28/01/2012

Bang ! Bang !

Ce matin au « Sabre et à l’Amitiés réunis » tout le monde est sur les rotules. Hier soir un groupe d’employés de banque a investi tout l’établissement et ils ne sont repartis qu’au petit matin. Quand j’entre dans le bistrot j’ai la très nette impression de déranger. Sans un mot, Palu me tire un café le pose sur le comptoir et retourne s’assoir. Nous somme quelques-uns assis au bar chacun dans ses rêves ou dans le journal. Au fond Denise dort la tête dans ses bras sur une table, de temps à autre elle se réveille et constate que tout va bien. Robert qui n’a pas encore dessoûlé regarde la rue d’un œil torve. « C’est la fête ici ! » j’essaie la provoc on sait jamais. Un client à côté de moi dit  « ça leur va pas au teint de travailler ! Y’zont pas l’habitude. » rires des clients, réveille en sursaut de Denise et retour à la réalité de Robert. Un autre habitué leur lance « c’est parce qu’il n’y a pas eu de scandale que vous faites cette tête-là , pas de bang ! bang ! pas de Conseiller d’Etat dans les toilettes, rien pour vous faire de la pub ? »

Cette fois ci tout le monde est réveillé. Denise « tu te rends compte qu’ils ont pas fait de bruit dehors dans la rue car y’en a pas un qui fumait ? ». Haussement d’épaules des clients, normal c’était des « costards-cravates » Une race à part. Robert rêveur « en tous cas ils avaient une bonne descente ! » surtout dans l’escalier après quelques verres répond Palu qui peu à peu reprend vie. J’ai une idée pour leur remonter le moral « Si quelqu’un me dit combien il y a eu de meurtres en 2010 à Genève je paie une tournée de cafés arrosés ?» Les chiffres fusent, 50, 200, 187, 460… Moi «  460, t’es gaga ou quoi ? C’est pas l’Irak ici.  Bon je vous donne la réponse : 4. Il y a eu 4 meurtres. C’est tout ! » Léger silence puis multiples questions « t’es sure de ton chiffre ou tu shootes ? » Denise rappelle la politesse au client incrédule. « 4 plus 5 tentatives et 2 lésions graves. »

Robert ahuri, Palu notre facho de basse intensité est dévasté. Mais alors pourquoi tout le monde demande des flics en pagaille ? Elle est où l’insécurité des journaux ? C’est pour les braquages de sacs, les dealers, la resquille dans les TPG et les problèmes de voisinages ? Je les laisse à leurs réflexions,  pas mécontente de mon effet. Je quitte le bistrot sachant que cette info va faire le tour du quartier et qu’il en a pour des jours et des jours de discussions. J’ai remplis ma mission en réveillant le chat qui dort. Demain je leur parle des polices privées…

Lulu la nantaise

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20/01/2012

Amen !

Il était joli comme un cœur, ses 20 ans et quelques en bandoulière et l’insolence des certitudes dans le regard. Nous, les vieux briscards de la politique de gauche étions alignés comme des pots confiture devant les journalistes qui faisaient leur marché d’infos. Le froid et la tristesse de nos mises étaient à la hauteur du discours convenu d’un de nos camarades. Comme d’habitude je me sentais totalement exclue de cette scène et c’est avec un intérêt anthropologique que j’observais la tristesse, la fatigue, le désenchantement et l’habitude qui étaient de la partie. Chacun comptant ses années perdues dans le regard de l’autre.

Tout fier, le môme a levé fièrement la banderole de son parti. Comme je lui faisais remarquer que c’était d’un goût douteux car toutes les organisations de gauche, les syndicats et le MCG avaient pris part à la récolte de ces signatures déposées ce jour et que la récupération de ce travail par une seule organisation n’était pas de mise. Goguenard il m’a demandé « et toi qui représentes tu ? Comme tu changes sans arrêt de parti tu finis par être un parti à toi seule ! » J’avais bien trop froid pour me mettre en colère et c’est riant que je lui ai répondu «C’est juste, je ne défends pas UN parti, il a bien trop longtemps que les idéologies ont montré leurs limites. Je défends une certaine idée de la société et lorsque les partis, qui sont des outils, me paraissent obsolètes j’en change. Mais si tu veux que nous ayons une discussion plus théorique sur le « travail » politique, je suis à ta disposition. »

