26/02/2012

Revoir Tunis

Le ciel est aussi gris que d’habitude. Il règne dans cette ville une forme tristesse que je n’ai jamais pu identifier réellement mais qui me colle à l’âme. Il me suffit de quitter la ville pour que ça passe. Mais à mon retour en quelques jours elle se réinstalle en moi. C’est peut-être l’exile ? Il est vrai que j’ai toujours été une parisienne pur sucre. J’aimais le soleil d’hiver sur la Conciergerie, la vue des ponts en enfilade sur la Seine, le marché des Enfants Rouges, la bousculade de la sortie du métro Barbès. Même les quartiers chics qui alignent silencieusement leurs façades haussmanniennes me faisaient rêver. Quand j’étais môme j’essayais d’imaginer la vie dans ces appartements aux rideaux lourds qui laissaient entrevoir les indicibles secrets d’une bourgeoisie feutrée... enfin c’est que j’imaginais !

Bref, il fait un temps à dormir jusqu’au premier soleil mais je suis obligée d’aller faire les courses. J’en profite pour prendre la température au « Sabre et à l’Amitié réunis ». Assises au bar trois femmes discutent à voix basse avec Denise. Je m’approche. « T’arrive au bon moment » me dit Denise « on parle d’Aïcha, elle va pas bien et Ils ont refusé le permis de séjour à son frère. » Je connais bien cette femme d’une cinquantaine d’années qui subit trois dialyses par semaine. C’est une femme courageuse qui continue à faire ses gâteaux et à les livrer dans les restaurants. Parfois je la trouve assise seule sur le banc devant l’arrêt du tram toute la fatigue du monde sur les épaules. « Ils ont refusé pourquoi ? «  « Il n’a pas de travail. » « Mais il s’occupe de sa sœur, de l’appart et il aide tout le monde dans le quartier ! » « Ouai, mais c’est pas un travail. » Je m’adresse à Denise « tu pourrais le déclarer ? » « Pas possible j’ai déjà Palu qui me coûte un œil » « Et les services sociaux ils peuvent rien faire ? » demande une des femmes, Denise m’interroge du regard. « J’ai déjà essayé mais elle refuse car son frère est toujours là, au noir, et elle ne veut qu’on l’expulse » Denise remet une tournée de cafés. « C’est pas juste, ça fait trois ans qu’elle attend une greffe et elle va pas durer longtemps comme ça ! »

Denise le regard dans le vague nous dit tout à coup « Et si on se cotisait pour qu’elle puisse retourner à Tunis pour quelques jours et voir sa famille. Peut-être que ça lui remonterait le moral ? » « Et sa dialyse ? » Pendant une semaine on a fait le tour du quartier pour trouver l’argent du billet et pour quelques jours dans un hôtel pas cher. Un copain toubib a remué terre et ciel pour prendre rendez-vous pour des dialyses à Tunis et ça a marché…

Un matin les flics sont venus et ont embarqué le frère. Elle refusé le voyage qu’on lui offrait. Aujourd’hui elle survit péniblement entre l’hôpital, son appartement et ses livraisons de petits gâteaux. Les jours de dialyse elle met un temps fou pour monter péniblement les trois marches de son allée. Nous le cœur serré, on la regarde passer devant le bistrot trimbalant son sac de petits gâteaux.

Lulu la nantaise

10:26 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

Commentaires

Le jour où c'est une banque étrangère qui aura besoin de faire officialiser son union avec une grosse banque de la place suisse, il n'y aura aucun souci pour qu'elle séjourne illico dans notre ville. Même si elle ne sert à rien qu'à rendre les milliardaires encore plus riches, même si elle a une moralité douteuse et un passé trouble.

Pauvre monde.

Écrit par : Doc Tata flingueuse | 28/02/2012

Les commentaires sont fermés.