08/03/2015

Si l’on parlait un peu sérieusement de la dette ?

 

Si l’on parlait un peu sérieusement de la dette ?

Il est important d’être au clair sur une question qui taraude le débat et l’action politique de notre Canton. Contrairement à ce que certains économistes du dimanche laissent entendre,le FMI a lui-même reconnu dans une étude qu’il n’existe pas de seuil critique du montant de la dette publique au-delà duquel la croissance serait impossible.

D’un point de vue technique, la dette publique est la somme des dettes de l’Etat, des collectivités et des régimes sociaux (santé, retraite, famille et chômage) elle se nourrit des déficits annuels des budgets publics et des comptes sociaux. Cependant la dette publique obéit à d’autres facteurs que la seule arithmétique des dépenses et des recettes. Ce point est déterminant pour un jugement sérieux car nous traitons une question d’économie publique et d’économie politique, pas seulement d’une question comptable. Donc rien à voir avec la gestion d’un ménage ni même de celle d’une épicerie de quartier ou d’une entreprise du SMI !  L’Etat n’a pas à gagner d’argent.

L’Etat moderne a pour charge un destin collectif et ce par le biais d’une redistribution qui s’intitule les politiques publiques. Ces politiques publiques parfois coûteuses, notamment en termes d’investissement d’intérêt général, sont garanties par la pérennité de l’Etat et ne peuvent donc pas obéir à la seule logique du bon père de famille qui ne dépense pas plus qu’il n’a comme nous le sert tous les jours le prêt-à-penser libéral voire ultra-libéral.

Les idéologues de la droite libérale veulent réduire le rôle de l’Etats à ses strictes missions régaliennes alors que l’idée même d’Etat moderne est aux antipodes de cette conception. Un Etat peut être en excellente situation avec une dette élevée si la dynamique de cette dette est positive et que son économie est en croissance. Ce qui le cas dans notre Canton.

De plus il est faux de dire que la dette représenterait une charge nette laissée aux générations futures... C’est une approche étrange qui consiste à ne prendre en compte dans l’analyse que le passif, sans tenir compte de l’actif. L’actif? Tout simplement ce qui est laissé, notamment en termes d’infrastructures, aux générations futures. Donc, inutile de dramatiser la question de la dette publique de manière simpliste, quand ce n’est pas malhonnête.

La partie légitime de la dette ne devrait-elle pas être considérée comme un élément structurel nécessaire, mais pas suffisant, au  fonctionnement de l’Etat ?

Tout se passe comme si la réduction des déficits et des dettes publiques était  aujourd’hui l’objectif prioritaire de la politique économique menée dans notre canton.

La baisse des salaires des fonctionnaires, ou la réduction des dépenses publiques, sont justifiés au nom de cet impératif. Le discours dominant sur la montée de la dette publique fait comme si son origine était évidente: une croissance excessive des dépenses publiques. Mais ce discours ne résiste pas à l’examen des faits. La dette d’Etat – qui représente l’essentiel de la dette publique - a augmenté parce que tout au long de ces années car notre Canton s’est systématiquement privé de recettes en exonérant les ménages aisés et les grandes entreprises. La multiplication des cadeaux fiscaux et des niches a fait chuter les recettes de l’Etat de manière substantielle. Si le canton, au lieu de se dépouiller lui-même, avait maintenu constante la part de ses recettes la dette publique serait aujourd’hui bien inférieure à son niveau actuel. Donc la hausse de la dette publique provient pour l’essentiel des cadeaux fiscaux et d’intérêts trop hauts.

Autre manœuvre peu subtile pour présenter la dette consiste à ne porter le regard que sur la dette publique et pas sur sa face cachée... la dette privée. C’est un choix souvent fait par les commentateurs et c’est une manœuvre très discutable, car dans bon nombre d’Etats le niveau de socialisation des dépenses d’assurances santé, chômage et retraite est assez faible comme chez nous par exemple. Or ces dépenses, non socialisées, relèvent d’un financement par les ménages. Elles font donc exploser la dette privée puisque les ménages empruntent davantage du fait de cette charge sur leur budget et leur épargne. Si l’on veut être honnête et sérieux dans l’analyse et les comparaisons il faudrait, pour les pays à faible endettement public résultant d’une faible socialisation de certaines dépenses, prendre en compte une partie de la dette privée pour mesurer l’impact réel des choix politiques sur les ménages. Inutile de dire que ce n’est jamais fait.