Coincés entre les motos et l’entrée sinistre du service des votations la « cérémonie » a continué imperturbable. Le Grand Timonier de la rue des gares a respecté à la lettre la liturgie de cette messe incontournable du dépôt des signatures. Chacun y est allé de son cantique et reçu l’absolution du Maître, lequel entouré de son petit groupe, a solennellement remis les signatures à une fonctionnaire totalement indifférente à de ce grand moment « révolutionnaire ». Curieuse, j’ai attendu le retour des croyants tout en papotant avec un autre athée comme moi. Le groupe s’est disloqué et d’un coup il n’y avait plus personne, plus d’unité historique, plus d’amitiés inter partis, rien que la bise et une vue imprenable sur le garage Mercedes d’en face.

Lulu la Nantaise

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19/01/2012

Le gang de la Vieille Ville contre le gang de la Jonquille !

La France a perdu son triple A. En Angleterre et en Espagne ça flippe dure sur l’emploi. Ici on commence à ressentir les effets de la crise et si dans les rues basses il a du monde le samedi ce sont des promeneurs. Les boutiques sont vides et les soldes ultra avantageuses restent sur les étagères. Les budgets de l’année prochaine nous promettent des difficultés en cascade et notre Ministre de l’Aménagement se fait une castagne de rue tel un keum de banlieue…. Inutile de préciser que « le Sabre et l’Amitiés réunis » est en effervescence. A Tel point que l’association du « Fromage blanc et du Caramel mou » a convoqué une AG extraordinaire. Ordre du jour « Quel gang allons-nous soutenir ? ».

Robert est particulièrement tranquille, Palu s’est timidement assis à notre table, les habituels de l’association sont là aussi plus un p’tit nouveau qui zozote, Denise apporte les dossiers, toutes les coupures de journaux traitant de cet « Evènement ». La lecture silencieuse n’est interrompue que par le seul bruit des verres que l’on remplit et boit. Robert se lève d’un seul coup et dit bon on vote !... « T’es taré on n’a pas encore discuté !»  lui répond sa femme. « Pas besoin, dit-il, ces connards de la Haute Ville on les connait on s’est déjà frittés avec eux et on sait qu’ils ne tiennent jamais leur parole. » Je dois dire que pour une fois j’ai le sifflet coupé. J’attends que Robert développe son coup de gueule.

« Ben quoi ? Vous êtes tous devenus Alzheimer ou bien ? La Jonquille c’est nous, le peuple, les petits, les sans grades. La Haute Ville c’est les politiciens, les Familles, les commerces de luxe et tout ça. Combien fois on a voté contre eux ? Combien de fois on a perdu ? Combien fois quand on a gagné ils se sont foutus de nous ? Hein ? » Décidément aujourd’hui c’est le silence qui prime. «Et maintenant leur Boss qui vient nous narguer sur notre territoire et qui se permet de tabasser un des nôtres, si on s’allie à la Haute Ville, on perd le respect. On a plus qu’à faire les larbins chez les richtos. » Le nouveau qui zozote dit timidement « Mais c’est un Conseiller d’Etat quand même, faut faire gaffe. » « Celui qui doit faire gaffe c’est lui, parce que c’est pas demain la veille qu’on votera pour lui ou sa bande. »

Vote unanime de l’association du « Fromage blanc et du Caramel mou » Nous soutenons le Gang de la Jonquille. Robert prend solennellement son téléphone et appelle Germaine la Bleue (je n’ai jamais su pourquoi on l’appelait la Bleue). « On est avec vous. » Eberluée je demande : « Ca veut dire quoi, on est avec vous ?». Il me répond avec un l’air supérieur d’un tribun de haut vol « ça veut dire que si vous nous proposez autre chose qu’un candidat à la ramasse comme d’habitude, on vote à gauche ! Voilà ce que ça veut dire. »

Lulu la Nantaise songeuse

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11/01/2012

Un engagement politique à la hauteur !

