, LA loi, LE pouvoir, LE maître, LE monde, LA rébellion, LA foi, etc. Ils peuvent faire ainsi des mélanges grotesques, des dualismes sommaires, la loi et le rebelle, le pouvoir et l’ange. En même temps, plus le contenu de pensée est faible, plus le penseur prend d’importance, plus le sujet d’énonciation se donne de l’importance par rapport aux énoncés vides (« moi, en tant que lucide et courageux, je vous dis…, moi, en tant que soldat du Christ…, moi, de la génération perdue…, nous, en tant que nous avons fait mai 68…, en tant que nous ne nous laissons plus prendre aux semblants… ». Avec ces deux procédés, ils cassent le travail. Car ça fait déjà un certain temps que, dans toutes sortes de domaines, les gens travaillent pour éviter ces dangers-là. On essaie de former des concepts à articulation fine, ou très différenciée, pour échapper aux grosses notions dualistes. Et on essaie de dégager des fonctions créatrices qui ne passeraient plus par la fonction-auteur (en musique, en peinture, en audio-visuel, en cinéma, même en philosophie). Ce retour massif à un auteur ou à un sujet vide très vaniteux, et à des concepts sommaires stéréotypés, représente une force de réaction fâcheuse. C’est conforme à la réforme Haby : un sérieux allègement du « programme » de la philosophie.

Dis-tu cela parce que B.-H. Lévy vous attaque violemment, Guattari et toi, dans son livre Barbarie à visage humain ?

Non, non, non. Il dit qu’il y a un lien profond entre L’Anti-Œdipe et « l’apologie du pourri sur fumier de décadence » (c’est comme cela qu’il parle), un lien profond entre L’Anti-Œdipe et les drogués. Au moins, ça fera rire les drogués. Il dit aussi que le Cerfi est raciste : là, c’est ignoble. Il y a longtemps que je souhaitais parler des nouveaux philosophes, mais je ne voyais pas comment. Ils auraient dit tout de suite : voyez comme il est jaloux de notre succès. Eux, c’est leur métier d’attaquer, de répondre, de répondre aux réponses. Moi, je ne peux le faire qu’une fois. Je ne répondrai pas une autre fois. Ce qui a changé la situation pour moi, c’est le livre d’Aubral et de Delcourt, Contre la nouvelle philosophie. Aubral et Delcourt essaient vraiment d’analyser cette pensée, et ils arrivent à des résultats très comiques. Ils ont fait un beau livre tonique, ils ont été les premiers à protester. Ils ont même affronté les nouveaux philosophes à la télé, dans l’émission « Apostrophes ». Alors, pour parler comme l’ennemi, un Dieu m’a dit qu’il fallait que je suive Aubral et Delcourt, que j’aie ce courage lucide et pessimiste.

Si c’est une pensée nulle, comment expliquer qu’elle semble avoir tant de succès, qu’elle s’étende et reçoive des ralliements comme celui de Sollers ?

Il y a plusieurs problèmes très différents. D’abord, en France on a longtemps vécu sur un certain mode littéraire des « écoles ». Et c’est déjà terrible, une école : il y a toujours un pape, des manifestes, des déclarations du type « je suis l’avant-garde », (les excommunications, des tribunaux, des retournements politiques, etc. En principe général, on a d’autant plus raison qu’on a passé sa vie à se tromper, puisqu’on peut toujours dire « je suis passé par là ». C’est pourquoi les staliniens sont les seuls à pouvoir donner des leçons d’antistalinisme. Mais enfin, quelle que soit la misère des écoles, on ne peut pas dire que les nouveaux philosophes soient une école. Ils ont une nouveauté réelle, ils ont introduit en France le marketing littéraire ou philosophique, au lieu de faire une école. Le marketing a ses principes particuliers :

1. il faut qu’on parle d’un livre et qu’on en fasse parler, plus que le livre lui-même ne parle ou n’a à dire. A la limite, il faut que la multitude des articles de journaux, d’interviews, de colloques, d’émissions radio ou télé remplacent le livre, qui pourrait très bien` ne pas exister du tout. C’est pour cela que le travail auquel se donnent les nouveaux philosophes est moins au niveau des livres qu’ils font que des articles à obtenir, des journaux et émissions à occuper, des interviews à placer, d’un dossier à faire, d’un numéro de Playboy. Il y a là toute une activité qui, à cette échelle et à ce degré d’organisation, semblait exclue de la philosophie, ou exclure la philosophie.