Les ressources publiques augmentent soit par la croissance de l’activité (augmentation du PIB et donc du produit des rentrées fiscales), soit par l’augmentation des taux d’imposition ou de cotisation et, donc, du montant du produit des prélèvements obligatoires (impôts directs et indirects, cotisations sociales). 

Or où va-t-on effectuer des économies drastiques et avec quelles conséquences dans un canton où, mis à part les discours en forme de coup de menton, le seuil d’acceptabilité réel des réductions de dépenses publiques est très bas, voire inexistant? Les réductions demandées cette année sont d’une ampleur telle qu’elles seront contreproductives par leur effet multiplicateur négatif sur la croissance. Bref un désastre sauf pour les tenants de la théorie du choc qui souhaitent imposer au peuple, déjà largement maltraité durant cette période, les purges nécessaires pour payer leur incurie et ainsi rétrécir le périmètre de la fonction sociale de l’Etat. Nous verrons bientôt fleurir les écoles privées, les hôpitaux privés, les universités privées, les transports privés, et pourquoi pas, c’est déjà le cas dans certains pays, des routes privées. Quant aux logements sociaux leur rendement n’étant pas des plus attrayants pour la spéculation ils seront réduits à leur strict minimum.    

Vouloir traiter la dette publique comme une vulgaire dette privée revient, ontologiquement, à nier l’idée même de collectivité agissant dans la durée en tant que puissance publique au travers d’un Etat moderne, c’est-à-dire à la fois régalien et prestataire de solidarités. Par l’affirmation et la défense du crédo libéral la droite veut réduire l’Etat uniquement à son rôle régalien. En prétendant réduire les coûts et donc la redistribution sociale légitime par les services publics, la droite laisse à la dette privée et aux inégalités le règlement des questions qui peuvent selon elle être couvertes par des prestataires privés. Le traitement de la dette publique n’est donc pas un choix comptable, ni même seulement économique, c’est un choix politique. Il faut en finir avec le mensonge qui plombe la vie de chacun : le discours sur la dette publique, et le soit disant fardeau laissé aux générations futures, sont une machine de guerre de l’idéologie néolibérale contre l’Etat providence et les acquis sociaux.

 

 

 

 

 

 

 

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Commentaires

Bravo.

C'est le meilleur post que j'ai lu depuis des années sur les blog des TDG et 24H.

Abe

Écrit par : Jocauss | 09/03/2015

très étonné de ne pas voir mon commentaire publié...

Écrit par : PIerre Jenni | 10/03/2015

Désolée mais je n'ai pas reçu de commentaire de votre part. Je l'aurais publié car je le fais pour tous les messages que je reçois.

Écrit par : salika.wenger | 10/03/2015

@Jocauss?

"C'est le meilleur post que j'ai lu depuis des années sur les blog des TDG et 24H."

Ah bon? Moi j'ai rarement lu autant de conneries en un seul post.

En premier lieu c'est truffé d'affirmations factuellement fausses ou imprécises.

Exemple:

"Le discours dominant sur la montée de la dette publique fait comme si son origine était évidente: une croissance excessive des dépenses publiques. Mais ce discours ne résiste pas à l’examen des faits. La dette d’Etat – qui représente l’essentiel de la dette publique - a augmenté parce que tout au long de ces années car notre Canton s’est systématiquement privé de recettes en exonérant les ménages aisés et les grandes entreprises. La multiplication des cadeaux fiscaux et des niches a fait chuter les recettes de l’Etat de manière substantielle."


Chiffres du canton de Genève, spicilège (de 2000 à 2013 le dernier chiffre certain, je t'épargne toute la séquence, déjà avec quatre chiffres on voit très bien le trend):

Donc il n'y a pas vraiment eu de croissance des dépenses publiques?

