28/10/2012

J'm'appelle Garance,

 

Silence complet au « Sabre et à l’Amitiés réunis ». La salle est comble, pas un bruit à part les reniflements de Denise. Ils sont là, une dizaine de pékins plus Palu, Robert, Momo, la vieille dame en Fauteuil roulant et Denise. Assis, le regard tourné vers l’écran télé, ils suivent le film comme si leur vie en dépendait. Je fais un peu de bruit en prenant une chaise ce qui courrouce Robert « Chut ! » Le mot fin apparait. Pas un bruit. Comme je commence à m’ennuyer ferme je toussote et demande à Palu de me servir un café. Silencieuse réprobation générale, on fronce les sourcils et me fait comprendre que je dérange. Momo attaque, « vas boire ailleurs ! » moi « si j’dérange faut le dire ! » Robert « oui tu déranges. » « C’est quand même pas un vieux film pourri des années 40 qui vous met dans cet état-là ? » La colère gronde « Comment t’as qualifié ce film ? » « Ben quoi, tout le monde sait que Carné était un collabo ! » Je joue ma vie maintenant, Robert est furieux, les clients spectateurs fulminent. Une fois n’est pas coutume, Momo intervient en ma faveur «Elle a raison, Carné a fui Paris parce qu’il était soupçonné d’avoir collaboré avec les nazis. » Robert rugit « mais c’est toi qui nous l’a amené ce film ! » Momo imperturbable lui répond « Et alors, t’as pas aimé peut-être ? Les enfants du Paradis c’est toi, c’est moi c’est nous les pauvres ! »

Chic ! Enfin je suis à nouveau mon bistrot favori, Robert et Momo sont assis côte à côte au bout du bar, le reste des clients les regardent comme au théâtre. On vient de finir l’intro on rentre dans le dur de la tragédie. J’observe de la cuisine en compagnie de Denise, la vieille dame au fauteuil roulant et une bonne bouteille de vin d’Alsace. « Tu l’as trouvé comment ce film ? » Robert « Super ! » « Alors où est le problème, c’est l’auteur qui te mets mal à l’aise ? «  « Ben, oui ! » « Y’a cinq minutes tu voulais ratatiner Lulu parce qu’elle faisait du bruit et maintenant c’est toi qui en fait pour rien ? » La vieille dame dans son fauteuil roulant regarde Momo par-dessus son verre et lui lance « T’as pas tout dis… » « Bon d’accord Arletty aussi elle baisait avec un allemand… » S’ensuit une discussion vigoureuse qui pourrait de conclure de la manière suivante : Arletty avait tous les droits un point c’est tout.

Une jolie petite jeune fille fraiche comme un brin de muguet prend tout à coup la parole. Discrètement elle dit « C’est peut-être la souffrance qui les a inspirés ? Et Prévert et Jean Louis Barrault  ils étaient pas collabos eux ! » Et toc ! Et re-toc ! Denise jalouse et suspicieuse de sa jeunesse lui demande sèchement « comment tu t’appelles ? » « J’m’appelle Garance. » Rideaux, tournée pour tout le monde, c’est Momo qui régale et pour quelques instants encore c’est le Paradis.

Lulu la nantaise      

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