Hier, à Rives, 15h30 dans le 12 archi bondé, une mauvaise humeur à couper au couteau et tout le monde se marche sur les pieds. Une dame chic, propre sur elle, la quarantaine me regarde interrogative « C’est pourtant pas encore la sortie des écoles ? ». J’arrive à destination exactement en face de mon bistrot préféré « le Sabre et l’Amitiés réunis » nous sommes quelques-uns à nous engouffrer dans la salle et à commander un verre d’urgence ! C’est l’émeute et je n’aimerai pas être à la place d’une certaine Conseillère d’Etat… A qui on attribue tous les noms d’oiseaux, le moindre étant « Elle doit rouler en vélo celle-là ! ». A l’énoncé de ce mot le raffut augmente de quelques décibels.

Entre alors un jeune homme transpirant, en costard tout ce qu’il y a de mode, il regarde tout le monde et dit « j’arrive à pieds depuis Plainpalais je suis claustro et tous les trams étaient bourrés, je peux avoir une menthe à l’eau ? » Eclat de rire général. Denise lui sert sont verre et dit que c’est pour la maison. Il sourit gentiment, toutes vieilles chavirent, et voilà la discussion repartie. « t’as essayé le changement à Bel Air ? » Hurlements de rires encore une fois, un habitué se tourne vers Palu le garçon frontalier FN et lui dit « C’est possible une telle connerie ? Dis voir ce serait pas toi Palu qui nous inventé un machin pareil ? » Tout le monde dans le quartier sait qu’il n’est pas fini, re-tornade de rires. Les nouveaux, au bar, regardent tout le monde comme s’ils étaient tombés dans une maison de fous. Ce qui est le cas d’ailleurs.

Comme d’hab’ quand quelque chose ne tourne pas rond les regards finissent par se tourner vers moi. Je sens que ça va être ma fête. Vite je recommande un verre de blanc avant l’attaque. « Et toi, Lulu, on a tous voté pour tour toi et tu laisses faire un truc pareil ? » un autre « t’as pensé aux enfants, aux vieux et tout ça ? » Je laisse passer mon tour un moment. « Et cette pouf là-haut, c’est bien une de gauche aussi ? ». Denise sort de sa cuisine son torchon à la main et remet de l’ordre dans tout ça. « On la ferme les abrutis, elle vous vous a déjà expliqué cent fois qu’elle était que conseillère municipale, elle s’occupe que des crottes de chiens et de la hauteur des trottoirs. C’est comme une concierge mais pour la ville quoi ! Alors foutez lui la paix.»

Silence désolé des copains, les gens rentrent chez eux, je me retrouve avec les habitués et je me demande si j’ai intérêt à leur dire que j’ai découvert le nouveau réseau dans le journal comme eux ? Mais surtout comment leur dire que si la définition du réseau est de la responsabilité des TPG et Du Grand Conseil l’aménagement notamment celui de Bel Air ou de Plainpalais est du ressort du Conseil municipal ? Courage fuyions, je rentre chez moi un peu déprime quand même. Concierge ! Elle exagère quand même…

LuLu la nantaise

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06/01/2012

Lettre ouverte à Marc Bonnant,

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Pourquoi chacun de vos textes me fait-il rire, pédants, sarcastiques, moqueurs, cruels. Je devrais être navrée. Malgré tout cela il y a dans votre verbe un élément que je connais bien, le goût immodéré des mots. Nos différences sociales et intellectuelles sont une barrière mais de part et d’autre de celle-ci, si elle existe vraiment, je retrouve chez vous ce qui me manque dans cette ville calviniste jusqu’à la nausée, le plaisir de dire. Ce plaisir me vient des faubourgs, la gouaille, la réplique assassine, l’analyse impertinente en trois mots, l’insulte en forme de mot d’amour. Comme tous mes amis, enfants de l’école républicaine et laïque, je suis bilingue. « Le beau parlé » des profs et des rupins que nous ne savons qu’écrire et l’argot évolutif et imagé qui nous sert au quotidien pour dire nos vies. Loin de moi l’intention de raconter ici l’exile de ces lieux et la difficulté d’effacer ce marqueur social qu’est la langue. Mais chaque fois que je vous entends, dans tous les sens du terme, le rire me vient en cascade car je ne peux vous imaginer un seul instant discutant avec Mémed ou Sofiane du prix du « chichon » et j’avoue sans honte le plaisir sadique et revanchard que cela me procure.

Lulu la nantaise MdR !

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