20/04/2013

Que viva la révolution !

 

Enfin le soleil éclate dans ma cuisine et depuis la fenêtre ouverte sur la cour j’entends Denise fredonner dans sa cuisine. Je vais de ce pas boire un café au « Sabre et à l’Amitié réunis ». Ambiance sympa, radio, machine à café, clients qui plaisantent, Robert de bonne humeur, Palu en grande discussion sur le tiercé avec un client portugais, Clochette et son rire joyeux. Un matin de printemps comme on l’attendait. Notre copine la coiffeuse a encore changé de couleur de cheveux aujourd’hui elle a opté pour un rouge cardinal du plus bel effet. Elle discute avec ses deux apprentis de la vogue du chignon banane qui revient. Enfin je suis chez moi. Ici on va à l’essentielle. L’instit’ arrive, pimpante avec une touche de rouge à lèvres et un pull tricoté maison rose torsadé, une œuvre d’art contemporain. Avec Robert on s’installe dans la cour, café, clopes, journaux. Soupirs d’aise.

Robert qui referme son journal me lance rieur « Alors cette liste c’est ok ? » L’instit’ ricane et attend ma réponse « Oui, ça y est, c’est fait. Les discussions ont été plus rapides que d’habitude. » Robert en verve « Depuis que le temps que vous répétez, chacun doit connaitre ses répliques par cœur ! » Denise rigole depuis la cuisine Elle arrive en tablier et torchon à la main « Alors c’est qui ? » Après une légère hésitation Robert cite les noms des têtes de liste. Damien notre chouchou pluggé sourit en disant « C’est l’AVIVO Social Club ! » et chacun de prendre un objet qu’il agite comme des maracas. Merengue improvisé autour de la salle et entre les tables. Ça fleure bon le cliché popu. Au bord du malaise à force de rire l’instit’ ajoute « Au moins on va se marrer ! » La coiffeuse « Vous avez prévu des fauteuils roulants ou bien ? » Palu « Il parait qu’on vous fait prix de gros pour les lunettes à doubles foyers » J’étais venue pour un café peinard et je me retrouve devant un verre rhum et une bande de frapadingues qui dansent en tapant sur des couvercles avec des cuillères. Chantant à tue-tête « Que viva la révolution ! » avec un accent espagnol approximatif.  Ça vaut bien une leçon ?

Je reviens de chez moi avec sous le bras un DVD que j’insère dans le lecteur de la télé. Tout le monde arrête de parler et se cale devant l’écran…. Une heure trente plus tard Robert se tourne vers moi un peu inquiet. Je viens de leur passer RED (Retraités Extrêmement Dangereux) Denise calmée « On disait ça pour se marrer, tu sais ! » Je souris « Ben, ce que tu viens de voir c’est que du cinéma ! » J’ai l’impression de leur avoir plombé la matinée. 

Lulu la nantaise en pleine forme

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08/04/2013

La main dans le pot de moutarde extra-forte !

 

« Si j’avais 16 millions d’euros je jouerais pas au ministre à deux balles. Je me tire et Ciao bamboula,  je vais me la couler douce au soleil ! » « Le Sabre et l’amitié réunis » est en effervescence. Un de nos potes  frontaliers est arrivé ce matin avec la haine. Il vient de recevoir ses impôts et comme il est indépendant il paie tout plein pot.  Damien, qui rigole dans coin nous lance « Moi pour cette somme là je mens même au Diable les yeux dans les yeux. » Tout le monde se marre et recommande une tournée. Robert en super forme « Vous avez lu le journal du dimanche ? Il parait qu’il y a un ministre de Mongolie qui aurait aussi des comptes  planqués. » Interrogation collective,  Denise « Et alors ? On s’en tape de ton mongolien, c’est pas lui qui nous explique qu’il faut se serrer la ceinture. » Chacun opine du chef en silence. Palu ajoute, « Nous ce qu’on veut c’est prendre nos propres escrocs la main dans le pot de moutarde ! » J’interviens « on dit de confiture, dans le pot de confiture ! » « Peut-être avant, mais avec ce scandale ta confiture elle a tourné moutarde extra-forte ! »Cette fois c’est moi qui rigole.