2. Et puis, du point de vue d’un marketing, il faut que le même livre ou le même produit aient plusieurs versions, pour convenir à tout le monde une version pieuse, une athée, une heideggerienne, une gauchiste, une centriste, même une chiraquienne ou néo-fasciste, une « union de la gauche » nuancée, etc. D’où l’importance d’une distribution des rôles suivant les goûts. Il y a du Dr Mabuse dans Clavel, un Dr Mabuse évangélique, Jambet et Lardreau, c’est Spöri et Pesch, les deux aides à Mabuse (ils veulent « mettre la main au collet » de Nietzsche). Benoist, c’est le coursier, c’est Nestor. Lévy, c’est tantôt l’imprésario, tantôt la script-girl, tantôt le joyeux animateur, tantôt le dise-jockey. Jean Cau trouve tout ça rudement bien ; Fabre-Luce se fait disciple de Glucksmann ; on réédite Benda, pour les vertus du clerc. Quelle étrange constellation.

Sollers avait été le dernier en France à faire encore une école vieille manière, avec papisme, excommunications, tribunaux. Je suppose que, quand il a compris cette nouvelle entreprise, il s’est dit qu’ils avaient raison, qu’il fallait faire alliance, et que ce serait trop bête de manquer ça. Il arrive en retard, mais il a bien vu quelque chose. Car cette histoire de marketing dans le livre de philosophie, c’est réellement nouveau, c’est une idée, il « fallait » l’avoir. Que les nouveaux philosophes restaurent une fonction-auteur vide, et qu’ils procèdent avec des concepts creux, toute cette réaction n’empêche pas un profond modernisme, une analyse très adaptée du paysage et du marché. Du coup, je crois que certains d’entre nous peuvent même éprouver une curiosité bienveillante pour cette opération, d’un point de vue purement naturaliste ou entomologique. Moi, c’est différent, parce que mon point de vue est tératologique : c’est de l’horreur.

Si c’est une question de marketing, comment expliques-tu qu’il ait fallu les attendre, et que ce soit maintenant que ça risque de réussir ? Pour plusieurs raisons, qui nous dépassent et les dépassent eux-mêmes. André Scala a analysé récemment un certain renversement dans les rapports journalistes-écrivains, presse-livre. Le journalisme, en liaison avec la radio et la télé, a pris de plus en plus vivement conscience de sa possibilité de créer l’événement (les fuites contrôlées, Watergate, les sondages ?). Et de même qu’il avait moins besoin de se référer à des événements extérieurs, puisqu’il en créait une large part, il avait moins besoin aussi de se rapporter à des analyses extérieures au journalisme, ou à des personnages du type « intellectuel », « écrivain » : le journalisme découvrait en lui-même une pensée autonome et suffisante. C’est pourquoi, à la limite, un livre vaut moins que l’article de journal qu’on fait sur lui ou l’interview à laquelle il donne lieu. Les intellectuels et les écrivains, même les artistes, sont donc conviés à devenir journalistes s’ils veulent se conformer aux normes. C’est un nouveau type de pensée, la pensée-interview, la pensée-entretien, la pensée-minute. On imagine un livre qui porterait sur un article de journal, et non plus l’inverse. Les rapports de force ont tout à fait changé, entre journalistes et intellectuels. Tout a commencé avec la télé, et les numéros de dressage que les interviewers ont fait subir aux intellectuels consentants. Le journal n’a plus besoin du livre. Je ne dis pas que ce retournement, cette domestication de l’intellectuel, cette journalisation, soit une catastrophe. C’est comme ça : au moment même où l’écriture et la pensée tendaient à abandonner la fonction-auteur, au moment où les créations ne passaient plus par la fonction-auteur, celle-ci se trouvait reprise par la radio et la télé, et par le journalisme. Les journalistes devenaient les nouveaux auteurs, et les écrivains qui souhaitaient encore être des auteurs devaient passer par les journalistes, ou devenir leurs propres journalistes. Une fonction tombée dans un certain discrédit retrouvait une modernité et un nouveau conformisme, en changeant de lieu et d’objet. C’est cela qui a rendu possible les entreprises de marketing intellectuel. Est-ce qu’il y a d’autres usages actuels d’une télé, d’une radio ou d’un journal ? Évidemment, mais ce n’est plus la question des nouveaux philosophes. Je voudrais en parler tout à l’heure.

