16/12/2011

Un matin comme les autres

Un matin comme les autres

Une fin de matinée comme les autres au café de « l’Amitié et du Sabre réunis ». J’épluche les patates avec Denise en sirotant mon martini rouge. Il pleut, tout est feutré, la fatigue se lit sur tous les visages. En bruit de fond la radio et ses inepties. Un matin comme les autres à Genève. Rentre une bande de gamins anglophones, ils sont un peu bruyants et je sens que Denise monte les tours. « Je veux pas que des amerlocs viennent me faire braire chez moi ! ». « Tu vas pas faire ta vieille, regarde c’est des mômes ! ». Elle se lève va vers le bar, les regarde un par un et se tourne vers moi « ils ont les mêmes têtes que les nôtres, Hein ? C’est marrant ça ! ». Je soupire en mettant les épluchures dans la poubelle. « Tu croyais quoi ? Qu’ils avaient un œil au milieu du front ? ».

Elle revient avec un drôle sourire, « Y’en a un qui me rappelle mon neveux. Une vraie gueule d’ange ! » « Lequel ? » « Celui qui s’est engagé dans la Légion en France » « La Légion, pourquoi pas les Batd’Af, pendant que t’y es. J’ai un an de plus que toi. Il s’est engagé pour quelle guerre ? » Elle essuie une larme : Il venait d’avoir dix-huit ans, j’entends Dalida. Il est parti un jour et on l’a jamais revu vivant. Un soir le Consulat a appelé les parents pour leur annoncer sa mort.

« J’y crois pas, c’est une chanson de Piaf que tu me racontes ou quoi ? Il est mort de quoi ? » Denise avec un air un peu gêné, me raconte qu’il s’est noyé. Au cours d’une permission, il est parti en vogue avec des potes, ils avaient trop bu et il a glissé dans une rivière, comme il ne savait pas nager… « Dans quel pays ? » « Ben en Suisse pardi ! » J’éclate de rire. « Qu’est-ce que ça à voir avec la Coloniale ? » « Rien, sauf que tous les soldats ont toujours, sur les photos, cet air de jeunesse fanée ! ». Silence. On regarde les mômes, ils se disent anglais les mêmes sottises que les nôtres en français. Je reprends un martini et elle un coup rouge. On soupire en cœur. Elle regarde par-dessus ma tête et moi le fond de mon verre. « Vous avez voté le budget ? » Je hausse les épaules. Toutes les deux on se tourne vers la rue mouillée, « tu savais qu’on devient automatiquement français quand on rentre dans la Légion ?……  Tu t’habilles comment pour Noël ? » « En noir ! » Et on éclate de rire.

Denise : « C’est quoi la différence avec l’année dernière ? » Je sais qu’elle parle du budget,  j’ai la tête pleine brouillard et pas envie de répondre « Aucune, fais gaffe tu mets de l’huile partout ! » Nouvel éclat de rire. Passionnante vie politique genevoise…

Lulu la nantaise

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Commentaires

Joli, ça mérite un gorgeon :-)

Écrit par : Vital Sven | 16/12/2011

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