14/04/2009

Lettre ouverte à Madame Valette

Lorsqu'il s'agit de parler de l'Islam les médias, d'une manière générale, donnent exclusivement la parole à des leaders musulmans masculins, sans se préoccuper d’en chercher d’autres parmi les femmes musulmanes. C’est un fait bien connu que les leaders musulmans sont des hommes, barbus de préférence... Les stéréotypes ont la peau dure partout dans le monde.


Madame,

Haideh Moghissi, professeur de sociologie à l’Université de York, a déclaré que les voix rigides, impitoyables et sexistes étaient considérées comme les seules voix valables par les médias occidentaux. Lorsqu’une femme musulmane s’exprime et assume un rôle de meneuse, on la présente toujours comme une militante atypique. Toutefois, la lutte pour l’égalité des sexes et les postes à responsabilités pour les femmes musulmanes gagne du terrain à travers le monde.

L’Université d’Harvard a organisé un séminaire intitulé « Formes émergentes du leadership chez les femmes musulmanes ». Parmi les invités se trouvait Sarah Eltantawi, jeune musulmane candidate au doctorat à l’université et commentatrice dans les médias sur les Affaires américano musulmanes et la politique au Moyen Orient qui écrit sur le contre-terrorisme pour Upfront et le New York Times. Etaient présentes Aisha al-Adawiya, musulmane africaine américaine qui a fondé l’organisation des Femmes dans l’Islam Inc., Shaipe Malushi, poète soufie et écrivain du Kosovo et Nureen Qureshi, jeune présentatrice de télévision et chasseur de têtes en informatique de Mississauga. Ces femmes influentes travaillent à la base du phénomène de discrimination en instaurant le dialogue et créant ainsi des espaces sécurisés pour les autres femmes musulmanes.

Elles pensent que si les hommes privent les musulmanes de leurs droits, alors l’Islam les leur accordera ; tout ce qu’elles doivent faire, c’est réclamer ce qui leur a été donné à l’origine par le prophète Mohamed. Même si comme athée j'ai du mal à souscrire à ce discours je le respecte comme l'expression d'une mouvance importante en terres d'Islam. Ce mouvement populiste des femmes dans l’Islam a également une influence en Europe. A l’occasion d’une Journée Internationale de la Femme, la Fédération internationale des femmes contre l’intégrisme et pour l’égalité a organisé une conférence à Paris.

Fondée après le 11 septembre, cette organisation soutient que l’intégrisme dans toutes les religions se révèle être le plus grand défi pour l’humanité. La bataille pour l’égalité des sexes et l’émancipation ne peut être dissociée de la lutte contre l’extrémisme religieux, selon ses membres.

La conférence intitulée « Leadership des femmes : Indispensable dans la lutte contre le fondamentalisme » a été soutenue par 15 organisations européennes. Les discussions se sont étendues de l’intégrisme tel qu’il existe dans un grand nombre de religions aujourd’hui aux défis pour le leadership des femmes.

Que ce soit l’interdiction de l’avortement aux Etats-Unis, l’opposition au foulard en Europe, l’obligation de se voiler imposée par les Talibans, ou l'injonction de nudité et de jeunesse, ce sont les mêmes empiètements sur la liberté des femmes à disposer de leur corps ou leurs droits à l’éducation et au travail qui est sans cesse remis en cause. Les leaders de ces mouvements fondamentalistes sont toujours des hommes, et les victimes toujours des femmes quel que soit le pays ou la confession.

Les orateurs à la conférence de Paris étaient de religions différentes et  provenaient de pays divers: Etats-Unis, Canada, Australie, France, Grande-Bretagne, Allemagne, Belgique, Suisse, Italie, Pays-Bas, Grèce, Inde et Irak. Ont également participé des représentantes du Conseil national de la Résistance iranienne et des députées de plusieurs pays européens. Toutes s’accordaient pour dire que le fanatisme religieux existe dans toutes les religions et que les femmes sont partout exploitées par les leaders religieux depuis des siècles. Pour vaincre l’intégrisme et la misogynie, nous devons éliminer la culture dominée par les hommes comme étant une culture rétrograde. Ainsi, l’établissement d’une démocratie sans le rôle actif des femmes dans la gestion de la société est impossible.

Apportant leur contribution à la conférence, le Professeur Carole Fontaine de l’Andover Newton Theological School de Boston a qualifié le « patriarcat intégriste » de maladie ; Sushma Dilip-Pankule, représentante de la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté en Inde, a insisté sur le rôle majeur que joue l’intégrisme dans l’infanticide féminin, le mariage des enfants et le sati qui continuent en dépit des restrictions imposées par le gouvernement ; Anissa Boumedienne, avocate, écrivain et femme du feu président algérien Houari Boumedienne, a fermement défendu l’éducation des femmes ; Hoda Shaker Maarouf Al-Naimi, professeur de sciences politiques en Irak, a évoqué « la souffrance des Irakiennes dans un contexte de domination », quant à moi j'ai déclaré qu’il était courant chez les hommes politiques de tous bords de dénoncer l’intégrisme sans autre perspective que le simple constat.