L’instit’ retraitée et notre coiffeuse espagnole locale sont assises toutes les deux avec des airs de comploter l’assassinat du duc de Guise. En retrait de la discussion collective du bar, dans le coin près de la fenêtre elles chuchotent. Robert donne un coup de coude à Denise. Quand elle se pointe à la table silence et sourire hypocrite. Denise « Ben, on vous entend pas. C’est quoi le problème ? » Très classe et subtile comme toujours avec elle. Notre coiffeuse de choc, un  peu gênée,  remet ses cheveux en place, qu’elle a toujours violets mais auxquels elle a ajouté des mèches rose fluo parce ça fait plus jeune… Quant à l’instit’ elle regarde ses mains comme si elle recomptait ses doigts. « Accouchez, c’est mal élevé de parler dans le dos des autres ! » Dit Denise qui commence à s’énerver.  L’instit me regarde par en dessous et demande «  Et toi Lulu, tu gagnes combien ? C’est pas qu’on a pas confiance mais tu vois… » Celle là, je la sentais monter depuis quelques jours. « Au taff ou en politique ? » Un client un peu ivre « C’est la même chose ! » Les copains le font taire mais attendent une réponse. Je vais sur le tableau des plats du jour et avec  la craie et je leur fais la liste très courte de mes revenus avec les détails.  Robert effaré «  Mais tu bosses pour des clous ! » Clochette qui n’en perd pas une miette « A l’âge que dame avoir, ça est normal ! » Les rires se propagent comme un feu de paille et la nouvelle  tournée de kirs aussi. C’est sûr que les trottoirs de Manille rapportent plus, mais elle a raison la p’tite, j’ai plus l’âge.

 

Lulu la nantaise

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06/04/2013

Deux semaines

 

Deux semaines que je travaille au « Sabre et à l’amitié réunis » Je remplace Palu qu’a dû se rendre en Savoie pour une sombre histoire d’héritage. Je suis tellement crevée en rentrant que je n’ai pas la force d’écrire quoi que ce soit. Je grabate devant des films indigents avant de m’écrouler de sommeil. J’ai fini aujourd’hui et je suis sur les rotules. Au bar j’ai entendu tout et son contraire. L’affaire du PS français n’intéresse personne pas plus que les histoires de vélib’. Une seule préoccupation et une seule : emploi, chômage, logement. Tous les matins nous lisons les journaux et écoutons toutes les infos… Tout le monde se fout des problèmes de la sexualité des ados, des handicapés ou du mariage pour tous, des évasions fiscales qui font rire tout le bistrot, des décisions du conseil Fédéral quelles qu’elles soient puisqu’on sait tous que c’est les gros qui mènent le bal. Le bistrot ouvre à 7 heures et ferment à 23 heures non-stop. Ce qui veut dire que tout le monde travaille pendant tout ce temps-là. On a peu discuté de l’ouverture des magasins mais ceux qui viennent dans mon bistrot favori vont tous faire leurs courses en France. Pour certains c’est assez loin mais c’est tellement moins cher que ça vaut la peine.

Denise et Robert achètent tout là-bas, ce qui leur permet de faire un plat du’j à 12 francs. C’est comme ça qu’ils nourrissent tout le quartier. Un jour une petite vendeuse de la boutique d’en face est venue boire un café en douce. En la servant je lui demande comment se passe la vie dans son bouclard : « J’en peux plus. On n’a pas le droit de s’assoir même quand y’a personne et j’ai tellement mal aux pieds que je suis venu ici pour la pause. » Je m’assieds à ses côtés « et ça marche en ce moment ? » « Tu parles y’a pas de client. Ceux qui achètent ici attendent les beaux jours et les autres vont en France parce que c’est moins cher. Je suis même pas sûre de garder mon job avec le chiffre qu’on fait en ce moment ! » Robert affalé lui demande d’où elle vient ? La pauvre petite lui répond « M’en parlez pas Monsieur, je viens d’Annecy tous les matins. » Terrain glissant, Je fais les gros yeux à Robert pour qu’il la ferme. « C’est drôlement loin mais c’était ça ou le RSA et comme mes parents sont au chômage faut bien que quelqu’un bosse dans la maison. » Denise décide de mettre son grain sel, « Et y’a pas de boulot en France ? » La jeunette la regarde ahurie « Ben non ! Sinon je travaillerais là-bas. »  La jeune fille à l’air au bout du rouleau et Denise lui offre un second café qu’elle boit lentement en regardant dans le vague sa jeunesse qui s’étiole.

Après son départ, Damien, notre chômeur maison, « En plus je suis sûr qu’ils la paient au lance pierre ». Robert toujours étonnant « Elle est courageuse la p’tite ! Denise, assure-toi qu’elle mange bien  le midi. Je la trouve maigrelette. »  Damien sourit sans lever les yeux de son clavier. L’instit qui a assisté à la scène sans rien dire me regarde complice. La journée continue ponctuée des petites joies et des malheurs ordinaires d’une population qui sait à quelle sauce elle est mangée mais n’a plus ni la force ni les relais pour envisager un changement significatif de sa qualité de vie. Mon stage de deux semaines dans ce bistrot aura servi à deux choses : donner un coup de main à mes potes et me souvenir pourquoi j’ai la rage de vivre et qu’une poignée de petits bourgeois revanchards et bureaucrates ne pourrons jamais faire de moi une « militante obéissante»… Il y a bien trop faire !

Je dédie ce texte à tous les procéduriers, impuissants de la pensée politique créative et efficace. A tous les militants qui pissent dans la ligne qui ont le vent de l’Histoire qui leur souffle dans le cul.

Lulu la nantaise de retour avec la gniac !    

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