06/04/2013

Deux semaines

 

Deux semaines que je travaille au « Sabre et à l’amitié réunis » Je remplace Palu qu’a dû se rendre en Savoie pour une sombre histoire d’héritage. Je suis tellement crevée en rentrant que je n’ai pas la force d’écrire quoi que ce soit. Je grabate devant des films indigents avant de m’écrouler de sommeil. J’ai fini aujourd’hui et je suis sur les rotules. Au bar j’ai entendu tout et son contraire. L’affaire du PS français n’intéresse personne pas plus que les histoires de vélib’. Une seule préoccupation et une seule : emploi, chômage, logement. Tous les matins nous lisons les journaux et écoutons toutes les infos… Tout le monde se fout des problèmes de la sexualité des ados, des handicapés ou du mariage pour tous, des évasions fiscales qui font rire tout le bistrot, des décisions du conseil Fédéral quelles qu’elles soient puisqu’on sait tous que c’est les gros qui mènent le bal. Le bistrot ouvre à 7 heures et ferment à 23 heures non-stop. Ce qui veut dire que tout le monde travaille pendant tout ce temps-là. On a peu discuté de l’ouverture des magasins mais ceux qui viennent dans mon bistrot favori vont tous faire leurs courses en France. Pour certains c’est assez loin mais c’est tellement moins cher que ça vaut la peine.

Denise et Robert achètent tout là-bas, ce qui leur permet de faire un plat du’j à 12 francs. C’est comme ça qu’ils nourrissent tout le quartier. Un jour une petite vendeuse de la boutique d’en face est venue boire un café en douce. En la servant je lui demande comment se passe la vie dans son bouclard : « J’en peux plus. On n’a pas le droit de s’assoir même quand y’a personne et j’ai tellement mal aux pieds que je suis venu ici pour la pause. » Je m’assieds à ses côtés « et ça marche en ce moment ? » « Tu parles y’a pas de client. Ceux qui achètent ici attendent les beaux jours et les autres vont en France parce que c’est moins cher. Je suis même pas sûre de garder mon job avec le chiffre qu’on fait en ce moment ! » Robert affalé lui demande d’où elle vient ? La pauvre petite lui répond « M’en parlez pas Monsieur, je viens d’Annecy tous les matins. » Terrain glissant, Je fais les gros yeux à Robert pour qu’il la ferme. « C’est drôlement loin mais c’était ça ou le RSA et comme mes parents sont au chômage faut bien que quelqu’un bosse dans la maison. » Denise décide de mettre son grain sel, « Et y’a pas de boulot en France ? » La jeunette la regarde ahurie « Ben non ! Sinon je travaillerais là-bas. »  La jeune fille à l’air au bout du rouleau et Denise lui offre un second café qu’elle boit lentement en regardant dans le vague sa jeunesse qui s’étiole.

Après son départ, Damien, notre chômeur maison, « En plus je suis sûr qu’ils la paient au lance pierre ». Robert toujours étonnant « Elle est courageuse la p’tite ! Denise, assure-toi qu’elle mange bien  le midi. Je la trouve maigrelette. »  Damien sourit sans lever les yeux de son clavier. L’instit qui a assisté à la scène sans rien dire me regarde complice. La journée continue ponctuée des petites joies et des malheurs ordinaires d’une population qui sait à quelle sauce elle est mangée mais n’a plus ni la force ni les relais pour envisager un changement significatif de sa qualité de vie. Mon stage de deux semaines dans ce bistrot aura servi à deux choses : donner un coup de main à mes potes et me souvenir pourquoi j’ai la rage de vivre et qu’une poignée de petits bourgeois revanchards et bureaucrates ne pourrons jamais faire de moi une « militante obéissante»… Il y a bien trop faire !

Je dédie ce texte à tous les procéduriers, impuissants de la pensée politique créative et efficace. A tous les militants qui pissent dans la ligne qui ont le vent de l’Histoire qui leur souffle dans le cul.

Lulu la nantaise de retour avec la gniac !    

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Commentaires

pas de lest dans l'emploi pour les jeunes étudiants en quête d'emploi d'été, surtout pour les étudiants suisses sans réseau:

c'est pas de bol! les fils ou fille de salarié d'une boîte décrochent leur job d'été de facto: donc si parent même suisse au chomdu, rien de ce côté-là.

envois de CV tous azimuts, ... dans la stratosphère

mais le comble, c'est le recrutement de la ville de Genève.. sur TOMBOLA!
eh oui! son service culturel renvoie cet étudiant suisse pour la fête de la musique 2013, son CV n'ayant pas été tiré au sort.

La Culture et ses services à Genève, c'est Génial donc.

à défaut d'être légal, ET démocratique.
vous voulez un scan de la lettre?

Écrit par : Pierre à feu | 06/04/2013

pas suffisamment clair? un étudiant suisse pose son CV pour 1 job d'été. Refusé par la ville de Gve qui répond que le recrutement se fait sur ... tombola. Sauf que sa compagne, issue d'une famille d'italos portugais, a obtenu qq chose, avec les mêmes critères.

quoi? comment? quels critères?

Tout ça est à vomir. ça fait des années que de telles mesures sont en place. galères à vivre pour tout étudiant suisse.
Que fait GENEVE pour ses futurs concitoyens?

il reste peu d'étudiants, suisses ou pas, en hautes écoles à Genève qui ne peuvent que dire bullshit face aux fraudes évidentes (tricheries exams faciles etc ..... un tel système favorisant de non suisses - profs ne pouvant pas ne pas être au courant).

euf. votre sujet ne parlait pas des fraudes de candidats pas vraiment suisses mais vraiment fraudeurs, aux exams de nos +hautes écoles genevoises?

c'est pourquoi la gueule de bois, je vous la souhaite avec un bon crus et surtout en bonne compagnie

Écrit par : Pierre à feu | 06/04/2013

& ça continue! faut plus de 2 semaines
pour toucher son salaire au black,
à cet étudiant suisse ayant recours par obligation bien que pro de la sécu (ex employé de Securitas) au job de stadier au stade de Genève, soit 90CHF/6h min. payés au black pour du boulot de sécu pro (payés de la main à la main quand c'est le cas).

ça vous fait rire?

Écrit par : Pierre à feu | 06/04/2013

Lulu, Pierre a Feu est il a ranger dans les procéduriers, lui qui dans un autre blog annonce habiter en France voisine et vomit tout ce qui n'est pas tamponné rouge et jaune sur le derrière.
J'attends avec gourmandise cet automne, on va voir ce qu'on va voir....

Écrit par : Va y ma poule | 07/04/2013

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