25/02/2012

Le syndrome du Congo

Denise, la patronne du « Sabre et de l’Amitiés réunis » m’a téléphoné en me demandant de passer dans la matinée avec un atlas… ??? En prenant ma douche je me réjouis par avance de la nouvelle tocade du bistrot le plus fréquenté de Genève. Je cours dans tout l’appartement pour retrouver le machin en question et le trouve coincé entre un bouquin d’Elisabeth Badinter et la maquette de publication budgétaire. Tiens, Je me demande si c’est un hasard ? Je ne mets jamais longtemps à m’habiller car j’ai définitivement opté pour le noir. C’est le cas pour toutes les méditerranéennes qui ont passé les 50 ans car comme moi elles portent le deuil de leurs illusions. Bref, me voilà dans la rue.

Au bar ça discute dur, Palu fait de moulinets de ses grands bras décharnés, Denise range les verres en parlant toute seule. Un grand samedi matin s’annonce ! Je suis accueillie comme le Messie. Pas moi mais mon atlas que Robert me prend des mains prestement. Les clients refoulent vers le fond du bistrot. On pose l’atlas sur la table ronde et là commence le surréalisme total. Je reste au bar pour profiter de ce moment privilégié, en sirotant mon café. J’attends l’énoncé de la nouvelle lubie de ma bande. « Nan ! Je te dis que c’est plus à l’Est » « plus à l’Est de quoi ?  L’atlas passe de main en main et chacun montre à l’autre un point du monde en disant « C’est là ! » Un quart d’heure passe. J’ai lu la Tribune, le Courrier quand j’attaque le Matin, quand Robert m’appelle « qu’est ce tu fous toute seule, on a besoin de toi ici ! » Moi de l’autre côté du bistrot « pourquoi faire ? »  Trouver le Kazakhstan sur la carte me répond un des habitués. « Trouvez la Mer Caspienne et la mer d’Aral c’est par là, vers la Russie. » « A ouai ! C’est grand ! » Ils reviennent au bar.

Robert me tend l’atlas « Qu’est ce t’en a foutre du Kazakhstan ? C’est au bout du monde. » « Et toi qu’est ‘en a foutre du championnat national de foot au Portugal, t’y est jamais allé ? » Rire général, « Bien envoyé, ma vieille ! » C’est Denise qui jubile. « Mais c’est pas de la politique ! C’est du sport. » Le match a commencé et tout le monde compte les points. « Ben, moi je suis pas d’accord qu’un gouvernement tire sur des grévistes désarmés, ça te va comme sport ? » « Ça existe encore ? »  Me demande Robert dans les cordes. La noisette sur le gâteau c’est la réflexion d’un habitué « C’est pourtant tous des blancs là-bas, non ? » La petite vieille dans son fauteuil roulant lui répond « les salauds y ont tous la même couleur, celle du fric ! » Je leur raconte le syndrome du Congo. Brièvement, trop de richesses naturelles tuent les peuples et ne profitent qu'aux exploiteurs. « Y’a ka prendre leur fric dans les banques et le redistribuer au peuple » Robert a toujours une bonne solution. Ce sont de braves honnêtes gens et tous hochent la tête à la proposition de Robert. Mais Denise lance « Et c’est toi peut-être qui feras la distribution ? ». Ça commence à déraper et c’est le moment que je préfère.

 

Lulu la nantaise

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