28/05/2013

L'opium du peuple

 

Notre association du « fromage blanc et du caramel mou » a décidé de se rencontrer dans un autre bistrot. Personne n’est fâché avec Denise et Robert mais nous avions envie d’une soirée plus exotique. Nous avons donc fait cent mètres de plus pour nous retrouver dans un bistrot voisin dans la même rue. A l’ordre du jour : comment se débarrasser des toquards qui encombrent nos vies.  Je ne suis pas certaine que le taulier savait à quoi s’attendre en acceptant de nous recevoir… La salle comble bruisse d’une multitude de médisances et avant même l’ouverture de la séance quelques-uns ont commencé à dresser la liste de tracasseries qu’ils déploieront devant l’assemblée. Le thème doit être porteur car tous nos adhérents sont présents.

Après une introduction homérique de notre Président dont la teneur générale est « On a tous dans la vie deux ou trois boulets qui nous pourrissent l’existence et nous sommes ici pour définir une stratégie afin de s’en débarrasser  définitivement avant qu’un malheur arrive » Comme des gadgets de tableau de bord tout le monde hoche la tête pendant l’intervention de notre leader maximo. Des mains se lèvent et Robert grand prince distribue la parole. Sur sa chaise haute derrière le bar il est en position d’autorité. Pas besoin d’une agence de com pour lui expliquer comme prendre le pouvoir dans une assemblée, chez lui c’est naturel.

 Entre les problèmes de voisinages, familiaux, économiques, politiques et médicaux nous faisons en deux heures le tour de toutes les petites et grandes souffrances populaires. C’est marrant mais rien sur l’insécurité dans la rue et rien sur les dealers… Chacun est préoccupé par une facture impayée qu’on lui réclame avec trop d ‘insistance, des mauvais soins reçus aux HUG, le chômage et l’arrogance des personnes en charge de recruter, les enfants adultes à la maison plantés devant leur ordi, les fins de mois qui commencent trop vite et les augmentation de la bouffe dans les supers marchés mais toujours rien par exemple sur les prostituées qui travaillent dans le quartier.  Une bonne demi-heure sur les transports et les distributeurs de billets dont personne ne sait encore comment ils fonctionnent. Les assurances sont en bonne place mais moins que les loyers prohibitifs. Ce qui devait être une réflexion se transforme en thérapie de groupe géante.

Tout à coup c’est le dérapage, un mec  plutôt bien de sa personne se lève et commence à invectiver ces cloches incapables de prendre leurs responsabilités, il traite les chômeurs de fainéants. Si on veut on peut,  tous des loosers, etc… » Je me carre dans mon fauteuil au fond de la salle et j’attends que ça commence à saigner. Le brouhaha est indescriptible, Robert totalement débordé abandonne sa présidence et se commande d’urgence un demi de rouge. Le pauvre homme qui croyait qu’on était en démocratie se fait injurier par les plus virulents qui lui jettent à figure des noms d’oiseaux plus qu’exotiques. Paniqué l’hôte de cette réunion vient nous voir « Y vont pas le lyncher j’espère ? J’appelle la police ou bien ? » Coutumier de ce genre de débordement Robert lui  répond tranquillement  « Annonce une tournée générale et tu calmeras le jeux ! » Le patron s’exécute et comme par enchantement l’assemblée se calme.  Chacun tapant sur l’épaule de l’autre, les participants se rassemblent par petits groupes et continuent à discuter. L’instit à la retraite qui est assise avec nous au fond de la salle me regarde « Si on avait un doute sur la fonction des drogues… » Robert scandalisé « C’est pas de la drogue, c’est  que du pinard. ! » Nous éclatons de rire en lui montrant du doigt sont demi de rouge déjà terminé.

Lulu la nantaise

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