Des Canadiennes musulmanes se sont également exprimées dans une conférence à l’Université du Michigan intitulée « Islam et les femmes : changement social et diversité culturelle dans les communautés musulmanes ». Jasmin Zine faisait partie des organisatrices, maître assistant en sociologie à l’Université Wilfried Laurier, elle a soulevé la question de l’identité ainsi que celle de l’éducation des jeunes filles musulmanes aussi bien dans les écoles islamiques que dans les écoles publiques.

Les médias occidentaux feraient bien de conserver les noms de ces femmes sous le coude pour la prochaine fois qu’ils auront besoin de l’avis d’un leader musulman sur l’actualité.

Cette longue liste n'a qu'un seul but, Madame, vous faire savoir que les femmes musulmanes d'origines arabes ou pas n'ont pas besoin de discours réducteurs et stéréotypés pour mener les luttes qui sont les leurs et qu'il serait temps de comprendre que chaque groupe humain doit trouver son propre chemin vers la démocratie sans être en but aux moralisateurs. Il n'est pas question pour les femmes musulmanes d'avoir de nouveaux maitres à penser, elles sont capables de le faire seules. Votre discours l'autre soir sur Leman Bleu était choquant à plus d'un titre car sous prétexte d'analyse nous y avons senti le mépris en lequel vous tenez les femmes de toutes conditions qui vivent en Islam et cette posture ne diffère en rien de celle que nous dénonçons chez les hommes musulmans ou autres.

 

 

 

 

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Commentaires

@Rita

Étrange que vous ne citiez ni Wafa Sultan, ni Ayaan Hirsi Ali, ni Talisma Nasreen... Islamophobes? (Là on tombe au coeur de la problématique soulevée par Mme Vallette).

"C’est un fait bien connu que les leaders musulmans sont des hommes, barbus de préférence..."

Pas vraiment, tout ceux qui se penchent un tant soit peu sur la question connaissent par coeur la liste des militantes les plus en vue, celles citées précédemment.... @;-) Mais la gauche et les médias ne les apprécient guère...

Pour le reste je suis 100% d'accord: Pourquoi on voit toujours le même Tariq Ramadan sur "TSR Infrarouge" dès qu'il s'agit d'islam?... Homme ou femme à vrai dire ça m'importe peu, mais des voix dissidentes, autentiquement dissidentes, ça existe, ça peut s'exprimer sans encourir les menaces et les représailles?...

"Haideh Moghissi"

Pas vraiment dans la ligne de "ni pute ni soumise" ceci dit, elle aurait sûrement fait copain copain momentanément avec les frères et Tariq dans le débat sur le voile en France...

http://www.counterpunch.org/eltantawi02162004.html

Je ne partage pas vraiment ses vues sur la laïcité à la française (si la Suisse n'était pas par essence si fédéraliste, ce que j'apprécie par ailleurs, et très inégalement laïque, je pense que l'interdiction du foulard dans nos écoles aurait été une très bonne idée, bien meilleur que l'inscription dans notre constitution de l'interdiction des minarets)... Je trouve qu'elle reste dans la dénégation comme trop de penseurs(-ses)musulman(e)s, et je ne vois pas fondamentalement, ce qui la différencie au final de Tariq Ramadan: En niant systématiquement que certains problèmes spécifiques trouvent leur source dans les textes et l'histoire de l'islam, et en se repliant systématiquement sur des sujets annexes, (Patriarcat, Dictature), on rate l'essence du problème pour mieux tuer le débat.

Pour le reste je ne pense pas Mme Valette serait en fondamental désaccord avec vous, son bouqin est vraiment bien fait (et on la sent quand même proche de Caroline Fourest dans la ligne) et il dresse un constat: on entend peu les musulmans modérés ou libéraux alors que les islamistes (mâles de préférence) sont encensés, et particulièrement par la gauche (hommes et femmes), et je pense que pour prendre le mal à la racine c'est par là que nous devons commencer... Et tuer le mot "islamophobe" dans l'oeuf, car après tout, qu'est-ce que l'"islamophobie" sinon de l'anticléricalisme à visée humaniste dirigé contre la religion de son voisin?...

"Il n'est pas question pour les femmes musulmanes d'avoir de nouveaux maitres à penser, elles sont capables de le faire seules."