2000 - c'est 5979 millions
2004 - c'est 6764 millions
2009 - c'est 7597 millions
2013 - c'est 8825 millions

Et donc il y aurait eu chute des recettes fiscales de manière substantielle?

2000 - c'est 5756 millions
2004 - c'est 6436 millions
2009 - c'est 7586 millions
2013 - c'est 8793 millions

Et je ne te donne pas les chiffres des années 80, le socialo-communiste que tu es prendrait peur: la Genève de ces années risque de passer pour un "enfer ultra-libéral" en comparaison à aujourd'hui. C'est à se demander comment on a bien pu survivre à cette époque sans tout cet état maman-dépensier.

En second, on a là quelqu'un qui connait l'économie comme un poisson rouge peut comprendre la neige, et qui ergo balance caricature sur caricature en la matière.

Exemple:

"Les ressources publiques augmentent [...] par l’augmentation des taux d’imposition ou de cotisation et, donc, du montant du produit des prélèvements obligatoires (impôts directs et indirects, cotisations sociales)."

Selika Wenger confond les taux de prélèvement et les rentrées effectives. D'ailleurs, outre cette confusion elle croit que le produit des prélèvements est une fonction croissante monotone du taux de prélèvement ce qui est faux. La fonction correspond à un lien quadratique. En fait, comme tout bon socialiste, elle raisonne dans une économie statique, comme si les agents économiques ne modifiaient pas leur comportement en fonction des conditions qu'on leur donne et donc que les changements de ces conditions ne produisaient pas d'effet à la marge. Elle est donc à mille lieues d'imaginer que selon la position sur la fonction une baisse des taux peut tout autant produire une diminution de la recette comme une augmentation de celle-ci, et réciproquement qu'une hausse des taux peut tout autant produire une augmentation de la recette comme diminution de celle-ci.

Ma préférée:

"Bref un désastre sauf pour les tenants de la théorie du choc qui souhaitent imposer au peuple, déjà largement maltraité durant cette période, les purges nécessaires pour payer leur incurie et ainsi rétrécir le périmètre de la fonction sociale de l’Etat".

On sent la personne qui à probablement lu la propagande des journalistes à la Naomi Klein mais qui n'a absolument pas lu les économistes qui ont été caricaturés par cette propagande d’ignorants et qui énoncent ce qu'elle appelle à tort la "théorie du choc". Quiconque a lu Friedman ou Schumpeter et a pu comparer est mort de rire.

Etc, etc., etc.

Je te laisse chercher toi-même les nombreuses autres erreurs dans la copie de l'élève Selika, moi je n'ai pas le temps.

De façon lapidaire on peut dire que si Selika Wenger avait raison, la Grèce qui a développé un état social comme elle aime, avec un des taux de fonctionnaire le plus élevé, un des taux de prélèvement sur le PIB le plus élevé et une des dettes en valeur PIB la plus élevée, tout ça pour multiplier le service public, financer des dépenses de fonctionnement et arroser les électeurs avec de la bonne distribution socialiste et gratuite de pognon, bref la Grèce qui a prélevé et dépensé sans compter comme elle le suggère, devrait être le pays le plus prospère d'Europe avec un des services publics parmi les plus efficients. La Suisse qui en est aux antipodes -parce qu'ici on écoute moins le chant des sirènes socialistes, même si on les écoute encore trop à mon goût- devrait au contraire être celui où on vit le moins bien avec un service public exsangue.

Que constate-t-on? L'exact opposé.

En substance, ce que Selika Wenger nous dit, c'est que si on fait comme la Grèce, on va finir autrement. La folie des socialo-communistes en économie consiste à croire que de répéter encore et encore des causes identiques finira par produire des effets différents.
Et le jour où nous arriveront au même résultat à cause de leur incurie, ce sont les mêmes qui ensuite, lorsque la catastrophe surviendra, qui viendront se plaindre de ce que les banques saignent le peuple avec le service de la dette qu’ils ont eu même poussé à contracter et qui accuseront le libéralisme allié du grand capital et de la finance, alors que les libéraux n’ont cessé de vouloir freiner la croissance de cette dette.