Il y a une autre raison. Nous sommes depuis longtemps en période électorale. Or, les élections, ce n’est pas un point local ni un jour à telle date. C’est comme une grille qui affecte actuellement notre manière de comprendre et même de percevoir. On rabat tous les événements, tous les problèmes, sur cette grille déformante. Les conditions particulières des élections aujourd’hui font que le seuil habituel de connerie monte. C’est sur cette grille que les nouveaux philosophes se sont inscrits dès le début. Il importe peu que certains d’entre eux aient été immédiatement contre l’union de la gauche, tandis que d’autres auraient souhaité fournir un brain-trust de plus à Mitterrand. Une homogénéisation des deux tendances s’est produite, plutôt contre la gauche, mais surtout à partir d’un thème qui était présent déjà dans leurs premiers livres : la haine de 68. C’était à qui cracherait le mieux sur mai 68. C’est en fonction de cette haine qu’ils ont construit leur sujet d’énonciation : « Nous, en tant que nous avons fait mai 68 ( ?? ), nous pouvons vous dire que c’était bête, et que nous ne le ferons plus. » Une rancœur de 68, ils n’ont que ça à vendre. C’est en ce sens que, quelle que soit leur position par rapport aux élections, ils s’inscrivent parfaitement sur la grille électorale. A partir de là, tout y passe, marxisme, maoïsme, socialisme, etc., non pas parce que les luttes réelles auraient fait surgir de nouveaux ennemis, de nouveaux problèmes et de nouveaux moyens, mais parce que LA révolution doit être déclarée impossible, uniformément et de tout temps. C’est pourquoi tous les concepts qui commençaient à fonctionner d’une manière très différenciée (les pouvoirs, les résistances, les désirs, même la « plèbe ») sont à nouveau globalisés, réunis dans la fade unité du pouvoir, de la loi, de l’État, etc. C’est pourquoi aussi le Sujet pensant revient sur la scène, car la seule possibilité de la révolution, pour les nouveaux philosophes, c’est l’acte pur du penseur qui la pense impossible.

Ce qui me dégoûte est très simple : les nouveaux philosophes font une martyrologie, le Goulag et les victimes de l’histoire. Ils vivent de cadavres. Ils ont découvert la fonction-témoin, qui ne fait qu’un avec celle d’auteur ou de penseur (voyez le numéro de Playboy : c’est nous les témoins…). Mais il n’y aurait jamais eu de victimes si celles-ci avaient pensé comme eux, ou parlé comme eux. Il a fallu que les victimes pensent et vivent tout autrement pour donner matière à ceux qui pleurent en leur nom, et qui pensent en leur nom, et donnent des leçons en leur nom. Ceux qui risquent leur vie pensent généralement en termes de vie, et pas de mort, d’amertume et de vanité morbide. Les résistants sont plutôt de grands vivants. Jamais on n’a mis quelqu’un en prison pour son impuissance et son pessimisme, au contraire. Du point de vue des nouveaux philosophes, les victimes se sont fait avoir, parce qu’elles n’avaient pas encore compris ce que les nouveaux philosophes ont compris. Si je faisais partie d’une association, je porterais plainte contre les nouveaux philosophes, qui méprisent un peu trop les habitants du Goulag.

Quand tu dénonces le marketing, est-ce que tu milites pour la conception vieux-livre, ou pour les écoles ancienne manière ?

