20/05/2015

Les Freaks sisters 6

Alors que Babette dort encore et que nous ne saurons jamais ce que Marie fait dans sa chambre délabrée, Viviane et moi avons décidé de boire un café dans les Eaux vives. C’est le jour de « la rue est vous ». Promenade bouleversante les pieds dans la misère. Il y a quelques années  on pouvait encore trouver un machin à acheter et à jeter quelques temps plus tard.  Nous n’avons vu sur les trottoirs que la pauvreté en bataillons. Nous avons slalomé entre de vieux soutiens gorge, des sacs à mains misérables et des jouets usés d’enfances envolée, chaque vendeur nous regardant avec cette tristesse dans le regard qui est la marque d’une dignité blessée. Sans aucune joie nous avons rencontré quelques amis, bu un café sur une terrasse et passer notre chemin. Les loyers grimpent, les commerces de proximité ferment et le quartier se transforme peu à peu en une succession de bars et pizzérias plus prévisibles, uniformes et ennuyeux les uns que les autres. La mode est aux bars à vins, certains bios, d’autres régionaux, des prétendument millésimés, etc. Pas de picrate, de pinard, de rouge qui tache ou de jaja, que du cher ! Dans ces espaces qui se prétendent bistrots mais n’en n’ont que la déco sans l’âme, un couple de jeunes essaie de donner le change sans comprendre que la musique électro le matin c’est pas terrible.

De retour chez moi, nous trouvons des messages de nos deux amies qui arrivent avec les croissants et les dernières rumeurs de la nuit. Sur mon lit, Babette s’essaie au yoga, Marie assise en équilibre au bord est scotchée à son téléphone, Viviane fredonne en feuilletant le Monde et je me demande comment cette invasion s’est produite ? « Qui commence ? » demande Viviane. Marie « moi ! En réunion hier soir j’en ai entendu une bonne… » Nous sommes suspendue à ses lèvres. Grande militante devant l’Eternel notre chasseresse sait où trouver le bon gibier : dans les groupes politiques bien évidemment ! En dehors du fait qu’elle ramène toujours une proie ou deux c’est par définition le lieu des cancans car sous couvert de critique constructive, d’analyse des situations et des rapports de forces, ce genre de réunions tient plus de thérapie collective que d’un véritable groupe de réflexions. Les jeux de pouvoirs y sont les mêmes que partout ailleurs. De chez le coiffeur on ressort aussi joyeuse que lorsqu’on s’échappe d’une de ces réunions où beaufitude revêt des haillons d’intello.

« Et alors ? » le chœur des plus si vierges que ça. Marie se tourne vers moi et m’annonce qu’une de mes copines  estime qu’il est inutile designer pour les prochaines élections au National quelqu’un qui va mourir bientôt. Je connais la vieille peau dont parle Marie et je la sais venimeuse mais je pensais qu’elle me réservait ses crises d’hystérie coloniale. Comptable à la ramasse, elle a passé sa vie dans les « colonies » et imagine encore que le prestige lui est dû. Je comprends que la tristesse et le vide de son existence ne l’aient pas rendue aimable mais parfois elle dépasse les bornes. Sur mon lit tout le monde éclate de rire et Viviane, toujours un peu plus dure que nous, questionne  « C’est d’elle qu’elle parle ? » Re-rigolade. Il y a plein de miettes de croissant sur mon lit. Nous décidons que nous passerons l’après-midi sur le lac afin de prouver la sagesse de l’adage qui veut que le mojito soit meilleur pour le moral que le yoga.

Je dédie ce texte à Magali à qui je souhaite longue vie … Mdr !

A suivre…  

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11/05/2015

Les Freaks sisters 5

 

 

Dimanche 10 mai, élection du Conseil Administratif. Journée de pomponettes. Lire tous les magazines pipoles, manger des bonbons, des chips, du chocolat et tout ce qui est très mauvais pour la ligne, papoter, regarder des séries débiles à la télé. Tranquilles. Marie refait ses racines (de cheveux), Viviane s’est trouvé un masque aux anchois qui empeste, Babette se roule un pétard en disant qu’il n’y a rien de mieux pour le moral et moi j’analyse le dernier numéro de « Nous deux » avec une attention soutenue. Chaque semaine l’une d’entre nous ramène la musique cette fois c’était mon tour … Les quatre nous chantons à tue-tête « Mon pote le gitan, c’est pas un marrant…ect »

L’appartement de Viviane ressemble à un laboratoire, heureusement que sa salle de bain est spacieuse. Pas un collant ne traine, pas un livre hors des étagères, pas l’ombre d’une poussière sur ses meubles design quant à ses tapis on les croirait achetés la veille. Couleurs neutres, pas de bibelots, pas de photos perso… Je me demande si elle vit vraiment ici ou si c’est un appart témoin ? Allongée sur la terrasse j’attaque ma troisième bluette, ils s’aiment, ils se quittent et peut-être vont ils se retrouver ? Hurlements dans l’appart, je me relève comme je peux et en entrant dans le salon j’assiste à une scène apocalyptique : mes trois copines dansent la Zumba autour de la table en hurlant comme des zoulous « On a gagné ! On a gagné ! » Navrée je n’assieds dans le canapé allume tranquillement un clope et regarde l’élite féminine de notre canton en slips et soustingues se déhancher comme des stripteaseuses. J’arrête la musique et demande « On a gagné quoi ? » Silence, du doigt elles me montrent l’écran télé sur lequel on peut voir le résultat des élections...  Stauffer s’est pris râteau et Pagani a réussi au repêchage.

Je retourne sur la terrasse, le ciel est bleu, ça sent bon le printemps, un moineau me fait du gringue, j’ai encore un peu de vin dans mon verre que je lève à la santé de tous ceux qui ont décidé de se refaire un tour de manège soit disant enchanté et je reprends mon magazine.

A suivre…

   

 

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