19/03/2013

Silence on évalue !

 

Hier soir minuit, texto urgent de l’association du « Fromage blanc et du caramel mou. » « Demain rencontre 10 h. Odj : évaluation des candidats au Conseil d’Etat » Je n’ose imaginer comment mon groupe d’intellos de comptoir est arrivé à cette décision. Mais je suis présente à l’ouverture de la session. Approbation du  PV de la dernière séance, approbation de l’ordre du jour. Sur la place de chacun un questionnaire impec probablement mis en page par notre stagiste. Je lis attentivement le questionnaire et dès les premières questions j’ai un fou rire qui monte « Vous avez copié le test d’évaluation de Goldmann et Sachs, ou quoi ? » Denise hyper-sérieuse « Nous avons décidé qu’il était important d’évaluer les capacités des candidats au Conseil d’Etat avant de voter.»  Momo, qui est est devenu le meilleur ami de Damien le chômiste sur ordi, commente «  En voilà une idée qu’elle est bonne ! » Un client membre de l’association « Mais ça rien à voir avec les statuts de l’assos ! Normalement, ici on traite que des trucs qui servent à rien ! » Moi « On est pile dans cette mission ! » Nouveau hoquet de rire.

Denise ne se démonte pas et lit « les points que nous traiterons sont : la productivité, l’efficacité, le nombre d’accidents, l’absentéisme et les erreurs professionnelles. » Une copine relève « C’est pas mal, mais on les connait pas. » Denise sèchement « On sera plus objectifs. » Robert qui morositait au fond de la cuisine finit par sortir en desserrant sa sublime cravate bleu turquoise à coccinelles orange. « Damien, sors nous la liste des gogols et regarde aussi s’il y’a leur pédigrée ?» rigolade générale. L’instit « On pourrait commencer par les sortants? » « D’accord, dit un client, mais on exclue la Belle au Bois dormant et la Survireuse des TPG. » Damien serviable nous distribue une liste de tous les autres candidats. Je ne veux pas trahir la confidentialité des débats mais je puis vous assurer qu’entre Zezette biker, le rassureur des assurés, le secundo qui se prend pour Guillaume Tell et la curie socialo c’était la fête. Comme toujours manquaient les défenseurs du travail aux quels tout le monde a taillé un joli costard bien prolo. Je riais tellement que j’ai eu une quinte toux qui a servi de prétexte à une tournée générale de calva.

C’est dans cette pagaille qu’arrive un jeune homme bien propre sur lui qui voyant que la télé est branchée sur la messe d’intronisation du pape pense qu’il était tombé dans nid catho. Tout le monde le regarde avec méfiance. Inquiets que nous sommes qu’il nous casse l’ambiance. Palu lui sert un café calva sans rien lui demander. Le client regarde encore l’écran et  commente « Je me demande qui s’occupe des costumes et s’il y a un styliste attaché au Vatican ? » Cette fois c’est du délire tout le monde suppute, évalue, suggère, précise, s’étonne. Cette question primordiale est immédiatement mise à l’ordre du jour ainsi que l’apéro car il est déjà onze heures et qu’on est pas là que pour rigoler !

Lulu la nantaise

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14/03/2013

Les naufragé

 

Denise est assise devant la radio de sa cuisine. A ses côtés tous les copains et clients du « Sabre et de l’Amitié réunis » Pour une fois c’est le silence. Je m’approche et je comprends qu’ils sont suspendus aux nouvelles météorologiques. Je mets les pieds dans le plat « Vous avez peur de la neige ? ». Robert aboie « Y’a Momo qu’est sur la route il devait venir nous voir. On est inquiets, on a pas de nouvelle » A ce moment précis le téléphone sonne. Denise se précipite. « Oui, allo ? Enfin c’est toi. Elle nous dit c’est Momo ! T’es où ?» Elle met le hautparleur et on entend notre copain qui éructe dans l’appareil, « C’est pas important où je suis bande de nazes. Dites à Lulu de vous montrer l’article du Monde sur Peres qui veut que les arabes se battent entre eux. Je vous rappelle dès que je peux. »  Robert  ahuri « Il est vraiment à la masse ! »  Tout le bistrot me regarde. Je lance le journal sur la table. Le chef : Robert lit l’article à voix haute. Fin de la lecture… silence. La coiffeuse et Palu se regardent un peu stupéfaits puis éclatent de rire. « C’est ça les intellos de gauche, la maison prend feu mais ils dissertent sur  l’étincelle. » Jolie formule que nous  devons à Damien, le chômeur sur ordi.

