26/08/2012

J'ai pas tout compris

 

Au Kazakhstan des milliers de mineurs grévistes réclament de meilleures conditions de travail… la police tire et fait 16 morts. En Afrique du Sud des milliers de mineurs grévistes réclament de meilleures conditions de travail…. La troupe tire et fait 44 morts. Ces  deux évènements montrent le peu de respect que les transnationales montrent pour  la vie de ceux qui les enrichissent et comment les gouvernements sont leurs complices dans cette exploitation. Ces infos ferontla une pendant une heure sur le net. En Russie trois pépettes se font de la pub avec des chansonnettes anti-poutine, que personne ne comprend et c’est une déferlante sur le la liberté d’expression bafouée. Elles ont pris deux ans que probablement elles ne feront pas et c’est l’escalade de qualificatifs à propos de la censure pratiquée par le gouvernement russe. Mais que sont devenus les personnes arrêtées au Kazakhstan et en Afrique du Sud, quelles tortures, quels emprisonnements, quels procès truqués, quel cynisme à l’égard des droits humains ? Pas de réponse, pas d’intérêt, pas d’image… Pas de défense !

Trois pépettes torses nues sont plus photogéniques que des images de mineurs misérables qui nous rappellent plus Germinal que Play Boy. Alors, l’info ne serait que ça et c’est au nom de cette médiocrité vulgaire et mensongère que tous les médias montent aux créneaux pour défendre la liberté d’expression ? Le droit à l’information ne serait-il que le privilège de ceux qui la dispensent et non de ceux qui la reçoivent ?  Nous, les citoyens lambda n’aurions droit qu’aux faits divers, aux chiens écrasés et à quelques culs bien rebondis,pendant que le monde change, que les rapports de forces se mettent en place pour une néo-colonisation sanglante,que des enfants meurent dans le Delta du Niger de trop de pollution et que chaque jour un peu plus nous voyons sombrer la démocratie et faire place à « l’austérité » ce mot qui cache mal « autorité » ?

Décidément quelque chose m’échappe et j’ai pas tout compris !

Lulu la nantaise

10:29 | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook

17/08/2012

Surchauffe au "Sabre et à l'Amitié réunis"

Fenêtres ouvertes sur la cour j’entends les radios, les discussions des voisins et les rires des enfants. St Joseph sonne 21 heures et dans le ciel un nuage rosé me fait de l’œil. Le cirque Knie annoncé… c’est la fin de l’été. Tout à coup depuis mon balcon j’entends la grosse voix de Robert par-dessus un brouhaha indescriptible. A peine le temps d’enfiler quelque chose de décent et hop ! J’arrive essoufflée au « sabre et à l’amitié réunis » La salle du bistrot est comble, la coiffeuse de la rue derrière, le patron du bistrot d’en face, le concierge de mon immeuble, un groupe blackettes que je ne connais pas, deux copains radicaux qui n’ont rien à faire ici, plus les habituels Palu, Momo, la vieille dame dans son fauteuil roulant et tous les autres parlent en même temps.

Au moment où j’entre Robert m’aperçois « Enfin, tu te décides à venir ! On parlait justement de toi. » Je crains le pire. Denise m’observe depuis la cuisine en rigolant et Momo a l’œil pétillant de celui qui vient de faire une bonne blague. Robert grandiloquent « La question est la suivante, tu trouves normal qu’à Genève il y ait deux candidats catholiques ? » C’est encore plus grave que je pensais. Sachant que dans la salle à peu près toutes les religions possibles ou non sont représentées, que répondre ? En désespoir de cause je me tourne vers Momo, notre intello de service, mais rigolard il agite la main pour me dire « débrouille toi » Je tergiverse en commandant un café que je bois très, très, très lentement en réfléchissant à la manière dont je vais me sortir de ce guêpier.

