02/11/2013

A M. Menoud,

 

 

Mes plus anciens souvenirs sont des visions des toits de Paris brillants sous la pluie. Je devais avoir deux ans et nous habitions  rue des Amandiers à Belleville une minuscule chambre dans un meublé pourri. C’était le temps ou Mendes France se débarrassait de la surproduction de lait dans les écoles primaires on servant un verre de lait tiède aux enfants le matin. Résultat des courses presque tous mes copains de l’époque ont le lait en horreur.  Les bistrots de l’époque en plus du pinard vendaient aussi du bois, du charbon et faisaient crédit.  La guerre n’était pas loin et ma mère utilisait encore des tickets de rationnement pour le pain ou la viande. Dans ce quartier ouvrier sur les hauts de Paris la vie ressemblait plus à celle d’un village qu’au luxe des Grands boulevards. Les rares voitures n’empêchaient pas les jeux dans la rue et j’ai encore dans l’oreille l’échos des rires d’enfants dans ces cours où de temps en temps un chanteur de rue venait pousser la chansonnette.  Nous lui jetions des pièces de monnaie enroulées dans un  bout de journal. C’étaient pour nous les plus grands artistes du monde. Jusqu’à sept ans le XXème arrondissement a d’ailleurs été l’unique monde que je connaissais.

depuis toujours ce quartier était celui qui voyait s’installer tous les travailleurs pauvres de France, de Navarre ou d’ailleurs. Juifs de partout, polonais, arabes, français, chinois, corses ou russes Belleville a toujours été une mosaïque et elle le reste. Aujourd’hui les bobos ont repris les ateliers pour en faire des lofts, les graffeurs tiennent le haut du pavé, les restaurants chinois se comptent par centaine mais c’est toujours le quartier de la Môme et Maurice Chevalier là ou l’accent des faubourgs se encore cultive avec ferveur.

Pour toutes ces raisons et des milliers d’autres encore je regrette que le Monsieur le conseiller  municipal MCG, n’ait pas eu comme moi l’incroyable orgueil de faire partie de ceux qui récitaient par cœur le nom des 147 fusillés du mur des Fédérés. La Commune est passée, la Commune s’en est allée mais il reste dans le cœur de tous les habitants de Belleville l’immense gloire d’avoir été de ceux qui ont écrit une page importante de l’histoire ouvrière.  S’il m’était donné de revivre mon enfance c’est avec un plaisir sans limite que je retournerais à Belleville.

Question à Monsieur Menoud : connaissez vous par coeur le nom des victimes de la Plaine de Palais en 32, vous le genevois de souche ?


Salika Wenger

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