« C’est drôle quand même il aurait dû nous parler de la mort de Chavez ou du nouveau Pape...»  encore une réflexion de Damien.  Pas moyen d’appeler  Momo sur un portable il est contre. Les clients entrent et sortent, les trams vont et viennent dans la rue triste et grise d’un hiver qui n’en finit plus.  « Je me demande où il est ce moment ? ça doit être un de ces naufragés de la route ?»dit Denise.  Eclat rire sonore du fond de la salle, Momo entré en douce par derrière, écoutait nos commentaires.  Rugissements de Denise qui se jette sur lui et l’agonie d’injures dont certaines me sont totalement inconnues et pourtant je suis balèze dans ce domaine. « On se calme, je suis à Genève depuis la fin de la semaine dernière car je dois donner un cours. Elle est pas bonne celle-là ? Je viens de Genève, je suis engagé dans une école française qui me charge de donner un cours à Genève ? » « Donc quand t’as téléphoné tout à l’heure t’étais dans la cour ? » « Ouaip !  Et c’est comme ça que j’ai appris que vous vous intéressiez plus à l’élection du pape qu’au sort de la Syrie.» Denise de plus en plus en colère « ça veut dire que t’as un portable et qu’on a pas ton numéro ? »

La bagarre va commencer quand L’instit retraitée arrive. Voyant Momo elle s’écrie « Non mais t’as vu l’appel de Peres ? Il nous prend pour des abrutis ! Tous les arabes devraient se battre pour installer une démocratie à l’américaine ? Comme en Irak peut-être ?  » « Depuis quand t’es arabe toi ? » « Depuis toujours je suis d’origines siciliennes » Elle se pose à la table de Momo, ils commandent un café et discutent sous le regard bienveillant des autres clients qui se foutent totalement de la situation au proche Orient.  Damien sans lever la tête de son ordi « La seule chose qui les intéresse vraiment  c’est de savoir s’il va neiger ou non ? » Momo tourne la tête vers Damien « C’est qui ? » Robert fière de son nouveau pote « C’est le nouveau, il est stagiste.  La petite c’est Clochette, elle est russe. » Momo reste un moment silencieux, puis commente « Des  naufragés, en sorte ? » Pendant que Denise tire son énième café, certains se referment alors sur la grisaille discrète de ceux qui savent ce qu'est un naufrage de la vie.

Lulu la nantaise

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04/03/2013

vive les règlements qui réglementent !

 

Encore un matin au « Sabre et l’amitié réunis » je rentre directement par derrière dans la cuisine. Denise assise à sa table écoute les infos. Je fais mine de vouloir parler mais elle me fait signe de la fermer. Visiblement elle attend un sujet qui l’intéresse. Deux minutes plus tard c’est la météo. Elle soupire en augmentant le son. Rien de nouveau, il va peut-être faire beau à moins que ect. Elle éteint la radio. « Tu vois c’est toujours comme ça, en vrai ils ne disent rien » Moi de bonne humeur « C’est peut-être qu’il n’y a rien dire : » « Fous-toi de moi aussi ! ». Nous allons dans la salle ensemble. Elle me tire un express et se sert une grenadine à l’eau. Tout est calme, Robert fait des mots croisés, Palu regarde la télé sans le son et quelques clients feuillettent les gratuits. Clochette est sur ses devoirs de français au fond.

Tout à coup la porte s’ouvre brusquement et trois mecs entrent. Deux grands et une demi-portion à l’air sévère. « On peut voir le patron ? » Robert lève le regard sur cette bande hurluberlus. « Quoi encore, la couleur des tables n’est pas réglementaire ou c’est la machine à café qui fait trop bruit ? » Visiblement Robert les connait bien. Il ne bouge pas de son siège. Sa garde prétorienne, toutes les personnes présentes, fait un petit pas pour se rapprocher du patron. « C’est quel règlement qui est violé cette fois ? » le minus est un peu pris de court et les deux autres qui n’ont rien compris et ne pipent pas mot. Le « Sabre et l’Amitiés réunis » est harcelé depuis des mois par un nain qui fort de son pouvoir momentané de délégué ad intérim à la censure, à décider de faire la peau à liberté d’expression. Afin d’avoir une taille qui lui permette d’affronter un homme normal la demi portion se hisse sur un des tabourets du bar. La mauvaise humeur commence à monter aussi.

Le stroumf se racle la gorge, qu’il a très profonde… Et d’un ton mielleux suspect il susurre « J’aimerais rencontrer la personne propriétaire de la patente de cet établissement. » Notre copine l’instit arrive au même moment et demande « On parle de moi ici ? » Eclats rire général, l’avorton se tortille telle une anguille sur son siège trop haut et demande : « Etes-vous, Madame, la détentrice de la patente ci devant supendue ? » Elle le regarde un peu étonnée, éclate de rire « Et oui, mon bon Monsieur, j’en suis la détentrice. Et s’il vous prenait l’envie de me questionner sur le nombre d’heures que je passe dans cet établissement je vous répondrais : beaucoup trop ! » et paf ! Imperturbable elle le regarde bien dans les yeux et continue « Et vous Monsieur, de quel pouvoir êtes-vous le détenteur ? » Le nabot, drapé dans sa dignité offensée par cette question triviale, répond « Mais de celui de l’Etat, Madame. » « Donc vous êtes à notre service, Monsieur. » Elle tourne les talons sans le laissé répondre. Tout le monde reprend ses occupations matinales et lui reste perché sur son siège trop haut qu’il devra inéluctablement quitter pour redescendre sur terre.

Lulu la nantaise

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