Non, non, non. Il n’y a aucune nécessité d’un tel choix : ou bien marketing, ou bien vieille manière. Ce choix est faux. Tout ce qui se passe de vivant actuellement échappe à cette alternative. Voyez comme les musiciens travaillent, comme les gens travaillent dans les sciences, comme certains peintres essaient de travailler, comment des géographes organisent leur travail (cf. la revue Hérodote). Le premier trait, c’est les rencontres. Pas du tout les colloques ni les débats, mais, en travaillant dans un domaine, on rencontre des gens qui travaillent dans un tout autre domaine, comme si la solution venait toujours d’ailleurs. Il ne s’agit pas de comparaisons ou d’analogies intellectuelles, mais d’intersections effectives, de croisements de lignes. Par exemple (cet exemple est important, puisque les nouveaux philosophes parlent beaucoup d’histoire de la philosophie), André Robinet renouvelle aujourd’hui l’histoire de la philosophie, avec des ordinateurs ; il rencontre forcément Xenakis. Que des mathématiciens puissent faire évoluer ou modifier un problème d’une tout autre nature ne signifie pas que le problème reçoit une solution mathématique, mais qu’il comporte une séquence mathématique qui entre en conjugaison avec d’autres séquences. C’est effarant, la manière dont les nouveaux philosophes traitent « la » science. Rencontrer avec son propre travail le travail des musiciens, des peintres ou des savants est la seule combinaison actuelle qui ne se ramène ni aux vieilles écoles ni à un néo-marketing. Ce sont ces points singuliers qui constituent des foyers de création, des fonctions créatrices indépendantes de la fonction-auteur, détachées de la’ fonction-auteur. Et ça ne vaut pas seulement pour des croisements de domaines différents, c’est chaque domaine, chaque morceau de -domaine, si petit soit-il, qui est déjà fait de tels croisements. Les philosophes doivent venir de n’importe où : non pas au sens où la philosophie dépendrait d’une sagesse populaire un peu partout, mais au sens où chaque rencontre en produit, en même temps qu’elle définit un nouvel usage, une nouvelle position d’agencements - musiciens sauvages et radios pirates. Eh bien, chaque fois que les fonctions créatrices désertent ainsi la fonction-auteur, on voit celle-ci se réfugier dans un nouveau conformisme de « promotion ». C’est toute une série de batailles plus ou moins visibles : le cinéma, la radio, la télé sont la possibilité de fonctions créatrices qui ont destitué l’Auteur ; mais la fonction-auteur se reconstitue à l’abri des usages conformistes de ces médias. Les grandes sociétés de production se remettent à favoriser un « cinéma d’auteur » ; Jean-Luc Godard trouve alors le moyen de faire passer de la création dans la télé ; mais la puissante organisation de la télé a elle-même ses fonctions-auteur par lesquelles elle empêche la création. Quand la littérature, la musique, etc., conquièrent de nouveaux domaines de création, la fonction-auteur se reconstitue dans le journalisme, qui va étouffer ses propres fonctions créatrices et celles de la littérature. Nous retombons sur les nouveaux philosophes : ils ont reconstitué une pièce étouffante, asphyxiante, là où un peu d’air passait. C’est la négation de toute politique, et de toute expérimentation. Bref, ce que je leur reproche, c’est de faire un travail de cochon et que ce travail s’insère dans un nouveau type de rapport presse-livre parfaitement réactionnaire : nouveau, oui, mais conformiste au plus haut point. Ce ne sont pas les nouveaux philosophes qui importent. Même s’ils s’évanouissent demain, leur entreprise de marketing sera recommencée. Elle représente en effet la soumission de toute pensée aux médias ; du même coup, elle donne à ces médias le minimum de caution et de tranquillité intellectuelles pour étouffer les tentatives de création qui les feraient bouger eux-mêmes. Autant de débats crétins à la télé, autant de petits films narcissiques d’auteur, d’autant moins de création possible dans la télé et ailleurs. Je voudrais proposer une charte des intellectuels, dans leur situation actuelle par rapport aux médias, compte tenu des nouveaux rapports de force : refuser, faire valoir des exigences, devenir producteurs, au lieu d’être des auteurs qui n’ont plus que l’insolence des domestiques ou les éclats d’un clown de service. Beckett, Godard ont su s’en tirer, et créer de deux manières très différentes : il y a beaucoup de possibilités, dans le cinéma, l’audio-visuel, la musique, les sciences, les livres… Mais les nouveaux philosophes, c’est vraiment l’infection qui s’efforce d’empêcher tout ça. Rien de vivant ne passe par eux, mais ils auront accompli leur fonction s’ils tiennent assez la scène pour mortifier quelque chose.

Ce texte de Gilles Deleuze a été publié comme Supplément au n°24, mai 1977, de la revue bimestrielle Minuit, et distribué gratuitement.