Si eux seuls devaient subir les conséquences de leurs choix et de leurs propositions ubuesques en termes de mécanique économique, on pourrait les laisser expérimenter et s'amuser de les voir au bout -comme le Dieu de Bossuet- maudire les effets des causes qu'ils chérissent tout en accusant le libéralisme. Le problème, c'est que lorsqu'ils coulent la barque, ils nous emmènent avec eux au fond.

Écrit par : Frederic Bastiat | 10/03/2015

1ère remarque : Je m'appelle SAlika.

2ème je vous renvoi à la réflexion des économiste atterrés et en particulier à leur manifeste :

http://www.atterres.org/page/manifeste-d%C3%A9conomistes-atterr%C3%A9s

je vous souhaite une bonne lecture de ce document et je m'amuse déjà car de ces personnes vous ne pourrez nier les compétences qui probablement supplantent les vôtres tant sur le fond que sur la forme.

Écrit par : salika.wenger | 10/03/2015

A part cela j'ai jamais vu une collectivité publique faire faillite sans avoir de dette et de déficit.

" Selika Wenger avait raison, la Grèce qui a développé un état social comme elle aime, avec un des taux de fonctionnaire le plus élevé, un des taux de prélèvement sur le PIB le plus élevé et une des dettes en valeur PIB la plus élevée "

Il en va de même pour la France. Charge fiscale élevée et des dépenses publiques et sociales plus élevé qu'ailleurs avec en ligne de mire une faillite annoncée.

D.J

D.J

Écrit par : D.J | 10/03/2015

Quelles solutions à la dette? Ne pas vivre au dessus de ses moyens et des conseils d'administration plus vigilants. L'administation genevoise coûte cher au contribuable qui paie encore des impôts et devrait vérifier les abus de certains citoyens au bénéfice de l'aide sociale,afin de ne pas léser ceux qui en ont vraiment besoin. L'image de Genève et la compétitivité constamment évoquées par nos élus est une ritournelle grinçante. Les abus de pouvoir de certains politiciens à Versoix sont consternants. L'anarchiste non-violente:Fabienne Brunet.

Écrit par : Brunet Fabienne | 11/03/2015

J'ai des doutes sérieux. Est ce que j'écris en français ou dans une autre langue inconsciente ignorée de moi même ? Je redonne donc l'adresse des économistes atterrés :


http://www.atterres.org/page/manifeste-d%C3%A9conomistes-atterr%C3%A9s

Si quelque chose vous échappe, parlez m'en j'ai besoin de rire !

Écrit par : salika.wenger | 11/03/2015

Bonjour Salika,
Je reviens puisque vous n'avez pas reçu mon précédent commentaire.
Mais vous n'allez pas franchement rigoler...
http://www.objectifliberte.fr/2010/09/economiste-atterres-reellement-navrants.html
Nous dépensons 1 millions par jour d'intérêts de la dette. Aucun impôt ne régaterait !

Écrit par : PIerre Jenni | 11/03/2015

A chacun ses rêves. Je chéris l'idée d'un parti libertarien en Suisse qui permettrait le développement d'un Etat réduit mais fort et efficace. UP!Schweiz est peut-être ce parti, mais il restera marginalisé encore longtemps car les Suisses n'aiment pas trop le changement.
Je défends aussi l'idée du RMG pour (ou contre) lequel nous serons appelés à voter.
http://www.courrierinternational.com/article/2010/04/29/les-miracles-du-revenu-minimum-garanti
http://www.pierrejenni.ch/blog/54-initiative-federale-pour-un-revenu-de-base-inconditionnel

Écrit par : PIerre Jenni | 11/03/2015

@Salika Wenger:

1. "1ère remarque : Je m'appelle SAlika".

Ce que vous expliquez en somme c'est que la seule erreur factuelle dans ce que je dis que vous arrivez à relever, c'est un "e" à la place d'un "a" dans notre nom. C’est maigre.

2." 2ème je vous renvoi à la réflexion des économiste atterrés et en particulier à leur manifeste :"

Et voici venir l'infatigable arguentum ad verecundiam, stratégie de rhétorique de ceux qui n'arrivent pas à argumenter eux-mêmes.

