19/09/2012

Le syndicaliste, le conseiller administratif et Marilyne Monroe

 

De la fenêtre du tram je vois Robert en train de courir derrière un môme dans la rue en bas de chez moi. Je sors comme une bombe de mon tram en me demandant à quoi joue le patron mon rade préféré ?? Quand je rentre au « Sabre et l’Amitié réunis » c’est le tremblement de terre, les chaises parterre, les bouteilles renversées et Denise qui pleurniche essuyant  son nez de son tablier douteux. Tous les clients parlent en même temps et Palu derrière ce qui reste du bar est complètement tétanisé. Nom d’une clé anglaise que s’est-il passé ? Robert revient tout essoufflé mais triomphant il a récupéré l’argent de la caisse de la journée et il a mis une tannée au gamin qui voulait jouer au braqueur.  Applaudissements nourris, regards langoureux de Denise vers son héros de mari, tout le monde se met au travail pour redonner un peu de lustre à notre bistrot favori.

Une demi-heure plus tard je suis à table avec La vieille dame en fauteuil roulant, Momo et un autre client habitué. « On a eu chaud ! » dit Denise en venant prendre la commande.  Momo imperturbable lit inlassablement.Je regarde par-dessus son épaule et ça semble être de l’hébreux. Surprise « C’est quoi ? » Momo stupéfait « Tu ne lis pas l’hébreux ? » Tout le monde autour de la table se bidonne, un habitué lui dit « personne ici ne lit l’hébreux sauf toi ! » Momo pose son livre et me dit « Est-ce que ta campagne est aussi meurtrière que tu l’espérais ? » chacun attend des détails croustillants,  une petite révélation sur les mœurs sexuelles de la politique genevoise, une cruauté sur le physique ou l’intellect de certain, une arnaque à dégoupiller le temps venu … Je souris et réponds à tous « Y’a quelqu’un qu’est syndiqué ici ? » Personne. Pas une main ne se lève. Le regard de la vieille dame pétille, elle a déjà compris où j’allais en venir. Elle avale tranquillement une gorgée de rouge et me demande avec cette gentillesse qui annonce d'un rire collectif homérique : « Il est toujours après toi, l’omni conseiller ?" Belle formule, je me retiens de rire. « Tu devrais en parler à Robert, il est en forme en ce moment… » « C’est un coup à se retrouver au gnouf ! ça vaut pas la peine. » La vieille me répond  « Pour une fois qu’il verrait un travailleur de près, on saurait comment il les aime, les prolos ».

Momo, qui ne perd pas un mot de notre discussion, se mêle à la conversation et conclue « Certains les aiment chauds, mais je crois pas que ça va lui plaire » La vieille dame pouffe de rire dans son mouchoir, Momo lui fait un clin d’œil et reprend sa mystérieuse lecture. C’est le moment que Robert choisit pour nous en lancer une qui vaut son pesant nougatine « Je comprends pas pourquoi un arabe lit un livre en hébreu ? ». Voilà, la discussion est lancée. Il ne reste plus qu’à laisser courir en sirotant un martini gin avec la certitude que la soirée sera… pour le moins distrayante.

 

Lulu la nantaise    

 

10:46 Publié dans Résistance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

Les commentaires sont fermés.