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04/09/2008

Le miroir aux alouettes

 

Quand les finances de l'état sont bonnes c'est grâce à l'action vigilante du gouvernement, quand elles sont dans le rouge c'est la faute à la conjoncture. En fait c'est exactement l'inverse qui se passe et dans un futur proche, genre l'année prochaine, les résultats de cette année seront là pour le prouver. Forts des bons résultats de l'année passée on nous annonce une baisse d'impôts de 10% pour les classes moyennes... Définition moderne des classe moyennes : personnes en emploi qui touchent un plus que le salaire minimum. Cette baisse d'impôts est une fausse bonne nouvelle car il est probable qu'elle sera activée au moment précis ou la crise financière mondiale que nous vivons aujourd'hui se répercutera en Suisse. Or nous savons que Genève est particulièrement sensible aux mouvements financiers. Nous nous retrouverons donc en 2010 dans une conjoncture basse avec une baisse d'impôts qui aura pour conséquences de nouvelles difficultés pour l'Etat à remplir ses diverses missions. Quelle sera la classe qui va le plus sentir ces fluctuations ?... La classe moyenne basse et les personnes qui bénéficient le plus des prestations de l'Etat à savoir les citoyens les plus modestes. Une réussite d'anticipation sociale et solidaire...

mais tout le monde s'en fout, les élections seront passées et l'effet d'annonce de cette baisse d'impôts aura permis aux mêmes de se maintenir au pouvoir 4 ans encore. Point n'est besoin d'être grand clerc pour savoir que certains partis s'opposeront à cette baisse d'impôts et qu'ils seront comme d'hab qualifiés de rétrogrades et étatistes à la solde de Caracas. Les partis populistes feront le plein avec ceux qui n'auront bénéficié ni de la haute, ni de la basse conjoncture et qui se retrouverons en grande difficulté parce que notre gouvernement n'est ni de gauche, ni de droite mais tout simplement démago.


Rita Cadillac

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03/09/2008

La « sociétécivile » ?????????????

Je suis certainement la plus irréductible imbécile de cette République mais je ne savais pas ce que voulait dire « société civile ». Comme d'hab je suis allée consulter mon pote Robert (le petit) le résultat est encore pire que ce que je croyais : l'ensemble des citoyens qui n'appartiennent pas au monde politique. Que ceux qui sont dans ce cas lèvent le doigt et si par hasard il y en a nous avons un grave problème de démocratie. Le glissement sémantique n'est pas anodin, de mon temps on opposait civiles aux militaires et dans mes livre d'Histoire il était dit que la démocratie était le pouvoir du peuple. Celui ci déléguait ce pouvoir à des personnes en lesquelles il avait confiance pour défendre les intérêts communs de la population .

Politique : Art et pratique du gouvernement des sociétés humaines...(toujours Robert) Mais normalement chez nous c'est le parlement qui gouverne et ce parlement élit des citoyens, n'est ce pas ? Le seul fait qu'ils aient été élus leur retire donc leur statut de... sociétaires civils, pour en faire quoi ? « Des politiques » oui mais on vient de dire que c'étaient des citoyens de la société civile qui faisaient la politique du peuple par délégation. Je ne comprends rien de rien. Mais une chose est certaine plutôt que de nous tartir avec l'enseignement du « fait religieux » on devrait plutôt développer une matière qui s'intitulerait : le fait politique, soit l'instruction civique et pas civile... et en passant un peu d'Histoire des civilisations ne serait pas un luxe.


Rita Cadillac

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02/09/2008

Mieux vaut un chien mort...


Mieux vaut un chien mort sur le chemin de la plage qu'une horloge sur le chemin de l'usine. Forte de dicton eauvivien j'ai fait le tour de mes interventions sur la toile et si je ne me connaissais pas je dirais « coupable! », encore une expression de mon quartier qui désigne les menteurs, les faiseurs, les faux culs. Je me suis laissée entrainer dans une spirale d'insouciance qui m'a d'ailleurs fait rater un rendez vous important... Étrange car d'habitude je suis plutôt bonne élève, je n'ai jamais sécher un cours de ma vie, je suis ponctuelle, je fais mes devoirs, je tiens mon agenda à jour. Je n'oublie jamais un anniversaire. Super organisée la meuf, pas un cheveux qui dépasse du chignon et un maquillage impeccable à toute heure et tout à coup pouff! Je déjante simplement, tranquillement comme si je n'étais plus que cette pépette qui rit sur son clavier, comme si personne n'attendait rien d'autre de moi... je m'interroge sur mon travail politique et comme d'habitude lors de cet d'exercice je doute.

