06/10/2008

Qu’est- ce qu’une crise systémique, et en quoi cela concerne-t-il l’Europe

 par danielle Bleitrach

 Sauf à en refuser le terme mais en acceptant le fond de l’analyse, à peu près tout le monde accepte en ce mois d’octobre 2008 l’idée répoussée depuis un an qu’il y a crise systémique . Le FMI par la bouche de son directeur DSK ne dit rien d’autre, il ajoute même qu’il faut changer le système financier.  Peut-on pour autant parler de la fin du capitalisme? Nous sommes incontestablement devant la « Très Grande Dépression », à savoir la rare conjonction historique d’une forte dépression économique, d’un effondrement stratégique et d’une crise politique et sociale interne majeure. Et c’est sur cette conjonction historique qui offre un impact puissant à la crise systémique globale : crise immobilière, crise financière, crise économique, guerre commerciale, si l’on ajoute à cela escalade militaire et interventions qui dans un tel contexte peuvent aller jusqu’à l’utilisation du nucléaire pour poursuivre le pillage et crise politique majeure, on a le sentiment que les raisons d’une explosion sociale se rassemblent. On le mesure de plus en plus pour les Etats-unis, mais qu’en est-il de L’Europe ? Partons de ce qui s’est passé samedi à Paris, la réunion convoquée par le Président Sarkozy, cela nous permet de mieux comprendre en quoi crise financière, crise économique et crise politique sont étroitement liées, mais aussi combien les possibilités de changement restent bloquées.

C’est au niveau de l’espace régional européen que le privilège accordé aux marchés financiers, la récession économique et la dépossession de la citoyenneté, se lisent désormais  clairement.  L’Europe apparaît comme un agrégat de peuples désunis, traversé par les influences délétères de la gigantesque escroquerie qu’est le néolibéralisme. Pratiquement l’Union européenne ne représente aucune union, elle n’existe que comme cette forme “idéale” de la mondialisation financiarisée et de l’offensive atlantiste, ce choc des civilisations qui a succédé sans transition à la guerre froide. Un impérialisme porté à un niveau plus élevé par la chute de l’URSS et des pays socialistes européens. Et dans le même temps il est laissé aux Etats nationaux le soin de faire face au sauve qui peut provoqué, mais par qui ? et comment ?

Montée du taux d’exploitation et profits financiers sans investissements productifs

Comme nous le faisons à l’ordinaire, partons de l’actualité et de qui s’est passé samedi 4 octobre, cette tentative- qui ne trompe personne- de trouver une issue collective à la crise témoigne de la réalité de l’Union européenne. La meilleure preuve en est la réunion des pays du G8 européens, le G4. Non seulement cette réunion montre ce qu’il en est de l’appréciation du rôle réel des « petits » pays, mais il faut encore voir ce qu’est le dit G8 donc le G4. C’est une partie « du directoire de la planète » celui dont nous allons voir qu’il a créé cette globalisation financière, ses vautours et ses pilleurs. De surcroît ils ont installé au centre de l’Europe, un marché financier, la zone euro dont nous allons voir le fonctionnement. Cette zone euro est entrée en recession selon la définition officielle puisqu’il n’y a plus de croissance depuis deux mois. le chômage y monte plus que partout. Et les résultats sont même pires qu’aux Etats-Unis.

Mais voyons le contexte général.

A peu près partout dans le monde sous l’influence du capital, et de “son directoire” le trait manifeste est que la part des richesses produites qui reviennent aux salariés et aux pays du Tiers monde, émergents ou non, a été depuis des années en baisse, il y a donc montée du taux d’exploitation. Ce qui a permis une hausse spectaculaire du taux de profit, mais sans que pour autant cette ponction sur les salaires et sur l’immense majorité de la planète se traduisent par des investissements qui garantissent la croissance et les emplois.  La croissance est restée poussive et le chômage une donnée structurelle. Le fameux théorème de Schmidt, le chancelier allemand “les profits d’aujourd’hui sont les emplois de demain” s’est avéré totalement erroné et quand il y a eu emploi, il s’est dégradé, précarisé. Pourquoi ? Simplement parce que l’exploitation  a été redistribuée sous forme de revenus financiers.

Il ne s’agit pas cependant d’un processus aveugle, où par le seul effet de la tendance se seraient modifiés les rapports entre capital productif et capital financier, avec une hyperrentabilité du financier devenu un véritable cancer , il a fallu des décisions, des politiques, qui ont été parfois imposés dans les sang et le plus souvent par la répression.

