31/12/2011

Je me suis trompée de chemin

De retour au café du « Sabre et à l’Amitiés réunis ». Nous sommes le 27 décembre le jour des échanges de cadeaux. Une vieille tradition du bistrot qui veut que ceux qui n’aiment pas les cadeaux qu’ils ont reçus viennent les échanger chez Denise et Robert. Le 25 et le 26 sont des jours où l’on est encore obligé de faire semblant que tout va bien. L’esprit de Noël et tout le tremblement. Alors on a choisi le 27, la gueule de bois est passée et nos illusions aussi. La procédure est simple : on met sur le comptoir ce que l’on ne veut plus, on boit une tournée, et par ordre de naissance on choisit dans le tas un objet de remplacement, les plus âgés commencent.

Cette année il avait un service à thé très proustien, une boite à musique muette, deux paires de gants ayant servis durant un duel en Espagne, un disque de Monique Morelli, des échantillons de parfums en pagaille, des souvenirs comme s’il en pleuvait, un billet aller-retour pour Vichy, une poupée de cire poupée de son sans la tête, un tableau plus qu’abstrait « joyeux frontaliers rentrant chez eux », des dessins d’enfants plus moches les uns que les autres, des bouteilles de pinard blanc et rouge ainsi qu’une bouteille mousseux du Mandement toutes vides et enfin une photographie une peu jaunie du Conseiller fédéral Leuenberger. Nous sommes tous autour du bar chacun fait un pas en arrière pour avoir une vue d’ensemble et nous passons aux choses sérieuses : la tournée du patron.

Quelques verres plus tard, commence le rituel du choix mais personne ne répond à l’appel de son nom. Silence. Denise « Vous z’allez pas me laisser tout ça sur les bras comme l’année dernière ? ». Le fou rire monte et j’en vois qui n’ose pas relever la tête tellement ils se marrent. Robert décide qu’on le fera à l’aveugle. Palu, le garçon, va dans la cuisine avec la liste des noms, Robert prend un objet sur le comptoir et Palu annonce un nom au hasard. Dix minutes plus tard c’est le bazar total, des cris, des rires, des insultes. Personne n’est content de son cadeau mais après avoir jeté le tout dans une poubelle la fête commence. J’ai récupéré le disque de Morelli et je rentre chez moi un peu éméchée mais ravie.

J’ai réécouté ce disque d’il y a 1000 ans. Monique Morelli, sa voix rocailleuse de fumée et d'alcool bon marché, la profondeur d'une souffrance vivante qui crie au monde l'injustice, la poésie et le rêve. Elle chante comme on meurt Brecht, Aragon, Mac Orlan, elle chante pour toujours. « Sainte épine » ce texte inoubliable pour les catalans, leurs luttes et leur martyre. J'étais partie en vacance de moi-même, je m'étais identifiée à la techno alors que je ne suis qu’un accordéon au coin d’une rue. Je m'étais perdue de vue, j'avais oublié les espoirs et les émotions de ma jeunesse.

Ce sont alors, 30 ans de larmes refoulées et de silences contraints qui me remontent au cœur. 30 ans d'angoisses, de frustrations, d'ennui bourgeois, de shopping et de rapports en 3 exemplaires sur mon bureau. Je suis devenue un fruit sec, la raison, l'ordre, la lutte, les défaites. Je hais celle que je suis devenue... Elle ne me ressemble pas. Je déteste les chignons, les talons plats, les discours alambiqués et pédants. Le blues m’envahit en pensant au Sébasto à 8 heures du matin quand la brume se lève sur Paris et que le bruit des machines à café dans les bistrots couvre celui des bagnoles. Je me suis trompée de chemin. Demain je démissionne de moi pour redevenir moi-même.

Lulu la Nantaise grave beurrée

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19/12/2011

Non, merci ! pas maintenant !

Les brésiliens disent du Mexique qu’il est « trop loin de Dieu et trop près des américains ». Voilà un pays gouverné par la mafia avec l’aide d’une police corrompue, une justice corrompue, de fonctionnaires corrompus et d’un gouvernement corrompu. Un marché du travail qui fluctue selon les besoins des Etats Unis, une capitale de 35 millions d’habitants qui suffoquent dans une pollution indescriptible, des régions entières sous le joug de multinationales américaines, un PIB inexistant en un mot comme en cent un pays abandonné. Ni colonie, ni indépendant, c’est un non-pays. La vie et la mort y dépendent exclusivement du bon vouloir de baronnets de la drogue sous le regard bienveillant d’une Eglise qui compte les points. Que fait la « communauté internationale » ? Elle regarde ailleurs. Je n’entends pas non plus les défenseurs des droits de l’Homme, ni les humanistes toujours prompts à dénoncer une dictature ici ou là, et les va-en-guerre prêts à en découdre avec la Syrie ou l’Iran où sont-ils ? Que devient l’indignation devant cette catastrophe humaine ? Rien !

