22/11/2012

J'aime pas le XIXéme siècle !

 

Denise derrière le bar et Palu à la cuisine, on aura tout vu. Robert lit le journal tourné vers la rue. « Le Sabre et l’Amitié réunis » s’installe dans l’intimité de l’automne. Assise au bar je bois mon café avec Denise qui me pose une de ces questions dont elle seule a le secret « Tu préfères être un dinosaure ou une pépette ? » Robert répond à ma place « Comme si elle avait le choix à l’âge qu’elle a. » Denise, « On t’a rien demandé. Je connais des pépettes de ton âge. D’ailleurs tu te souviens de celle que tu voyais… » Attention terrain glissant ! « Je préfèrerai  être une pépette. » Denise me regarde étonnée « Ah bon ! » Chacun continue de vaquer à ses occupations. Momo qui n’a pas de cours le matin arrive en sifflotant. Denise lui lance sans préambule « Tu y crois toi, Lulu préfère être une pépette qu’un dinosaure ? » Momo me regarde par-dessus sa tasse de café avec un air de « qu’est ce qu’elle a ce matin, Denise ? »  Il me passe l’AGEFi sans un mot et moi je lui fais glisser le Temps sur le comptoir. Nous reprenons notre lecture silencieuse.

Sans lever la tête de son journal  j’entends Momo murmurer  « J’aime pas le XIXème siècle !» moi buvant mon café «  Ah ouai, Pourquoi ? » Il continue à lire son journal, puis le replie soigneusement, tourne son siège vers le mien et dit «  Je déteste la culture bourgeoise du XIXème siècle, tout m’ennuie, la musique grandiloquente, la peinture pompier monumentale, l’architecture rococo, la poésie affectée, les romans feuilletons de midinettes, les philosophes de la répétition et j’en passe comme le code Napoléon et les anars de mes deux. C’est ferme et définitif je déteste le XIXème siècle. » Robert qui a des lettres demande « même Zola ? » « Oui même Zola ! Ses descriptions de la misère, son « J’accuse ! » et tout le tremblement. C’est quand même le siècle de la colonisation triomphante. En fait c’est un siècle de petits blancs, » Je sens qu’il cherche la bagarre au regard qu’il me glisse en coin. Peut-être espère-t-il me tirer du bien être arrogant que j’affiche ces jours ci ? Il a envie d’une bonne discussion musclée qui dirait « Oui mais… » Raté je le regarde dans les yeux et lui assène « On s’en fout de ce que tu aimes ou non ! » « Tu fuis !  C’est l’AVS ou la Bérézina qui te rendent aussi molle du cerveau ? »

Je ne cède pas à la provoc et  je vais tranquillement m’assoir à une de table. J’observe  mon ami qui a enfin trouvé un interlocuteur à qui il explique ce qu’est le vote censitaire et pourquoi aujourd’hui compte tenu des différences sociales et de formations un nouveau type de vote censitaire s’est mis en place au nez et à la barbe de la démocratie. J’en suis à la page pipole de mon quotidien quand  Momo attaque le thème inépuisable de « la pub a remplacé l’explication politique. » Robert  fait son loto, Denise fredonne dans la cuisine, les clients écoutent d’une oreille distraite les infos radio et je vois que le malheureux que Momo a choppé commence à trouver que le cours est un peu long. Un matin « normal » au « Sabre et à l’Amitié réunis ».

Lulu la nantaise

 

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12/11/2012

Un jour dans un écrin

 

Dimanche neuf heures du matin dans une petite rue de Montpellier un papa  explique à sa fille ce qu’est un sens interdit. Je souris et demande « lui enseignez- vous la liberté ? » Il répond en souriant que c’est une métaphore pour  lui expliquer le « Contrat social » de Rousseau.  Tout à coup je suis en France et le café croissant a un goût de Lumières.

Midi sur une petite plage populaire une terrasse de bistrot au soleil. L’accent du Sud, des chiens en liberté, des jeunes gens qu jouent au volley, les serveurs  fredonnent, un patron nous salue. Je savoure ce dernier moment de chaleur avant de reprendre ma route vers les brumes. Devant moi  La Méditerrané, Ma Méditerrané joue les coquettes et m’ouvre son horizon comme une fille de joie ouvre ses bras et murmure goguenarde « Je t’attends ! ». J’ai dû forcer sur le kir.

Magie des voyages,  pour quelques instants au son d’un motet de Charpentier le soleil couchant flamboie l’automne de la Drôme. L’explosion de couleurs contraste avec ce chant sacré doux et rond. C’est une débauche,  de l’or en cascades ruisselle des arbres, un morceau d’arc en ciel se moque des quelques nuages qui prétendent lui faire de l’ombre, des villages entiers sortent de l’anonymat des collines et offrent leurs pierres à cette ultime lumière du jour. L’absolue perfection d’un moment rare durant lequel Dieu fait un clin d’œil aux mécréants et leur offre l’immense richesse de ce qu’il prétend être sa création, la beauté. Je continue ma route vers les brumes.

Ce matin… Je me réveille dans la brume et ne reste au creux de l'âme que le souvenir vague d'un bijou à jamais disparu.

Lulu la nantaise

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