Il s’agit d’un choix politique mené activement par les pays les plus industrialisés, le G8

Le G8 , (1) est le club des sept principaux pays industrialisés qui prétend être le directoire de l’économie mondiale. C’est à eux que l’on doit « le consensus de Washington »(2), qui a défini  au début des années 1990 que le bien être des peuples passe par l’ouverture des frontières aux capitaux et aux marchandises (3), la libéralisation du commerce et de la finance, la déréglementation et les privatisations, le recul des dépenses publiques et des impôts au profit des activités privées, la primauté des investissements internationaux et des marchés financiers. Bref tout pour les intérêts privés et la finance.

Enfin il faut voir que dans les années 1980,  il y a eu ralentissement de la croissance et début d’une crise du taux de profit d’un cycle de kondratieff.Comme l’a mis en évidence  Schumpeter  c’est le début d’un cycle où l’innovation technologique (ce que certains ont appelé la révolution informationnelle) produit une pression sur les salaires, renforce l’exploitation pour que les travailleurs payent la mutation de la production, le poids de l’innovation. En général après cette étape, la croissance repart, les luttes jouent d’ailleurs un rôle. A cette époque là  d’autres phénomènes interviennent. La course aux armements, à la suite de la guerre du Viet nam, entraîne de plus en plus de la part des Etats-Unis une production de dollars qui ne repose sur aucun répondant. Ce qui est compensé par le fait que par de hauts intérêts et les pétrodollars, ils attirent les capitaux des pays en voie de développement et de leur oligarchie, qui en privent leurs peuples et leur économies nationales.
La dette des pays du G8 en général s’accroît (20,5% du PIB en 1980 à 44,6% en 1995), les marchés et les titres d’Etat de ces pays, au premier rang desquels les Etats-Unis sont devenus un des compartiments les plus actifs du marché financier international et c’est pour, malgré leur endettement, satisfaire leurs financements que les dits pays industrialisés se sont lancés dans des politiques dites de modernisation et de libéralisation financières. (6) Les investisseurs domestiques ne suffisent plus on organise la collecte au plan international, et tous les pays rapatrient les capitaux vers les Etats-Unis, l’Europe et le japon, ce qui asphyxie un peut plus les pays sous développés à qui par ailleurs sous couvert d’endettement (un gouffre qui n’a pas de fin) on va imposer des « ajustements structurels » qui détruisent la plupart de ces pays en profondeur, développent une situation qui aujourd’hui va jusqu’au émeute de la faim (7)
Dans chaque pays cela s’est traduit par une pression sur le salariat comme sur la paysannerie du Tiers monde, avec comme soupape de sureté un endettement systématique pour acheter la production et maintenir une croissance qui sur ces bases là est restée en occident poussive.

Les politiques suivies et la transformation de la finance

Pour comprendre ce rôle nouveau de la finance il faut voir qu’il a débuté avec « le coup de 1979 » (4). Le contexte était celui d’une monnaie étasunienne qui avait renoncé à toute garantie ni d’or, ni de quantité de production au début des années 70 (5),en 1979, les Etats-Unis, à travers la FED, font monter les taux d’intérêt à un niveau jamais atteint. Ce sera la grande victoire du capital financier qui ponctionne sur l’économie réelle et met en oeuvre des séries de techniques destinées à utiliser à tous les niveaux les crédits, en les titrisant c’est-à-dire en les mettant dans les jeux boursiers. Aucune économie réelle ne rapporte du 20% et ce sont pourtant les profits que distribuaient les jeux financiers.

 Le prétexte de la hausse des taux d’intérêts aux Etats-Unis en 1979, est la réponse « au choc pétrolier, la lutte contre l’inflation » qui devient l’objectif essentiel des Banques centrales. Chez nous c’est encore en 2007 et 2008, la doctrine de Trichet, alors que la FED ne cesse depuis août 2007 de lutter contre la récession en baissant les taux d’intérêt, la BCE poursuit la logique des hauts taux d’intérêt. Ce qui va développer un euro fort mais accroître doublement les effets de récession. Résultat la zone euro est entrée en récession alors que l’economie nord-américaine a encore un 2% de croissance, ils ont réussi à reporter une part de leur crise sur l’Europe.
Au cours des années 1980, seconde étape : se met en place le nouveau système financier basé sur la titrisation avec des investisseurs indépendants dans lequel le marché des capitaux prend plus d’importance que les financement bancaire et cela aboutira en Europe à la fois à la privatisation bancaire soumis encore plus aux jeux spéculatifs nés dans le marché des capitaux, avec la zone euro comme zone privilégiée de ce marché des capitaux et sa monnaie unique.
- libéralisation financière radicale, accompagnée de la privatisation des Banques. Si en France, dans un premier temps (deux ans environ) il y a tentative de s’opposer (mollement) à cette logique par le premier gouvernement Mitterrand, très rapidement la spéculation  et l’alignement sur l’Europe font rentrer le gouvernement dit de gauche dans le rang. Et l’opération nationalisation sera l’occasion d’apurer les comptes, de rendre plus compétitif au frais du contribuable le système. Il faut voir que de cette période va naître une vague de milliardaire qui constituent aujourd’hui la garde rapprochée de Sarkozy.
- La création d’un vaste marché des capitaux qui s’est traduite, dans les 15 pays de l’Union européenne par la création d’un marché des capitaux fondé sur la définition de règles communes 1990 et sur la création d’une monnaie commune (1999), l’euro. Non seulement la dite zone euro est ouvert aux profits mais encore des règles sont mises en place pour éviter que les Etats-nationaux sous la pression populaire n’accordent à leur population des augmentations de salaires ou des services publics de qualité, tout doit être et sera sacrifié au marché financier et aux capitaux que l’on prétend attirer.

