24/06/2015

« …Il est temps que le malheur succombe. »

Durant mes 18 ans de politique cantonale et municipale je ne suis pas devenue une technocrate mais j’ai compris que les grandes décisions qui influencent notre vie ne se prennent pas à Genève mais à Berne. Bien qu’extrêmement attachée à notre Canton j’ai accepté d’être tête de liste avec  Jean Batou qui s’il n’a pas une grande expérience de la politique institutionnelle est une personne qui ne manque pas de conviction et saura, si nous sommes élus, défendre les intérêts des genevois. Ça c’était l’intro, celle que chaque candidat pourrait écrire sans se compromettre, mais les réalités sont plus dures et la candidature d’Ensemble à Gauche au parlement national a d’autres fonctions que celles de jouer les marionnettes médiatiques formatées au politiquement correcte.

Absente depuis trop longtemps du Conseil National,  la gauche, celle de la population qui travaille trop et  gagne peu, celle des enfants trop pauvres ou trop timides qui n’iront jamais à l’université, celle des stagistes non payés, celle des chômeurs qui désespèrent,  des femmes qui jonglent seules  avec un boulot éreintant à plein temps  et deux enfants qui demanderaient toute leur attention. En bref une gauche décomplexée qui n’a pas oublié d’où elle vient, pourquoi elle existe et ce qu’elle défend.  L’exercice est périlleux car la tendance est plus à la dépolitisation des classes populaires qu’à la mobilisation pour la défense des droits acquis et la revendication d’une amélioration de ceux-ci. Chacun de ceux qui sont sur la liste d’Ensemble à Gauche a conscience de tout cela et nous savons  la difficulté de faire entendre la voix de ceux que les classes dominantes considèrent au mieux sous l’angle d’un coût au pire comme variable d’ajustement afin d’accroitre des bénéfices qui augmentent proportionnellement à la désespérance des travailleurs.

Dans ce parlement qui s’apparente à une association de lobbyistes il n’existe aucune voix qui dise que si la Suisse est un pays riche ce n’est pas le cas de tous ses habitants. La répartition de la richesse est une question politique et une conséquence logique de la représentation des intérêts au Parlement.  Ce ne sont certainement pas les 200 députés qui siègent aujourd’hui qui porteront un discours social et émancipateur alors qu’ils cumulent, tous partis confondus, environ 2000 mandats dans des conseils d’administration !

Seul  « Ensemble à Gauche »  s’intéresse aux conditions de vie et aux intérêts des gens et pourrait faire entendre les revendications de la population au sein du Conseil National. Nos propositions paraîtront modestes au regard des fausses promesses électorales qui vont pleuvoir durant ces prochains mois. Nous n’en ferons qu’une seule : celle de lutter pour plus de justice sociale, économique et culturelle,  pour tous.

 

Salika Wenger

Candidate « d’Ensemble à Gauche » au Conseil National et au Conseil des Etats

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14/06/2015

Les Freaks Sisters 8

Le mois de juin est pour tout le monde une période d’intense travail. Boucler les dossiers, les examens, les ordonnances pour les vacances, la mise à jour d’une la garde-robe décente, les réservations qui foirent à la dernière minute,  les soirées sur les terrasses qu’on regrette le lendemain, etc. Nous préparons les vacances ! Babette pose son vélo contre le mur du couloir d’entrée de chez Marie. Nous sommes déjà dans la cuisine fenêtres ouvertes sur les chants d’oiseaux. Chacune à sa manière porte l’été sur elle, Marie en baby-dress à fleurs, Viviane jean’s et T-shirts qui permet de voir ses multiples tatouages, Babette jupe longue et tunique genre indienne et moi en noir sans manche. Viviane nous lit la une de notre journal local bien aimé ce qui provoque l’ire de Marie « On s’en fout de tes obèses. Les BRICS abandonnent le pétrodollar au profit du Yuan, ça veut dire que les  40 % de la population du monde qui crée 30% du PIB mondial change de monnaie… C’est quand même un peu plus important que tes histoires de gros ! » Babette qui feint de n’être jamais intéressée par les problèmes d’argent soupire en se recoiffant dans le miroir. Viviane me regarde puis lève les yeux au plafond,  moi la tête dans mon café : « Tu es abonnée aux mêmes journaux en ligne que moi. » Marie agacée «Et alors ? Ça ne veut pas dire que c’est faux ! »