Avant de discuter votre argument, une chose a dû vous échapper, autant pour moi de ne pas l'avoir mentionné : je suis économiste. En l’occurrence, j'ai fait économie politique et analyse monétaire en faculté d'économie à l'université. Pas HEC, mais bien économie, pure et dure. Ainsi, votre argument d’autorité qui consiste à invoquer des économistes a peu d’effet sur moi.

Toutefois, je n'ai pas la prétention d'être un brillant économiste, je sais rester modeste. Voyons donc maintenant l'autorité que vous invoquez pour me contredire, puisque probablement ce sont de brillants économistes qui me seront dès lors bien supérieurs.

En économie, comme dans toute science sociale (ou même en science dure), on évalue les scientifiques à l’aune de la publication de leurs travaux dans des revues scientifiques qui font références dans le domaine. En économie, les économistes sérieux, ne sont pas ceux qui s’expriment sur les plateaux de télé, ce sont ceux qui publient dans des revues peer review comme American Economic Review, Quarterly Journal of Economics ou Econometrica, vous savez (suis-je bête, non vous ne savez bien évidemment pas) ces revues à fort impact factor dans lesquelles le processus de reviewing est tellement sévère et écrème tout ce qui n’est pas de qualité que les travaux qui arrivent à y être publiés sont très vite cités comme références.

Et quel est le socle de l'argument d'autorité de madame Wenger ? Est-ce un article paru dans l’une de ces revues ? Non. Est-ce au moins un auteur de grand renom qui publie dans ces revues et qui donc fort de la reconnaissance de ses pairs viendrait prendre position sur un domaine d’économie même connexe au sien ? Non plus. La force de l’argument de Madame Wenger repose sur un manifeste en quelques points d’une poignée d’économistes français inconnus des autres économistes au niveau mondial (entendez par là qui ne publient jamais dans les revues sus-mentionnées) et qui sont très clairement à l’extrême-gauche.

Sacré autorité.

Ceci dit, je suis bon joueur. Admettons la conclusion qui découle de ce stratagème : celui qui peut mettre les économistes dans son camp gagne. Je trouve le procédé un peu faible, mais soit. Nonobstant cette concession, votre position reste très faible, parce qu’en plus de reposer sur de la pure rhétorique, vous raisonnez très mal avec.
Regardez pourquoi. C'est Francis Bacon qui rapporte dans le Novum Organum que face à un athée et pour lui faire croire à l'existence de Dieu, les gens d'un village lui montrèrent une galerie de portrait de marins qui lors d'une tempête avait prié et étaient revenus vivant. N'est-ce pas là la preuve de l'existence de Dieu lui clamèrent-ils. Il leur répondit: montrez-moi les portraits de tous les marins qui ont priés et qui ne sont pas revenus.

Mutatis mutandis, Madame Wenger, et si vous nous montriez tous les économistes qui ne sont pas d’accord avec vous et les propositions de ce manifeste produit par des économistes dont les vues sont ultra-minoritaires? Autrement dit, et si vous nous citiez ce que dit la majorité des économistes dans le monde plutôt qu'un échantillon tronqué d'une poignée d'économistes franco-français d’extrême-gauche que personne ne connait en économie?

Vous me faites l’effet de ces religieux qui pour asseoir l’existence de Dieu devant leurs contradicteurs sortent du chapeau les trois ou quatre scientifiques croyants qu’ils arrivent péniblement à trouver tout en passant à la trappe le fait que l’écrasante majorité d’entre eux n’est pas croyant.

Que ne voilà pas votre propre argument d'autorité retourné contre vous. Vous riez toujours?

Comme les effets de manche et la rhétorique ne m’intéressent que peu pour argumenter, chez les gens qui raisonnent sur le fond cela n’a en effet aucun intérêt car cela ne permet pas de dissocier le vrai du faux, discutons donc tout de même un petit peu de la force factuelle de ce que disent ces économistes. Prenons uniquement leur point 4 qui est celui relatif au lien entre la dette et le problème que cela peut générer qui nous concerne ici.