Un des problèmes essentiels de la période est sans doute qu’aucune force politique ayant pignon sur rue ne remet en question cette zone euro, ne parle d’en sortir, la question est tabou. On peut décrire et dénoncer les politiques de Trichet mais le maximum qui est suggéré est la modification de la BCE.

Résultats

C’est parce qu’il y a eu, derrière les Etats-unis de Reagan et la Grande-Bretagne de Thatcher,  de telles politiques suivies par les autres membres du « directoire » qu’il y a eu « globalisation financière ». Et c’est à cause de cela que je vous parle de crise systémique, parce que c’est bien ce système économique (une mondialisation financiarisée) et politique (un « directoire » des pays industrialisés sous la direction de Etats-Unis) qui est en cause et pas seulement des crédits hypothécaires non solvables. C’est pour cela que le plan Paulson qui consiste à faire payer le contribuable nord-américain, mais aussi au-delà l’ensemble de la population mondiale, pour que des milliardaires puissent aller recommencer dans les paradis fiscaux ne règle rien. Et cela règle d’autant moins que le remboursement des milliardaires se fait une fois de plus par l’émission de dollars sans valeur ce qui accroît l’inflation et fragilise un peu plus ceux qui doivent éponger les dits dollars.

Donc nous avons si nous suivons l’analyse marxiste à partir des années 80, une situation paradoxale, il y a hausse du taux de profit et du taux d’exploitation, mais il n’y a pas investissement parrallèle, pas d’accumulation traditionnelle du capital, il y a une croissance à crédit qui suppose l’afflux des capitaux venus du monde entier pour financer les économies des Etats-Unis, de l’Europe, du japon . Avec l’administration Bush vont s’ajouter les énormes dépenses militaires en particulier la guerre en Irak. Nous avons un impérialisme militaire des Etats-Unis tout à fait classique, mais un impérialisme financier paradoxal, il n’y a pas exportation des capitaux mais pompage des capitaux pour développer une économie de hautes technologies. Mais même sur ce plan là il y a crise de productivité aux Etats-unis.

L’endettement est interne, par exemple le marché hypothécaire, et il y a un déséquilibre dans la balance des paiments, et c’est le financier qui gère. La crise est financière puisque l’endettement des ménages est bloqué et les capitaux ne se précipitent plus pour s’investir. Donc la crise financière est systémique puisque sont bloqués tous ces modes de fonctionnement et comme la finance est désormais l’opérateur de l’économie au niveau mondial, elle gère l’articulation interne et externe.  la récession est là et la cris systémique atteint tout le mode de production.

Il faudrait encore voir les modifications du capital, par exemple comment en France cette période s’est traduite par la montée d’un capital financier et de service, aux dépends d’un capital industriel. Ainsi que les tendances de l’épargne, si aux etats-Unis  48,9 %  des ménages ont des  actions en 1998, en France la proportion est restée lontemps faible mais elle ne cesse de croître ainsi elle était en 1998 de 23,1%, sans atteindre le niveau des nord-américains, la crise financière risque lié au marché immobilier de faire beaucoup de dégâts. C’est comme le surendettement plus faible qu’aux Etats Unis mais qui est en train d’avancer rapidement. cela va au-delà de l’éconmie c’est la légitimité du capitalisme qui est atteinte. Nous n’avons pas à nous en plaindre encore faut-il apporter des explications et intervenir sur le terrain.

Alors maintenant tout le monde s’exastasie parce que les mêmes dénoncent une partie du consensus de Washington, de la doctrine neolibérale, il prônent l’intervention de l’Etat, la réglementation. Mais au profit de qui et par qui ?
La vraie question est celle de qui et au profit qui s’exerce le contrôle sur les fonds publics, et voir les mêmes prétendre réguler, moraliser le marché est pure folie. Si nous croyons un seul mot de cela, nous méritons qu’ils nous tondent un peu plus. Croire par exemple que dans le cadre de l’Union européenne on pourra opérer un tel contrôle est folie. Surtout quand l’on voit que cette union dont la seule vocation a été de nous imposer ces politiques au profit des marchés financiers, quand celui-ci s’effondre sont incapables d’envisager la moindre riposte collective en faveur des peuples.
C’est pourquoi pour revenir à mon propos initial, la rencontre samedi convoquée par Sarkozy était un véritable canular. Non seulement ils décidaient pour l’ensemble de l’Europe, mais encore ils le faisaient parce qu’ils appartenaient « au directoire » qui avait mené les politiques dont nous souffrons aujourd’hui.