La nuit dernière a laissé des traces !  Nous décidons d’une plongée dans la culture suburbaine.  En route pour le centre commercial. Non par populisme ringard mais simplement parce qu’il y a l’air conditionné et des escalators. Au détour d’un magasin de sport Marie me chuchote « C’est pas ton pote le banquier et sa femme là-bas ? » Je regarde rapidement par-dessus mon épaule. « C’est pas mon pote le banquier non ! C’est un de nos amis d’enfance qui pour plaire à ses parents a enfermé dans un costard cravate plus de talents que tu n’en auras jamais ! » Babette se retourne aussi « C’est quand même un banquier, calme toi, on ne touchera pas à ton chouchou ! » Marie toujours en chasse « Il est pas mal quand même ! » Elles ont décidé de me mettre les nerfs. Il s’approche en souriant « Les Freaks Sisters ! Que faites-vous dans un lieu aussi populaire ? » Viviane mauvaise « Et toi ? » Notre ami narquois lui lance « Tu étais de nuit à l’Hôpital ? » Salutations rapides. J’entraine mes copines vers un magasin de maquillage. Tout en en marchant même la richissime Babette y va de son couplet sur les responsabilités sociales des banquiers. Ouf, je viens d’éviter le pire. Faux !

De retour chez Marie, la table de la cuisine est couverte de tasses à café sales, de miettes de croissant et de journaux que nous avons abandonnés en vrac.. Nous décidons de faire l’apéro sur la terrasse. Marie un peu songeuse fait le service mécaniquement. Tout à coup elle s’arrête et me regardant elle tire à bout portant « En fait  ce n’est pas seulement à ses talents qu’il a renoncé. A toi aussi ! » Moi estomaquée « Que veux-tu dire ? » Viviane répond à sa place en mettant un peu de glace dans son verre « Elle dit que tu étais trop pauvre pour qu’il court le risque d’une histoire avec toi. Même si pour tout le monde et vous deux particulièrement c’était le trend » Et Babette en rajoute une couche « En fait elle dit que ton pote le banquier est un lâche et en plus il n’a même pas de barbe ! » J’abandonne et me sers un gin tonic pour adulte. Je lève mon verre aux BRICS ! Pendant que Marie me tend discrètement un mouchoir en papier afin d’effacer une petite larme qui s’est invitée sur ma joue.  

A suivre…

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08/06/2015

Les Freaks Sisters 7

Marie qui a posé le téléphone sur son bureau en mode haut-parleur, continue à préparer ses cours pendant qu’à l’autre bout Babette s’étouffe de rage contre une gauche nulle, inconsciente des bienfaits du mécénat dont la pratique s’essouffle attaquée par ces crétins de défenseurs des pauvres qui n’ont jamais mis un rond dans quelque œuvre que ce soit etc… Marie me regarde l’air navrée et raccroche sans mot dire. Viviane maigre comme un cent de clous encore en tenue de sport sous blouse blanche nous stresse avec son stress permanent. Nous descendons  à la cafét’. Très mauvaise idée. Une jeune nana sur- agitée surgit brusquement brandissant un papier et elle nous  intime de signer sa pétition contre « la douleur infligée aux tomates cultivées sous serres. » Je m’étouffe de rire avec ma gorgée de café, Viviane au bord du pétage de plombs décide d’aller courir en compagnie de son éternelle bouteille d’eau.  Marie fait un signe de la main pour éloigner la militante comme elle le ferait d’un quelconque insecte.

Nous quittons l’Université pour faire un tour en ville. Grave erreur ! Il fait une chaleur à crever même en Vieille Ville. Une terrasse à l’ombre nous tend les bras. Nous tentons de trouver une table en slalomant entre les divers groupes politiques qui font leur pose. Nous sommes loin des bistrots du faubourg St Germain à Paris où l’on peut entendre les enfants de l’ENA discuter de leurs visions de l’Etat. Ici, au milieu des « élus du peuple » c’est au mieux le café du Commerce au pire des potinages de concierges. Marie sans me regarder me demande « Vous en êtes où dans ta galaxie ? » Elle fait référence à mon groupe politique. Je respire un grand coup, bois une gorgée de chasselas « chacun pour soi et Marx pour tous, enfin presque ! » Elle sourit et continue « dis m’en plus ! » « J’en ai tellement plein les bottes que j’ai envie de rentrer dans un couvent pour avoir la paix. Entre les satellites qui se prennent pour des planètes, les planètes qui changent d’orbite au gré des vents stellaires et les étoiles épuisées qui se transforment en naines blanches après avoir expulsé leur couronne , c’est pas demain la veille du Grand Soir. » Marie  en riant « Télescope et boule de cristal,  t’as l’air en grande forme ! » Je tends mon verre « c’est une impression, la lumière que tu perçois commence à dater ! Ce soir je regrette un peu les embrasements de ma jeunesse. »

Les « élus » sont repartis et il ne reste que nous et quelques touristes pour savourer la lumière de la fin d’un jour d’été sur les façades de pierres. Le proprio nous offre un cognac. Babette arrive ébouriffée accompagnée d’un mec quelconque qu’elle a pris sous son aile. Le jour décline doucement, la fraicheur envahit  la rue et le silence d’une longue amitié s’installe à notre table.

A suivre…   

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