Pas toutes ne le peuvent, malheureusement, et j'aimerais rajouter: En islam il n'est pas coutume d'interpréter les textes à la place des "Docteurs", pour les croyants et les croyantes c'est la même réalité. Et lorsque la menace physique se profile, la femme est toujours perdante, à quelques rares exceptions prêt. Je sais que vous avez une âme de guerrière, mais au corps à corps, qui de nous deux finirait par l'emporter? Je vous défie au Sumo! @;-) Sans déconner, ne tentez pas de noyer le poisson, que peut faire une fille de 16 ans face à son père et son frère si ceux-ci, au nom de l'honneur et de l'islam (celui-ci est dans celui-là et inversément), décide de la faire taire?...

En fait vous vous montrerz très optimiste dans votre constat (Positivisme féministe?...)...

P.S. J'ai un petit cadeau du Brésil pour vous, il faut juste que je surmonte ma paresse pour vous le faire parvenir...

Au plaisir de rediscuter de ce sujet compexe et sensible autour d'une bonne feijoada.

Meilleures

Carlitos

Écrit par : Carlitos de Unmauno | 14/04/2009

Très juste analyse. J'apprécie particulièrement votre mise en perspective de l'universalisme paternaliste de cette écrivaine qui n'a pas du lire l'auteure de trouble dans le genre.

Rien à rajouter décidément... Juste vous dire que vous éclairez ma soirée!

@ carlito

"l'anticléricalisme à visée humaniste"

Humaniste? on ne doit pas lire les même blogs... Je rajouterais que si l'humanisme tend à imposer sa vision de ce que devrait être le monde, comme la "bonne", et la "seule", en tendant à n'en présenter donc qu'une version manichéenne, vous vous situez dans une certaine opposition avec le texte que vous commentez, et que vous semblez pourtant avoir apprécié.

Écrit par : Audrey | 14/04/2009

@Audrey

"Je rajouterais que si l'humanisme tend à imposer sa vision de ce que devrait être le monde, comme la "bonne", et la "seule" "

Si cet humanisme là était si peu universel, et si peu proche des aspiration de l'individu à ne pas crouler sous le poid d'un totalitarisme qui le nie dans son essence, pourquoi ceux qui y goûtent chez nous, toutes origine, cultures et religion confondue, l'apprécieraient tant?... @;-) Pourquoi croyez vous que les Mullahs le craignent tant? Simplement parce que si leurs ouailles y goûtaient trop ils finiraient par les laissre tomber. Et en voyant le déclin de l'Eglise en Occident ils font dans leur froc, voilà la vérité... Et en même temps ils voient une opportunité de conquête par la prêche...

"Humaniste? on ne doit pas lire les même blogs..."

A partir du moment où le terme "islamophobe" dont en entend guère souvent l' équivalents "christianophobe" est un fourre tout destiné à dicréditer les opposants de tous bords (y compris les musulmans eux-mêmes), et à partir du moment où la Gauche, d'habitude et par tradition si anticléricale s'agissant de la Chrétienté, se tait devant l'islam au nom d'une certaine idée de la multiculturalité, pourquoi ne pas faire de l'"islamophobie", un peu par provocation, un humanisme? @;-) A la limite je ne me sens pas différent aujourd'hui en m'en prenant à l'islam que lorsque j'avais 14 ans et que je défilais devant l'UBS pour dénoncer l'Apartheid...

Écrit par : Carlitos de Unmauno | 14/04/2009

@Audrey (again)

Et pourquoi moi, "islamophobe" et humaniste de droite, j'aurais pas un peu le droit de me sentir énervé quand je vois, chaque fois que je viens sur le site de Rita, une jeune musulmane voilée qui fait de la pub pour un site de rencontre islamique sur lequel je sais que des hommes musulmans vont rechecher la vierge-bonne-musulmane de leurs rêves? Un site de rencontre où un chrétien désireux de rencontrer une femme musulmane (Pourquoi pas? je ne suis pas si sectaire...) serait rapidment prié de rebrousser chemin parce qu'une musulmane n'a pas le droit de marier et encore moins de fréquenter un chrétien (et encore moins un athée)... C'est ça la rencontre des cultures?... Le progrès social? La fraternité universelle? Et pourquoi un athée comme moi, qui a épousée une croyante-pratiquante-mais-libre, ne pourrait pas se sentir bien plus ouvert d'esprit que tous les barbus bon teints et les féministes islamiques qui viennent nous parler de la paix universelle de la prophétie coranique? @:-( Moi je n'ai jamais vu cette fraternité à l'oeuvre en dehors de la stricte communauté musulmane, suis-je donc un incrédule maladif ou un type à peu près lucide? Islamophbe? Humaniste? Jsuet un peu critique et provocateur? A chacun de juger, tant que le débat à lieu et que l'aveuglement ne vient pas tout gâcher...

Écrit par : Carlitos de Unmauno | 15/04/2009

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