26/01/2013

On a les armes qu'on peut !

 

Un jour triste comme un rêve enfuit à jamais. La rue est déserte. Les vendeuses au regard plein de brumes font le pied de grue dans les magasins. Je passe boire un café chez la coiffeuse. Tout le monde chante en cœur les chansons des républicains espagnols. Je prends rendez-vous pour faire ma couleur et je dis demande à ma copine « Qu’est-ce que vous fêtez ? » « Rien la vie, le plaisir d’être ensemble et vivants. »  Sa voix éraillée sent le soleil, le désespoir, les clopes et l’Espagne martyrisée. Nous lisons le canard ensemble et un titre nous fait marrer. « Les élites hésitent sur la façon de ramener la croissance.» Sans blague ! Dans le quartier on l’appelle Doly. Cette femme marquée par vie fait toujours preuve d’un humour à la limite du cynisme. C’est une bonne cliente du « sabre et de l’Amitié réunis ». « Tu viens à l’apéro chez Denise tout à l’heure ? » « Pas le temps, je vais organiser le 1er mai avec mes potes, pour commémorer les Brigadistes ? » « En ce moment avec le PP au pouvoir c’est pas un luxe.»

J’arrive un peu essoufflée au bistrot. Même ambiance, mais là on chante « le temps des cerises » c’est pas les petits chanteurs à la croix de bois mais ça fait plaisir. « J’arrive de chez Doly, elle aussi elle chante ! » Denise « C’est normal on a décidé hier soir que tous on chanterait à partir de 10 heures. » Moi stupéfaite « et en quel honneur ? » Robert se pointe et répond « pour le plaisir, pour dire à l’existence que nous ne baissons pas les bras ! » « T’es devenu superstitieux ? » Palu qui n’a pas ouvert la bouche depuis des jours me dit « C’est notre manière conjurer les impôts, la maladie, les loyers trop chers, les assurances qui nous arnaquent et tout ça. » Définitivement je les adore. « tu crois que c’est efficace … ? » « Non, mais ça nous fait plaisir. » Bonne réponse mais si c’est comme ça dans tout le quartier on va finir par nous entendre du haut de la colline. Il parait que c’est le but. Denise m’a expliqué que tous les clients et habitants du quartier ne peuvent pas monter jusqu’en vieille ville mais que tous peuvent chanter. Très vite ça dégénère et nous passons de la chanson révolutionnaire aux chansons paillardes.

La porte du bistrot s’ouvre sur une jeune femme que personne ne connait, jolie, souriante, un peu mal à l’aise. Personne ne bouge. Visiblement elle cherche quelqu’un. Robert « C’est pourquoi ? » « Je suis une amie de Lulu et j’aimerai lui parler d’un truc. » Robert aimable comme une porte de prison « Quel truc ? ». Je pousse Robert et vais claquer deux bises à ma copine.  A une table un peu à l’écart  elle me dit son embarras…  Je me tourne vers Robert et Denise « elle vient de plaquer son mec et il lui met la biffe dans toute la ville. On fait quoi ? » Toutes les femmes présentent se rapprochent et chacune y va de son conseil : tu les lui coupes, fais le entarter, mets lui ses fringues en petits morceaux, discrédite le auprès de ses potes … Ah ! pas mal, mais comment ? « On lance la rumeur qu’il en une toute petite et que c’est pour ça que tu l’as plaqué.» toutes les femmes savent que s’en prendre à l’entre-jambes d’un mec c’est plus humiliant que de remettre en cause son intellect. « Mais ça s’oppose pas non plus ! » J’adore Duda elle va toujours droit au but.

Exclues pendant longtemps de l’espace publique les femmes ont développé des stratégies qui leurs sont propres. La rumeur est l’une d’entre elles.  Une fois lancée personne ne la rattrape plus et même si elle est fausse tout monde s’en fout car chacun va la transformer au gré de ses fantasmes et au bout du compte c’est une histoire inattendue qui verra le jour et restera dans les mémoires. La pire des armes, la meilleur des vengeances.

 

Lulu la nantaise de tout cœur avec toi.

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