La neutralité de la Suisse se résumerait donc à être toujours du côté du plus fort. Je parle des Etats Unis. Ce pays qui vote des lois afin que celles-ci ne s’appliquent pas à une catégorie de la population, et qui vient de se donner les outils de la discrimination, du délit de faciès. Ce pays qui pratique une démocratie d’opérette devrait nous servir de modèle ? Avec 30 % de la population en dessous du seuil de pauvreté et 30 millions d’analphabètes, une dette abyssale, l’Amérique est en tête des pays sous-développés. Sans infrastructures hospitalières, sans écoles, sans filet social, avec un salaire minimum à 5 dollars de l’heure et des gens qui survivent avec 3 boulots différents quand ils en ont, on veut nous faire croire encore au miracle américain. Regardez le Mexique et dites-moi les yeux dans les yeux que c’est un idéal ! C’est pourtant à cette sauce que l’UE ultra-libérale prétend nous manger.

Au fait ! Pour la multitude qui ignore tout du président mexicain c’est  Monsieur Calderon, un homme de la droite conservatrice, propre sur lui, qui croit aussi aux valeurs de l'éthique et au principe de l'honnêteté et qui a pour objectif de promouvoir un gouvernement honnête qui donnera une chance égale à tous les Mexicains. Il compte fortifier le développement et créer une économie compétitive et génératrice d'emplois en fortifiant notamment les infrastructures. Il a aussi signifié son intérêt à poursuivre une politique étrangère plus responsable… Ce discours me rappelle quelque chose…

LuLu la nantaise

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17/12/2011

Soyons clairs !

Si j’ai bien compris, pour SolidaritéS, être responsable, ne pas vouloir initier le processus du déficit pour une somme dérisoire, défendre l’équilibre afin de sauvegarder les prestations à la population serait une position de droite… Pourtant dans notre groupe nous étions 6 sur 12 conseillers, dont 2 membres de SolidaritéS, à refuser le déficit. Entrer dans le processus du déficit, c’est ouvrir la porte à une remise en cause de la légitimité des institutions républicaines que sont les Conseils municipaux et les parlements dont les premières fonctions sont d’une part de contrôler l’utilisation des recettes et d’autre part la définition des priorités de dépenses. C’est refuser de dire au Marché servez-vous, vous ferez mieux que les représentations populaires !

Depuis toujours nous sommes confrontés à ces pompiers pyromanes qui croient que du pire naitra le meilleur. Illusion bien des fois remise en cause car du pire nait le pire : le populisme ! Il suffit de voir le MCG surfer sur la misère pour comprendre à qui profite ce discours. La responsabilité politique est justement de rappeler que 1% c’est la petite caisse et que si un gouvernement ne sait pas la gérer qu’en est-il du reste ? Pleurnicher sur le sort de la « population la plus défavorisée » est une moins bonne solution que celle qui consiste à marteler comme nous l’avons fait  que moins d’impôts pour les riches c’est moins de recettes et moins de recettes c’est un déficit pour tous. Alors finissons-en avec les cadeaux fiscaux faits aux plus riches et revenons à une pratique elle aussi républicaine : l’impôt progressif. Que chacun paie selon ses moyens sans passe-droit possible !

Comme d’habitude nos gauchistes cantonaux font une analyse hors de toute réalité, mais nous ne jouons pas au Monopoly. Derrière nos décisions, il y a des personnes qui parfois ont un besoin urgent de voir l’Etat remplir sa fonction redistributrice et pour ce faire nous devons aussi montrer notre sérieux dans cette fonction afin de ne pas la décrédibiliser en dépensant pour tout et son contraire.

La crise est nos portes, le budget de l’année prochaine risque d’être réellement déficitaire si le Grand Conseil ne revient pas sur ses décisions de baisses d’impôts, il sera temps alors de mener une bataille réelle et pas une comédie pitoyable d’enfants gâtés.

Salika Wenger

 

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16/12/2011

Un matin comme les autres

Un matin comme les autres

Une fin de matinée comme les autres au café de « l’Amitié et du Sabre réunis ». J’épluche les patates avec Denise en sirotant mon martini rouge. Il pleut, tout est feutré, la fatigue se lit sur tous les visages. En bruit de fond la radio et ses inepties. Un matin comme les autres à Genève. Rentre une bande de gamins anglophones, ils sont un peu bruyants et je sens que Denise monte les tours. « Je veux pas que des amerlocs viennent me faire braire chez moi ! ». « Tu vas pas faire ta vieille, regarde c’est des mômes ! ». Elle se lève va vers le bar, les regarde un par un et se tourne vers moi « ils ont les mêmes têtes que les nôtres, Hein ? C’est marrant ça ! ». Je soupire en mettant les épluchures dans la poubelle. « Tu croyais quoi ? Qu’ils avaient un œil au milieu du front ? ».