Et de surcroît, l’Europe s’est donnée dans la zone euro un véritable carcan, des critères à respecter. Il n’était même plus question d’adopter un plan comparable au plan Paulson, chacun des Etats épongera comme il le pourra. L’essentiel des débats a porté sur le degré de souplesse qui pourrait être introduit dans le “pacte de stabilité européen”. Adopté en 1997, assoupli en 2005, celui-ci impose aux pays de la zone euro de fortes contraintes budgétaires. En fait le “triomphe” de Sarkozy c’est d’avoir pu laisser envisager un certain assouplissement dans le carcan que la zone euro crée à ses membres. C’est à peu près comme celui qui arrête un instant de s’envoyer des coups sur la tête et soupire un peu de soulagement.
Le plus extraordinaire dans l’affaire et dont je ne cesse de m’étonner c’est l’arrogance de ces gens-là, ils prétendent continuer à gérer les affaires du monde au nom de la catastrophe qu’ils ont accompli. Si les parachutes dorés sont un gadget pour amuser le petit peuple, et lui faire oublier l’ampleur du pillage dont il ne cesse d’être victime et ce en parfaite légalité, ils sont en quelque sorte l e symbole de l’impunité dont jouit une classe capitaliste dans les crimes accomplis et qu’elle prétend continuer à accomplir.

Il reste encore une question, s’agit-il de la fin du capital ? Pour passer à une situation révolutionnaire, il y faudrait encore quelques ingrédients, la conscience que nous sommes devant l’inacceptable, le refus non seulement de l’exploitation mais encore de la domination, que ces gesn n’ont aucun droit à prendre des décisions pour nous, les reconnaître comme illégitimes, il faudrait des organisations, la possibilité pour que l’amertume, ce qui risque de devenir le désespoir individuel trouve le collectif, le rassemblement, nous en sommes loin mais c’est souvent au coeur de la nuit qu’ont surgi les événements les plus inattendus. Pour résumer la situation dans un langage bien connu, les conditions objectives d’une changement de société et de pouvoir sont largement réunis, mais les conditions subjectives ne sont pas encore au rendez-vous. Ce qui risque d’aboutir à une sortie de crise où un type d’impérialisme, celui dirigé par les Etats-Unis et leurs alliés que je viens de décrire, va être profondément bouleversé selon des modalités que nous ignorons, mais dans lesquelles les pays européens et nous mêmes Français auront joué un rôle mineur, ce qui peut-être nous condamnera à subir ce que nous n’avons pas su affronter.

Danielle Bleitrach
(1) Le Groupe des huit (G8) est un groupe de discussion et de partenariat économique de huit pays parmi les plus puissants économiquement du monde : les États-Unis, le Japon, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la France, l’Italie, le Canada, et la Russie. Ensemble, les pays du G8 représentent 61% de l’économie mondiale.
D’abord G6 à sa création en 1975, puis G7 (intégration du Canada en 1976), le groupe s’est élargi à la Russie en 1998 pour devenir le G8.
(2)C’est l’économiste britannique John Williamson qui en 1990 trouve l’expression pour désigner le fin du fin de la doctrine néolibérale imposée par les Intitutions financières internationales (Banque Mondiale et FMI) en particulier aux pays en voie de développement, avec trois principes : stabilisation, libéralisation et privatisation. Cette politique cause des dégâts si profonds que l’on peut lui attribuer les crises financières qui dans les années 90 frappent de nombreux pays, la Russie, l’Argentine, l’Asie… Désormais avec la crise financière aux Etats-Unis et en Europe c’est le cœur du directoire financier qui est touché.
(3) La libre circulation des hommes étant au contraire de plus en plus entravée, voire plus récemment criminalisée.
(4) Dumenil et Levy , 2000 et 2003
(5) Avec en prime l’imposition par les Etats-Unis avec la complicité des Saoudiens des petrodollars, soit l’obligation de payer en dollars la facture énergétique.
(6) Il est à noter que la Russie rentre dans le G8 quand elle est en situation de poursuivre la même logique : privilégier les marchés financiers.
(7) L’originalité de la Chine c’est d’avoir tenu son secteur financier. Mais comme la plupart des pays émergents leur croissance est liée à une extraversion de leurs économies avec un blocage de la demande intérieure. Depuis un an la Chine est en train de revoir son modèle et d’aller vers un modèle de développement plus autocentré, un développement endogène, mais dans l’immédiat elle va être confrontée aux effets de la crise.

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