Voici ce qu'ils disent sous leur point 4:

"L’explosion récente de la dette publique en Europe et dans le monde est pourtant due à tout autre chose : aux plans de sauvetage de la finance et surtout à la récession provoquée par la crise bancaire et financière qui a commencé en 2008 : le déficit public moyen dans la zone euro n’était que de 0,6% du PIB en 2007, mais la crise l’a fait passer à 7% en 2010. La dette publique est passée en même temps de 66% à 84% du PIB."

L’imbécile que je suis face à ces sommités inconnues se permet une question bête: les 66% de dette de moyenne d’avant la crise des subprimes de 2008, d’où viennent-ils ? Je pose la question parce que si la crise explique prétendument les 18% de hausse moyenne à ce moment-là, reste que les 66% d’avant proviennent d’une autre cause. Comme ils annoncent un déficit public de moins de 1% par année, on imagine que les quatre cinquième du problème (66% des 84%) proviennent donc bien d’une hausse constante année après année de la dette en raison de la dépense supérieure aux recettes…CQFD. Les subprimes, c’est en moyenne 1/5 du problème.

Ceci étant dit, je formule maintenant une remarque à partir de là dont la portée va vous échapper : à supposer que la crise des subprimes explique bien ce 1/5 supplémentaire de dette, cela ne montre pas encore que c’est cette augmentation qui est responsable de l’effondrement constaté de certains pays à cause de la dette. Dit plus simplement les 4/5 de la dette déjà présent ne participent-ils pas fondamentalement au problème, qui dès lors serait tout de même survenu sans les subprimes, simplement avec un peu de retard?

Il est fallacieux de prendre des moyennes comme ils le font sur l’ensemble sans regarder pays par pays ce qu’il se passe compte tenu de ce que certains ont eu des problèmes en raison du niveau de leur dette et d’autres pas. C’est très trompeur et cela ne convainc que les imbéciles qui ne raisonnent pas. Il suffit d’avoir de nombreux pays dont la dette était très faible et n’augmentait pas avant et qui de ce fait n’ont pas connu de problème au moment des subprimes (ceux qui sont responsable de la hausse moyenne de moins de 1% du déficit) et d’y noyer les pays dont le déficit chronique est plus fort et qui avaient déjà au moment de la crise des subprimes une dette astronomique comme la Grèce, pour générer une illusion sur la moyenne qui ne correspond absolument pas causalement à ce qui se passe.

Pour savoir ce qui se passe il faut prendre l’ensemble des pays non pas en présentant juste une moyenne, mais en regardant qui s’effondre et qui ne s’effondre pas, mesurer la variation du déficit par pays tant après les subprimes qu’avant, contrôler aussi par le niveau de dette initiale au moment des subprimes ainsi qu’au moment de l’effondrement, puis voir dans une analyse de régression bien faite combien chacun de ces derniers facteurs prédisent le premier, à savoir l’effondrement ou pas. C’est malhonnête de présenter juste des moyennes avec des pays qui n’ont pas du tout les mêmes situations ni ne subissent les mêmes conséquences pour cacher la merde au chat.
Je vais le dire d’une autre façon simple avec en exemple deux pays: vous prenez (ma source c’est les tables eurostat ) le Luxembourg qui avait une dette d’environ 7% en valeur du PIB en 2007 (avec un déficit par an proche de zéro) et la Grèce qui avait déjà une dette de 103% en valeur du PIB au même moment (avec un déficit chronique d’environ 7% par an). On constate que la dette du Luxembourg passe à 16% environ en valeur du PIB et celle de la Grèce à 126% en valeur du PIB de 2007 à 2009. Notez que c’est environ la même augmentation si on enlève l’augmentation continue précédente propre à chacun qui n’a rien à voir avec les subprimes (cela laisse +8% pour le Luxembourg et +10% pour la Grèce). Alors même que l’augmentation en valeur de PIB de la dette due à la crise est assez proche pour les deux pays, on constate que l’un s’effondre deux ans plus tard, mais pas l’autre. C’est curieux, à degré de changement similaire en raison de la cause que ces économistes invoquent on aurait attendu un effet similaire à l’arrivée. Or, l’un s’effondre et l’autre se porte comme un charme. Pourquoi ? Parce que la différence est à chercher dans les niveaux de la dette entre les deux pays avant la crise: ne croyez-vous pas que l’effondrement de la Grèce ait quelque chose à voir avec le fait que sa dette était déjà à 103% en valeur du PIB avec une augmentation d’environ 7% par an avant même les subprimes tandis que pas le Luxembourg?