Elle revient avec un drôle sourire, « Y’en a un qui me rappelle mon neveux. Une vraie gueule d’ange ! » « Lequel ? » « Celui qui s’est engagé dans la Légion en France » « La Légion, pourquoi pas les Batd’Af, pendant que t’y es. J’ai un an de plus que toi. Il s’est engagé pour quelle guerre ? » Elle essuie une larme : Il venait d’avoir dix-huit ans, j’entends Dalida. Il est parti un jour et on l’a jamais revu vivant. Un soir le Consulat a appelé les parents pour leur annoncer sa mort.

« J’y crois pas, c’est une chanson de Piaf que tu me racontes ou quoi ? Il est mort de quoi ? » Denise avec un air un peu gêné, me raconte qu’il s’est noyé. Au cours d’une permission, il est parti en vogue avec des potes, ils avaient trop bu et il a glissé dans une rivière, comme il ne savait pas nager… « Dans quel pays ? » « Ben en Suisse pardi ! » J’éclate de rire. « Qu’est-ce que ça à voir avec la Coloniale ? » « Rien, sauf que tous les soldats ont toujours, sur les photos, cet air de jeunesse fanée ! ». Silence. On regarde les mômes, ils se disent anglais les mêmes sottises que les nôtres en français. Je reprends un martini et elle un coup rouge. On soupire en cœur. Elle regarde par-dessus ma tête et moi le fond de mon verre. « Vous avez voté le budget ? » Je hausse les épaules. Toutes les deux on se tourne vers la rue mouillée, « tu savais qu’on devient automatiquement français quand on rentre dans la Légion ?……  Tu t’habilles comment pour Noël ? » « En noir ! » Et on éclate de rire.

Denise : « C’est quoi la différence avec l’année dernière ? » Je sais qu’elle parle du budget,  j’ai la tête pleine brouillard et pas envie de répondre « Aucune, fais gaffe tu mets de l’huile partout ! » Nouvel éclat de rire. Passionnante vie politique genevoise…

Lulu la nantaise

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11/12/2011

Ce matin j’ai vu la solitude. Assise sur un banc dans un jardin.

Il est entré en furie dans la buvette m’a invectivée et est reparti comme s’il détenait le droit de l’insulte. Dégoulinant de « moraline » cette petite tête de gauche m’a fait entrevoir un monde qui serait dirigé par lui et sa bande. Contre l’armée pas contre les rapports de pouvoir, il peut disserter pendant des heures sur la nécessité de la charité en Afrique en l’habillant des oripeaux de la coopération, sans analyse juste comme… un petit soldat guidé par l’idée d’une révolution qui comme le retour du Christ est toujours promise au lendemain. Il a éructé comme n’importe quel flic politique sans questions, sans réponses non plus, visiblement il ne pouvait imaginer que l’on ne soit pas d’accord avec « sa » position.

Non Monsieur, je ne veux pas faire la charité aux petits enfants africains. Nous les colonisés avons cet avantage de voir venir de loin l’hypocrite volonté d’imposer un modèle qui n’est pas le nôtre. J’en connais plein des comme vous. Je les ai vus à l’œuvre dans ces pays dont vous parlez sans jamais y avoir suffisamment séjourné pour comprendre que personnes ne veut de vous, les coopérants. Les bouffis de certitudes, ceux que toute l’Afrique populaire appelle les colabos. Faites une analyse qui transcende votre pathos pour entendre enfin que chaque peuple et chaque personne mérite qu’on lui reconnaisse une dignité et la capacité de se penser sans les tuteurs de l’Occident catho que vous représentez vous et votre charité blême. Ce que les africains réclament ce ne sont pas de bonnes intentions mais le Droit et la Justice.

Mes convictions restent intactes mais à vous voir foldingue comme hier soir je me prends à douter du modèle de société que vous nous proposez. Il n’est pas celui pour lequel je me bats et mes revendications ne s’arrêtent pas aux portes des usines. Je veux rire, parler, me foutre du boulot. Je veux des amis, des enfants qui gueulent dans les cours, je veux un espace public où il ne serait pas interdit de dire ou penser en dehors de la ligne, je veux faire de ma vie ma propre œuvre d’art. Je veux un Monde et pas une idéologie. Intellectuellement nous ne pensons pas du même côté de la Méditerranée et ça se voit.

Hier soir, Monsieur Schnebli, vous avez perdu à jamais le peu de respect qu’il me restait à votre égard.

Salika Wenger

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