19/05/2013

On ne touche pas à mes seins !

 

Ces dernières semaines, le mauvais temps a rendu tout le monde maussade et le café du « Sabre et de l’amitié réunis » fonctionnait au ralenti. De temps en temps un petit apéro sympa ou une bouffe sur le pouce dans la cuisine mais rien de bien exaltant. Nous avons reçu des nouvelles de Momo qui a participé à la manif de Méluche. J’ai raconté  mes relations houleuses avec Shorty, on a mollement discuté des élections au grand conseil, mais en fait personne n’avait vraiment le cœur à ça. Le blues de l’absence de printemps était la principale base de nos rapports. Donc ce matin quand j’entre dans mon bistrot je m’attends à voir Palu abattu derrière le bar, Robert devant une télé muette, Denise qui lit un magazine pipole dans sa cuisine et Clochette qui tintinnabule dans le fond de la salle un livre de français sous les yeux. Elle est notre printemps. Tous les mots français la font rire et elle les répète encore et encore. Son accent russe nous ravit et c’est avec empressement que tout le quartier s’est mobilisé pour lui enseigner notre langue, du coup nous on apprend le russe enfin l’accent russe.

Le col de mon imper relevé j’entre dans la salle aux vitres embuées, et là, stupéfaction : le bistrot est envahi pas les femmes du quartier. Elles sont toutes là, Duda la malienne, la coiffeuse espagnole et sa petite amie, l’instit à la retraite, ma voisine du dessus, une copine qui habite un peu plus haut dans le quartier, Denise, Clochette et toutes arborent qui un chemisier transparent, qui un décolleté vertigineusement plongeant. On se croirait dans un bordel. « Les fins mois sont si difficiles que ça, vous attendez le clille ? » Denise « Nan madame ! On manifeste ! » Ouf je retrouve les délires ordinaires de mon rade. J’attends que Denise s’explique « C’est vrai quoi, il faudrait se faire couper les seins pour ne pas avoir de cancer. Alors faut savoir c’qu’on veut. Une fois on doit les avoir durs et ronds comme des ballons foot, une fois c’est les œufs au plat qui sont à la mode et maintenant dans le journal y’a des spécialistes qui prétendent que ça couterait moins cher aux assurances si on se les faisait couper. » « Et les mecs qu’ont des cancers de la prostate on leur demande de se faire couper les pompons ? » Ma voisine surenchérit « On fait des manifs pour les petites bêtes mais nous, les femmes, on devrait nous couper les seins. » C’est l’émeute. L’instit à la retraite s’écrie « Celui qu'a pensé ça il aime pas les nichons et faudrait lui faire une ablation du cerveau. » Applaudissements nourris, rires en cascade et tournées générales, musique et danse du ventre à midi plus personne ne sait pourquoi toutes ces femmes ont les seins à l’air.

Je crois que je vais organiser une visite guidée de mon bistrot favori. J’ai l’impression que ceux qui demandent la création de « lieux de convivialité », je ne citerais pas les petits Verts municipaux, devraient venir ici un matin comme celui-ci pour comprendre que ces lieux existent déjà et que ce sont les bistrots. Ici pas de règlement, pas convoc avec ordre du jour, pas de discrimination sociale ou autre et pas d’horaire sauf ceux d’ouverture et de fermeture. A ceux qui revendiquent la mixité sociale mais qui aimeraient transformer nos vie en une interminable convalescence,je recommande la fréquentation assidue des bistrots de leur quartier. Car des « Sabre et l’amitié réunis » Il y en a partout et ce sont même les derniers lieux de liberté d’expression. Attention ! Ça ne vaut pas pour les rades à bobos qui servent de caïperinha à 18 balles le verre ou des thés exotiques sans alcool. Dans ceux-là faut chuchoter mais au prix du verre pas de danger de prendre une caisse.

Lulu la nantaise        

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Commentaires

Excellent !!

J'adore les explications de Denise. Elles mettent en lumière ce que mon regard avait ignoré ... :)

Écrit par : Loredana | 20/05/2013

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