 

Je n’avais pas pensé à cet aspect des choses, l’appartenance religieuse. Je connais les stats et je sais depuis longtemps que la ville n’est plus le fief exclusif des protestants. De là à prendre part à une guerre des religions alors qu’il est de notoriété publique que je suis une athée militante, c’est un peu… difficile. Un silence épais d’impatience tombe sur la salle et moi je suis dans bousier sans nom. Momo qui a décidé de s’amuser à mes dépends lance «Alors,  qu’est ce qu’elle dit la spécialiste de la formation de l’Occident chrétien ? Pendant des mois tu nous les as brisées menues avec tes schismes et maintenant silence radio. Y’a pas de recette pour cette situation dans la règle de St Benoit ? Vas-y ma vieille ! » Je lui lance un regard noir qui ne l’impressionne pas une seconde. Il se délecte de mon inconfort. Denise, bénie soit-elle, sort alors de sa cuisine et s’exclame «  Ici c’est l’espace public alors ceux qui veulent se lancer dans ces conneries de bagarre de religions vont se battre dans le petit parc derrière et nous en comptera les points. Celui qui gagne se fait rosser par Robert et celui qui perd bien fait pour lui. C’est compris ? »

 

Momo n’en peut plus de rire « sauvée par le gong, hein ? » puis faussement sérieux il me dit « t’es pas assez politique. Ce coup là tu aurais dû le voir venir ! » Comme s’il était possible de prévoir un coup de folie au « Sabre et à l’Amitiés réunis. » « Pourquoi ? » Il me répond à voix basse « Parce que personne ne sait rien du programme des candidats de droite alors il fallait bien discuter de quelque chose» Quant à Denise en passant près de moi elle me souffle « Je viens de te sauver les fesses ! Tu m’en dois une. »

Lulu la nantaise

 

10:27 | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

15/08/2012

Yansa*, veille sur moi !

Quel est le crétin des Alpes qui a pensé une seule seconde que j’allais aux élections pour perdre ? J’avoue que le costume cravate ne me sied pas très bien contrairement au minet endimanché du PDC, au fonctionnaire et au poète du PLR ou au très catholique UDC. Je suis dans la rue aux côtés des citoyens de Genève et comme eux je râle contre les horaires fantaisistes des TPG, la saleté des rues encombrées de détritus, les parcs mal entretenus, la coupe intempestive des plus beaux arbres de notre ville et les zizous qui me foutent la trouille. Je vois aussi les inégalités devenir chaque jour plus criantes, le chômage qui augmente et induit une misère sociale insoutenable pendant que la droite du Grand Conseil aimerait nous manger à la sauce de l’austérité européenne. Point n’est besoin donc d’être adoubée par les partis qui pensent que veulerie est un synonyme de consensus démocratique pour être la candidate du Peuple de Genève.

Je vais aux élections forte de l’appui de tous ceux et celles qui dans le tram, au bistrot ou au supermarché me disent chaque jour que je dois tenir bon et qu’ils attendent de moi que je sois leur porte-parole. Il ne me parait pas nécessaire de « faire campagne » et d’aller serrer les mains associatives durant d’interminable apéritifs et discours médiocres. Les associations que je soutiens le savent déjà, ce sont celles qui ont pour mission de défendre les droits citoyens, les autres n’ont rien attendre de moi et certainement pas qu’en l’échange de quelques voix, je leur promette de raser gratis demain ! Le Parti du Travail, qui présente ma candidature, est un parti national, honorable et dont toute la population sait qu’il a toujours défendu les classes populaires et ce au sens le plus noble du terme, là encore une fois je n’ai pas besoin de le présenter. Certains mauvais coucheurs argueront qu’il n’a plus sa force de frappe d’antan. Si le nombre d’adhérents devait légitimer les candidatures il nous suffirait de ne présenter qu’un membre du MCG. La politique est plus complexe et riche que cela.

Aussi, que tous ceux qui pensent m’éliminer en prétendant que je ne serais qu’une figurante, ils sont bien imprudents et surtout leur manque d’humilité devant le Souverain me laisse penser une fois encore que j’ai toute légitimité pour le représenter. La lutte sera rude mais mon besoin irrésistible de justice est une arme redoutable et je saurai l’utiliser contre la mauvaise foi des opportunistes de tous bords. Parole de fille Yansa !

