30/10/2011

Hommes de foi

Ce matin Denise est morose dans la cuisine de son rade « le café de l’amitié et du sabre réunis ». Je sais que ça ne tourne pas rond car elle a mis « radio nostalgie » alors que d’habitude c’est elle qui chante, enfin si on veut. Je suis au comptoir et je vois Palu le garçon affalé aux côtés de Robert le patron, sur un siège au fond du bar. « On enterre qui aujourd’hui ? On peut avoir un café quand même ? «  Palu se lève lentement, va vers le perco et me tire un café plus nul tu meurs. « C’est quoi ça ? C’est pas du café ! ». Robert regarde dans le vide il n’a même pas le courage de m’engueuler. Denise sort de sa cuisine et s’assied à côté de moi. « Le fils de Josette, tu sais le flic, ben il est passé tout à l’heure avec des potes… Ils étaient quatre et ils nous ont raconté la descente qu’ils ont fait pour virer des roms… » J’attends la suite, il ne sert à rien de la presser quand elle n’a pas envie de parler. Je la connais depuis 30 ans. Robert relève la tête et me dit du fond du bar « Ils avaient tous les boules, car ils sont pas rentrés dans la police pour pourrir la vie des pauvres mais pour s’occuper des méchants ! C’est ce qu’ils disaient.»

 


Je le prends en plein plexus et j’avale de travers. Les flics ont une conscience de classe maintenant ? Robert s’approche et en me dit en me regardant droit dans les yeux « tu comprends, ces Roms ils dorment dans la rue, ils font la manche pour des plus riches qu’eux, ils ont même pas le droit de se faire soigner, c’est la misère et les keufs viennent les arrêter et leur prennent le peu de thunes qu’ils ont. Tu trouves ça juste toi ? » Même Palu le garçon frontalier FN y va de son couplet « on paye pas les flics pour ça quand même ! » J’éclate de rire. «  Vous avez viré communistes ou quoi ? ». Tous haussent les épaules et chacun retourne à sa déprime. Je finis mon café lavasse et je leur lance « c’est vous qui avez voté pour la droite pas moi ! Pendant qu’on nous fait des marionnettes avec les roms, les richtos s’en mettent plein les poches et c’est votre oseille. Vous ne croyez quand même pas qu’on paie les flics pour faire la police chez les margoulins des banques, quand même ?».

Il est 10 heures, le bistrot est plein, c’est l’heure de la pause des fonctionnaires et j’entends Robert qui fanfaronne derrière son comptoir « cette fois ci je sais pour qui je vote… Le MCG parce que Eux ils s’occupent des petits ! » Cette fois ci c’est moi qui hausse les épaules et en partant je leur lance « salut les gogos ! ». Enfin dans la rue, il me revient du fond de l’âme une irrésistible envie de fredonner l’International, c’est grave docteur ?

Lulu la nantaise

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Commentaires

Bravo Lulu! Vraiment un très beau texte...
Et moi qui n'avais même pas fait attention à votre blog avant ce jour. Quel gâchis!...
Peut-être que la raison est que sur le site de 24Heures dans "Meilleurs blog de la Tribune" ils se sont gourés, ils ont mis "Liberté" d'un certain Décaillet en lieu et place de "La Gueule de Bois"

Signé: Père Siffleur alias Baptiste Kapp.

Écrit par : Baptiste Kapp | 30/10/2011

Il va sans dire que, même si je ne suis pas souvent d'accord avec ce que je lis sous "Liberté", la plume de Monsieur Décaillet est de bonne tenue. De plus, l'homme à un certain courage. Un jour, ' sur son blog, il a même traité un colonel de con! Il fait donc preuve d'une niaque indéniable!

Signé: Père Siffleur alias Baptiste Kapp.

Écrit par : Baptiste Kapp | 30/10/2011

Chère Lulu,

Si vous aviez été un peu plus à l'écoute de vos policiers ces dernières années, en lieu et place de fredonner l'International en tête de cortège, vous sauriez depuis longtemps que vos poulets ont une conscience, en lien directe avec la misère humaine qu'ils croisent au carrefour de la vie, qu'ils doivent digérer au quotidien même si certain élus ne cesse de leur crier qu'ils ne sont là que pour obéir, comme tout bon fonctionnaire.

C’est la lutte finale
Groupons nous et demain
L’Internationale
Sera le genre humain.

Minet

Écrit par : Minet | 30/10/2011

Les poulets aujourd'hui sont dans les reins de ceux qui s'envoient les restes.

Hey Minet, pendant que tu y es, dis-nous que la maison poulaga c'est le Caré, on va sortir le tire-jus.

Écrit par : menu | 01/11/2011

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