Je doute. Pas de la lutte des classes, c'est un fait avéré, pas de la justesse de mon engagement je ne saurais pas faire autrement, mais je doute de mes réserves de patience, de ma capacité à supporter encore longtemps l'inconscience et l'arrogance d'une politique qui va tout droit dans le mur et nous entraine avec elle dans son gâchis. La gauche n'a pas d'humour... C'est vrai mais le constat permanent des difficultés dans lesquelles se débat la majorité des personnes que je rencontre ne me donnent pas envie de passer par pertes et profits cette souffrance quotidienne de basse intensité qui use les regards et efface les sourires. La fin de l'été me rend toujours nostalgique mais cette année cela s'accompagne d'une conscience très aigüe des limites que le temps m'impose. Je peux encore rêver mais je n'ai plus les moyens de réaliser une partie de ces rêves.

C'est pas la déprime, c'est juste un questionnement indispensable pour recentrer mes priorités. Aujourd'hui c'est un peu plus pénible car j'ai de plus en plus de mal à me projeter dans un avenir possible. Depuis trop longtemps sur le quai d'une gare improbable à attendre un train qui ne viendra pas je me dis que je devrais aller à la buvette pour qu'un instant l'attente se transforme en paix.


Rita Cadillac


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Y'en a marre de la mémérisation

 

Avant l'accession des femmes à des postes de pouvoir il était rare qu'on nous fasse tout un plat de la naissance d'un enfant, des commentaires sur la tenue vestimentaire ou sur la manière dont l'un ou l'autre des hommes en place menait sa vie privée. L'exception c'est Sarko mais il n'est pas genevois alors on passe à autre chose. Depuis quelques temps déjà dans les journaux de la place on assiste à une dégradation de la qualité des infos, ce n'est pas un scoop, je sais, mais de là nous gonfler avec les états d'âme des dirigeants il y une marge. Je me fous de savoir qu'ils aiment les petits oiseaux ou les couchers de soleil sur le Bosphore ce qui m'intéresse c'est la politique qu'ils mènent et les mesures qui sont prises ou non pour améliorer le quotidien des citoyens. Il en est des hommes politiques comme des artistes, ils peuvent être excellents dans leurs fonctions et par ailleurs nuls dans leur vie quotidienne. Bon, vous direz qu'il y aussi ceux qui sont nuls du début à la fin mais normalement ceux là ne font pas carrière très longtemps... encore que???

On assiste à une mémérisation de la vie politique, les journalistes font les poubelles et ont remplacer nos bonnes vieilles concierges les services en moins : le courrier, l'escalier, les clés etc. Toutes les rumeurs les plus glauques sont relayées sans doute pour faire de la concurrence aux gratuits mais malheureusement ce n'est pas ce que demandent les lecteurs. Un peu de sérieux et de fond ne nuirait à personne et plutôt que de s'étendre sur la couleur des capotes anglaises d'un tel on pourrait nous dire plus précisément à quelle sauce nous seront mangés par : les SIG, les impôts, les TPG et les assurances. Sur ces sujets quelques déclarations à l'emporte de pièce d'un magistrat ou un autre et hop! on passe aux pipoleries habituelles sur Madona, Salerno ou le Servette et comme si ce n'était suffisamment ringard nous avons droit à 4 pages sur 6 de sports avec les claquages, les transferts et encore une fois les états d'âme des sportifs dont on sait que le discours est tellement calibré qu'on peut répondre pour eux aux questions prévisibles des journalistes.

Quand je vais chez le dentiste je lis Gala avec délectation mais au quotidien j'attends de la presse qu'elle m'informe autrement qu'en me traitant comme une débile et des magistrats, que mon vote à contribuer à faire élire, qu'ils fassent leur travail et pas qu'ils ne me jettent pas de la poudre aux yeux avec des confidences dont je n'ai que faire.


Rita Cadillac


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