Salika Wenger

*Dans les religions afro-américaines Oya/Yansa est l’Orixa qui commande les tornades et l’éclair. Comme les forces de la nature elle peut mettre le monde sans dessus dessous. Elle est l’Orixa des changements révolutionnaires. Il est dit que lorsqu’elle danse et tourne sur elle comme une tornade on peut voir sur sa jupe de petits miroirs qui forcent chacun se regarder lui-même. C’est une puissante guerrière. Sur les champs de bataille elle est l’égale de son compagnon Xango l'Orixa de la guerre. Elle veille aussi sur les cimetières. On la représente en armure tenant la foudre dans une main et une épée dans l’autre.

10:57 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

07/08/2012

baby-boomers...

A Paris, lorsque j’avais 18 ans il n’y avait que trois cinémas fréquentables. Le Champo où pour 5 francs on pouvait rester toute la journée de 10 heures à minuit à s’enfiler les classiques : Eisenstein, Griffith, Murnau etc… à trois pas de la Sorbonne. Il était bondé du matin au soir. Le second cinéma en vogue était la Rotonde Boulevard Montparnasse, le dernier cinéma fumeur. Quel que soit le film qui passait, on faisait la queue, la clientèle plus âgée que nous était constituée de quidams ordinaires qui voulaient passer un moment tranquille en s’en grillant une. Le troisième, le Brady était le plus important, cinéma des nanars, sur les grands boulevards, planqué entre un salon de thé et un marchand chaussures bon marché, il était le point de ralliement de tous ceux que l’on appelait les « dix premiers rangs » en référence aux cinéphiles forcenés. Une de nos copines devenue depuis un psy renommé a d’ailleurs écrit sa thèse de doctorat sur cette population. A partir de quatorze heures on pouvait voir en boucle les navets, petits budget, séries B au mieux, Z au pire. Une modeste salle dont les sièges avaient connus des jours meilleurs mais qui était comme une ile dans la ville entre études, angoisses du futur, et Pop Art ravageur. Roger Corman et ses vampires kitch, Christopher Lee et Peter Cushing qui incarnaient à tour de rôle le vampire ou le chasseur de vampires étaient notre famille culturelle et nous adorions nous retrouver là pour rire, frissonner et flirter (et oui le mot existe !)

Comme tout le monde il m’arrive d’aller chercher sur nanar.com des films extravagants mais aujourd’hui j’ai pris un coup de vieux en apprenant que l’on venait d’éditer un coffret des films de Corman. Mettre en boite ce réalisateur c’est donner une sépulture sérieuse à ce qui n’était qu’un amusement, une parenthèse dans cet art extraordinaire qu’est le cinéma. Je sais que la nouvelle génération sera, comme nous lorsque nous regardions les comiques des années 40, en total décalage et ne verra que ce qu’il y a sur l’écran soit des scénarios simples, des dialogues convenus et des images saturées. C’est faire fi des rires, des craintes et des rêves de toute une génération. Celle que l’on allait appeler les Baby-boomers et qui aujourd’hui regarde avec nostalgie ses vieux vinyles poussiéreux sagement rangés dans un coin de la bibliothèque.

Lorsque je vais à Paris je rencontre encore ceux que j’aimais alors, certains le portable vissé sur l’oreille tentent de nous convaincre que tout va bien et que l’adaptation s’est faite sans dégât… Personne n’est dupe. Comme cette amie qui après un lifting impressionnant est arrivée en disant « J’ai l’air plus jeune, non ? » « T’as l’air d’une vieille liftée c’est tout ! Le regard ne se change pas et le tien a des heures de vols que personne ne pourra effacer. » Elle nous a regardé en souriant et a répondu « et en plus j’ai les mêmes rhumatismes qui me font hurler le matin au réveille ! ». Le plaisir toujours renouvelé de ces rencontres est l’occasion d’évoquer ce temps où chacun d'entre nous était tout puissant, exercice aussi dérisoire et nostalgique que celui de retrouver enfermés dans une boite les images ringardes des rires de nos vingt ans.

Lulu la nantaise

10:31 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook