02/05/2012

Les mots

Je rassure ceux qui comme moi ont horreur des autobiographies, je ne me prends pas pour Sartre. Les mots dont je parle sont ceux du 1er mai d'hier à Genève. Assise aux côtés de jeunes gens – dont un particulièrement crunchy – au stand du PdT nous discutons tranquillement luttes des classes et difficultés de conscientisation. Un de jeune couple vient s’assoir à notre table et participe, un peu décalés, à nos délires. Parmi nous un savant du CERN de nos amis politiques, tente avec des mots simples de nous expliquer son travail. Evidemment il n’y parvient pas, notre ignorance de la physique quantique est trop abyssale. Bien des verres de bière tiède et des saucisses de veau froides plus tard nous en sommes à commenter le discours officiel crachouillé dans une sono qui date au moins de la jeunesse de Jean Vincent.

Première réflexion, avec une voix pareille il devrait être interdit de prendre la parole en public ! Nasillarde, mal articulée et dans un français approximatif mais quand même pédant elle nous explique l’injustice du capitalisme et les justes revendications des travailleurs de Serono. Nous rions aux larmes plaignant sincèrement ceux qui sont censés être défendus par un discours aussi navrant. La femme qui s’exprime, un joli petit sac d’os de 40 et quelques années est aussi sexy qu’une poêle à frire. Ce n’est pas moi qui l’ai dit ! Les poignées de mains entre camarades succèdent aux embrassades convenues. Tous les partis et syndicats se sont transformés en stands saucisses –frites et comme c’est pour soutenir les organisations les prix sont astronomiques. Les militants déambulent dans un ballet des plus énigmatiques, chacun ayant l’air de chercher quelque chose sans le trouver. Il y a des must comme UNIA, le PdT, SolidaritéS mais cela tient plus à la taille des espaces et aux nombres de tables à disposition qu’à des convictions politiques affichées.

A ma table les discussions vont train, la jeune femme du couple qui s’est assis près de nous à l’air de s’ennuyer ferme. « Tu es mariée ? » me demande-t-elle. La question me prend au dépourvu mais je lui réponds que oui depuis 37 ans. Interrogative elle écarquille les yeux, « comment on fait pour que ça dure aussi longtemps ? » Je réfléchis un moment lui dit « il y a quatre mots qu’on ne doit jamais prononcer» Lesquels ? « Il faut qu’on parle » devant son étonnement j’éclate de rire et conclue en disant qu’il est indispensable de se souvenir que la vie privée existe même dans les couples et que tout dire ou demander à l’autre de le faire c’est aller vers bien des désillusions inutiles, douloureuses et tellement ennuyeuses… Je crois qu’elle m’a prise pour une folle comme je l’avais fait avec ma mère lorsqu’elle m’avait dit cette même chose. Je viens d’entendre les mots magiques « critique de l’économie politique » et voilà, on va commenter le « Capital » encore une fois. Je décide alors de rentrer dans le dur, je me commande une bouteille de blanc. C’est la fête de l’Huma sans la fête.

Lulu la Nantaise

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Commentaires

Il y a quelques jours, tu parlais du Boss, il n'a pas fait que du rock, il a aussi des ballades à fendre l'âme.

http://youtu.be/T4gra-OuONI

Amicalement

Écrit par : Doc Tata flingueuse | 08/05/2012

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