L’effondrement de la Grèce n’a que peu à voir avec les subprimes, cela a juste été le catalyseur qui a accéléré l’inéluctable dont la cause est le déficit chronique année après année et une dette colossale au bout du cumul, bref grosso modo ce que vous préconisez de faire dans votre post initial parce que selon vous ce n’est pas un problème.

Je vais vous le dire de façon beaucoup plus claire avec une métaphore que n'importe quel imbécile peut comprendre: supposez que la Grèce est une voiture qui démarre à l’instant T(0), et qui à chaque instant T(i) depuis son départ augmente sa vitesse de 7km/h . Elle roule droit en direction d’un mur qu’elle va percuter. On regarde à l’instant T(n) quand la voiture est assez proche du mur et on constate qu’elle roule à 103 km/h. L’instant suivant, l’instant « subprime » elle a encore pris 6km/h, c’est à peu près son augmentation usuelle comme à tous les instants précédents. L’instant suivant elle prend les 7km/h usuels plus 10km/h qui représentent un petit coup d’accélérateur supplémentaire survenu à l’instant suprime. Finalement, un instant plus tard, elle percute le mur et c’est le drame. Vous pensez que la cause majeure de l’accident et de sa gravité c’est les 10km/h qu’elle a pris en plus à cause de l’accélération supplémentaire à l’instant subprime ou l’accélération constante de la voiture depuis son départ bien avant l’instant suprime ?

Et le Luxembourg alors ? Lui il s’en sort indemne. Comment est-ce possible, il aurait dû avec cette impressionnante accélération de 8km/h due à l’instant subprime et comparable à celle de la Grèce subir le même accident que cette dernière si c’est cela la cause? Et pourtant le Luxembourg n’a pratiquement aucun dégât et il continue à rouler. Par quel prodige est-ce possible? Ne serait-ce pas que la cause de la variation dans l’issue fatale pour l’un et pas l’autre, c’est selon toute vraisemblance potentiellement la différence des vitesses cumulée tout du long, plutôt que le petit coup d’accélérateur juste avant?

Ce que disent de façon péremptoire vos charlos d'économistes de gauche et inconnus en dehors de la France, revient à dire que le problème c’est les 10km/h en plus pour la voiture Grèce en escamotant le fait que le Luxembourg avec la même accélération n'a pas eu de problème. Ils le font en présentant une moyenne qui mélange le Luxembourg avec la Grèce (en réalité tous les autres pays de l’union européenne) sans tenir compte des différences de situation par pays au départ et du résultat lui aussi différencié à l’arrivée. N'importe qui qui raisonne voit que c'est impossible de conclure quoi que ce soit causalement de cela. Très convainquant en effet.

Pour être un tant soi peu pris au sérieux on prend tous les facteurs causaux qui peuvent covarier et on fait une régression dans laquelle on contrôle les effets de chacun pour prédire l’outcome qu’on prétend expliquer. Ce que j’ai raconté de façon imagée avec la Grèce et le Luxembourg, vous le faites avec tous les pays dans une belle analyse de régression bien propre avec tous les contrôles qu’il faut. Après on peut commencer à tirer des conclusions dans un sens ou dans l’autre selon le résultat. Le moins qu’on puisse dire, c’est que de présenter des moyennes comme il le font et de tirer avada kevadra à partir de là les conclusions qu’ils tirent, pour des économistes c’est pas très sérieux.

Vous riez toujours ? Moi oui, pas vous ?

Vous voulez que je prenne d’autres conneries parmi celles qu’ils disent ou vous avez assez ri et vous voulez que la fessée s’arrête là?

Écrit par : Frederic Bastiat | 11/03/2015

Invitez donc Magali Orsini au débat sur cette foutue dette.
J'ai hâte de connaitre son avis.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 18/03/2015

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