12/12/2012

ça me fait autant marrer !

 

« Salut ! » Un habitué vient d’entrer en sifflotant au « Sabre et à l’Amitié réunis ». Tous les autres clilles le regardent l’air suspicieux. Robert perché sur une échelle pour accrocher les guirlandes de noël lui lance « Qu’est ce qui te rends si joyeux ? » Le client prend des airs de donzelle et annonce « Je suis amoureux ! ». J’en avale mon café de travers. « Qui est l’heureuse élue ? » demande Denise qui se gondole derrière le bar. Il faut dire du client en question qu’il est sympa, généreux avec les tournées, qu’il participe volontiers à tous les délires de la bande bref que c’est un pote. Mais, il y a toujours un mais, il pèse au bas mot cent cinquante kilo pour tout au plus un mètre septante, a une hygiène que je qualifierai d’approximative, et porte des lunettes « cul de bouteille » qui le font ressembler à un hibou. Une bombe !  Toute la bande s’est rapprochée et attend les détails.

Momo lui dit « Laisse nous deviner, elle est étrangère, elle a trente-cinq ans, trois enfants dans son pays, elle doit les nourrir, pas de papiers,  pas d’endroit pour dormir et travaille au black dans un bistrot ? » Tout le monde se marre « tu l’as inventée où celle-là ? » Répond notre copain « Elle a mon âge, pas d’enfant, elle est suisse, propriétaire de son appartement, sympa d’ailleurs et une bonne retraite de fonctionnaire » Silencio… Chacun se demande hypocritement qu’elle est sa tare pour s’envoyer un mec pareil. « D’ailleurs je lui ai dit de venir ici pour l’apéro. Je veux vous la présenter. » Je n’ose pas penser à l’état dans lequel il sera à l’heure dite car il n’est que neuf heures. Après quelques courses au supermarca du coin je reviens faire la revue de presse avec Momo. Aujourd’hui il est dans les magazines. Super je n’en achète jamais. J’en suis à la grossesse d’une certaine princesse que je ne nommerai pas mais qui est anglaise, quand la porte s’ouvre.

Notre pote descend maladroitement de son tabouret et se précipite vers la femme qui vient d’entrer… Le temps s’arrête une seconde. C’est la même que lui mais en jupe, mêmes lunettes, même gabarit, des jumeaux. Elle sourit gentiment et ses petits yeux pétillent derrière ses lunettes quand elle regarde notre pote. Se hissant péniblement sur un tabouret du bar elle commande un demi de rouge… Il n’est que dix heures du matin. Je chuchote à l’oreille de Momo « c’est la même » Et lui ironique me répond « Comme le budget que vous avez voté samedi était le même que celui de l’année dernière. » « Ça n’a rien à voir, crétin ! » « Je sais mais ça me fait autant marrer ! »

 

Lulu la nantaise

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06/12/2012

Il nous prend pour des billes !

 

De plus en plus dingues, les patrons et les clients du « Sabre et de l’Amitié réunis » viennent de franchir un cap dans le délire… Lorsque je passe le seuil de mon rade favori pour prendre l’apéro j’arrive dans un foutoire sans nom. Ils ont achetés tous les journaux qu’ils ont trouvés et ont tapissés le bistrot d’articles parlant de la reprise de Serono par Serono. Les murs, les miroirs, le bar, le dessus des tables sont recouverts de ces articles et sur son front chacun a écrit au feutre rouge « Il nous prend pour des billes. » ça a de la gueule. Ils sont tous hilares Denise et Robert  y compris et moi je me tords de rire au comptoir. « Ben quoi, vous aimez pas les marins ? »«  Pas quand ils nous font boire la tasse ! » « ou qu’ils veulent maquer nos étudiants ». Inutile de préciser que tout le monde est au pastis et quelques-uns depuis un certain temps déjà. Palu et Momo imperturbables jouent aux échecs, comme tous les autres ils ont leur slogan écrit sur le front. Pour la vieille dame en fauteuil roulant on a fait un joli petit bandeau et elle aussi arbore le slogan du jour.

Les commentaires vont bon train sur les plans sociaux, les copains au chomdu, le manque de logements, les patrons voyous qui ont fait un bon coup et veulent remettre le couvert, les journaleux qui encensent le coupable après des mois de pleurnicheries hypocrites,  etc… Quand arrive la coiffeuse de la rue derrière, une espagnole chez qui tout le monde va régulièrement  se faire défigurer. C’est une copine et « l’amitié c’est plus sacrée que des cheveux » Dixit Robert chaque fois qu’il revient de chez elle avec la tête de Franco… bien dégagé autour des oreilles. Pour ses propres cheveux, ces jours,  elle opté pour un violet du meilleur effet. « Vous êtes tous tombés sur la tête ?»  Momo lui lance quelques mots dans une langue bizarre. Elle répond en riant dans la même langue. Denise « C’est de l’espagnol ? »Momo  « Nan, du catalan ! » « Qu’est ce t’as dit ? » Momo « Aujourd’hui le quartier a décidé de faire sécession ! » La coiffeuse regarde Denise « Je lui ai répondu que ça fait longtemps que j’essaie moi aussi ! » Denise un peu perdue demande « Et c’est marrant ça ? » re-rigolade de la coiffeuse et de Momo.

J’avoue que je suis un peu larguée et c’est en silence que je déguste mon martini gin. J’aime le bon sens de cette bande d’hurluberlus. Individuellement ce sont des paquets d’embrouilles et de défaites, mais collectivement ils sont la voix de ceux qui ne s’expriment jamais mais qu’on ne bernera pas avec un joli paquet cadeau bien ficelé et dont ils savent que ce sont eux quile paieront.

Lulu la nantaise

 

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